Le son de Noga Erez incarne la pub d’Apple Music
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Interview

Le son de Noga Erez incarne la pub d’Apple Music

L'artiste indépendante de 27 ans expérimente les hauts et les bas d'une tournée européenne alors que son single 'Dance While You Shoot' attire une grande attention

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

C’est la mi-novembre et l’artiste de musique électronique Noga Erez est cloîtrée à Berlin, sa base durant deux mois de tournée en Europe. Un apprentissage intensif de la vie sur la route, selon la musicienne.

« Cela signifie être dans une voiture avec des gens pendant très longtemps tous les jours », raconte-t-elle. « Nous sommes devenus plus proches mais une tournée, c’est amusant et c’est dur, et il y a toujours une dualité. Ce n’est jamais simplement drôle… Il faut donc savoir se laisser aller et permettre aux autres d’en faire de même ».

Erez, 27 ans, a émergé sur la scène électronique en 2016 avec son premier single intitulé « Dance While You Shoot ». Elle est devenue une voix singulière et un sound system particulier dans l’EDM ou – musique de danse électro – dans le monde entier.

Actuellement, sa musique est présentée à un public encore bien plus important puisqu’elle passe dans une nouvelle publicité pour Apple Music. Le résultat de courriels d’entreprise envoyés par Erez.

Elle participait à une conférence consacrée à la musique dans le cadre d’une délégation israélienne et elle a envoyé environ 80 courriels pour voir avec qui elle pourrait se connecter à partir des noms inscrits sur la liste des invités. Sur cet envoi, la seule réponse qu’elle a reçue a été celle du service de publicité d’Apple Music, qui souhaitait travailler avec elle.

Et c’est ainsi que le dernier hit d’Erez, « While You Shoot », est devenu la musique choisie pour une publicité d’Apple Music TV.

CASTRO Thanks for pimping up my album release show ! amazing Orit Pnini Vs. אורית פניני Orit Sunny Pnini on the cameraLiat Turgeman

Posted by Noga Erez on Wednesday, 26 July 2017

Un résultat grisant pour la musicienne qui étudiait la composition musicale à l’Académie de musique de Jérusalem il y a seulement quelques années.

« Je faisais figure d’excentrique là-bas », dit-elle en riant. « Je n’étais pas l’étudiante de l’académie de musique typique ».

C’est au cours de ces années qu’Erez a commencé à bricoler de la musique électronique après des années passées à travailler sur son chant, à étudier le piano et à travailler à la guitare. Elle avait choisi l’académie parce qu’elle désirait apprendre correctement la composition musicale, mais il s’est avéré qu’elle passait beaucoup plus de temps à travailler sur des logiciels musicaux pour enregistrer des instruments acoustiques qu’à simplement jouer.

Puis Erez est passée petit à petit à travers différents styles de musique. Elle a adoré ce qu’elle pouvait créer sur ordinateur, à savoir un supplément d’âme par rapport à celui d’un ensemble acoustique.

« Je n’ai jamais vraiment fait partie d’une scène en particulier », dit-elle. « C’est pour ça que la musique électronique m’a parue intéressante. On peut être seul ou travailler seul. Pour moi, le son électronique global est seulement une exploration d’internet ».

On our way to Geneva. Playing at @into_the_ride festival tomorrow. Thanks for the pic @sophiemazar

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Sa musique lui permet de se montrer « très émotionnelle et théâtrale », dit Erez, qui attribue sa sensibilité musicale à ses parents. S’ils n’étaient pas musiciens, ils étaient en revanche des amoureux de musique. Celle-ci a toujours bercé le foyer familial.

Erez a fait son service dans l’unité musicale de l’armée, puis a commencé à travailler avec le producteur local Ori Rousso pour créer ce qui est devenu le son familier, mené par le rythme d’Erez, avec en fond dans ses paroles, ses pensées et ses points de vue sur de nombreuses questions, qui vont de la politique à la société en passant par le féminisme.

