Le très attendu rapport sur Bordure protectrice doit être publié
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Le très attendu rapport sur Bordure protectrice doit être publié

L’enquête du contrôleur de l’Etat devrait fustiger Netanyahu pour sa mauvaise gestion du cabinet de sécurité et l’armée pour son manque de préparation

Ouverture d'un tunnel découvert par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)
Ouverture d'un tunnel découvert par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)

Après neuf mois de divulgations et de déclarations anonymes des politiciens, le très attendu rapport du contrôleur de l’Etat sur la guerre de 2014 dans la bande de Gaza doit être publié mardi après-midi.

Dans les jours qui ont précédé cette publication, les politiciens israéliens se sont précipités pour préparer leurs éléments de langage et leurs stratégies afin d’inciter la population à croire leur version de la campagne militaire, l’opération Bordure protectrice.

« Dans la prochaine semaine, vous allez beaucoup entendre parler de Bordure protectrice », a écrit samedi soir sur sa page Facebook Moshe Yaalon, l’ancien ministre de la Défense.

« Ils diront que nous ne savions pas, que nous ne leur avons pas dit, que nous ne les avons pas informés. Et le plus grand mensonge ? Que nous n’étions pas prêts et que nous avons perdu. Cela n’a aucun sens. »

Ce mois-ci, le rapport a reçu son approbation finale de la Knesset. Il ne sera pas publié dans sa totalité. La députée Karin Elharar, du parti Yesh Atid, qui préside la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, a déclaré que certaines parties de la section sur les tunnels ne seraient pas publiées car elles contiennent « des informations qui peuvent être utilisées contre nous ».

Yossef Shapira, contrôleur de l'Etat, pendant la présentation d'un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yossef Shapira, contrôleur de l’Etat, pendant la présentation d’un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des copies divulguées du rapport très attendu de Yossef Shapira, le contrôleur de l’Etat, indiquent qu’il critiquera les échecs de l’armée à se préparer correctement à la menace des tunnels du Hamas pendant la guerre, et fustigera les dirigeants politiques qui n’ont pas dirigé correctement l’effort de guerre.

Selon certaines informations, Shapira montrerait des dissensions internes entre les membres du cabinet de sécurité, particulièrement entre Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, et Naftali Bennett, qui était ministre de l’Economie.

Très peu d’éléments du rapport sont susceptibles de choquer, mais sa publication permettra aux politiciens de discuter librement du sujet en public.

Pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté les accusations d’échec de l’opération militaire, affirmant qu’elle n’était rien d’autre qu’un succès retentissant.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, le 27 