Leurs efforts conjoints ont payé. En 2006, Erez a joué aux Olympiades de Rio dans le cadre du concert de musique israélienne et a signé un contrat avec le label berlinois City Slang.

Au mois de novembre dernier, City Slang a sorti son tout premier single « Dance While You Shoot », dont les paroles évoquent une existence en sécurité à seulement quelques kilomètres d’un conflit israélo-palestinien extrême.

Sa chanson « Pity », sortie en 2017, a été inspirée par le viol collectif d’une femme dans une boîte de nuit de Tel Aviv et le titre « Toy », qui a suivi, évoquait ses propres sentiments de droit et de privilège. L’album contenant les deux chansons et intitulé « Off the radar », est sorti au mois de juin.

Le son d’Erez est vaste et audacieux, apportant des éléments et des sons inattendus qui paraissent inhabituels pour une musique générée par ordinateur. Ses paroles traitent d’idées intensément profondes et ne collent pas vraiment à la musique électronique associée ordinairement aux pistes de danse des clubs.

Erez explique que sa musique l’aide à explorer ce qu’elle ne comprend pas dans le monde. Elle ne se focalise pas sur les relations ou les questions personnelles – qu’elle ne désire pas partager, pour des raisons qui lui appartiennent et parce qu’elles ne lui semblent pas urgentes aujourd’hui.

« Ma musique ne m’aide pas à comprendre davantage, mais elle m’aide à passer plus de temps à traiter les choses et je me sens moins frustrée », dit-elle.

Ceci dit, elle aime que la musique électronique puisse créer une atmosphère accueillante, joyeuse, qui incite à la danse, dit-elle, indépendamment des sujets évoqués dans ses paroles.

! Happy Black Friday !

We had some studio time in the last few weeks.Here's something we did yesterday !Hitting the road again tommorow

Posted by Noga Erez on Friday, 24 November 2017

« La musique a cette capacité étonnante de combiner et de refléter la dualité de la vie », ajoute-t-elle.

« Nous vivons dans cette dualité, la vie à la surface peut simplement être ordinaire mais il y a toujours quelque chose qui existe et qui n’est ni ordinaire, ni normal. Cela pénètre nos vies de différentes manières. Cela affecte l’énergie dans laquelle nous vivons. Je pense que la musique est le genre de plate-forme parfaite pour exprimer cette dualité ».

Erez a commencé à jouer en Israël mais sa notoriété a débuté en ligne, lorsqu’un fan a découvert sa musique et a voulu investir dans le projet pour le médiatiser dans le monde entier. Elle a dorénavant plus de fans en Europe qu’en Israël, même si elle jouera à Tel Aviv au mois de décembre et qu’elle reviendra chez elle dans les prochains mois.

Pendant ce temps, sa tournée amène Erez et son groupe aux Pays-Bas, en Belgique, en France, en Italie, en Suisse et dans quelques autres pays, ce qui permet à Erez de rencontrer ses « vrais » fans pour la toute première fois.

« Maintenant, on voit des gens qui connaissent les chansons, qui sont complètement dans la musique et qui sont de véritables fans et c’est très excitant », dit-elle.

C’est palpitant de voir des fans qui viennent aux concerts pour danser, avoir du plaisir et s’amuser, et d’autres venus pour écouter avec attention la musique, lire les paroles et comprendre le contexte, ajoute-t-elle.

Sur les huit arrêts de la tournée au Royaume-Uni, il y a eu des nuits passées devant des salles pleines de 400 personnes qui connaissaient chaque mot. Et d’autres dans des lieux plus modestes avec des gens qui ne connaissaient absolument pas sa musique, dit Erez.

« C’est pour ça qu’il y a des hauts et des bas », dit-elle. « C’est difficile mais je ne voudrais pas que ça se passe autrement. J’aime l’équilibre que ça donne. Je n’en suis pas au point de ne plus avoir les pieds sur terre parce que beaucoup de travail m’attend encore et que le sol est bien là, sous mes pieds ».

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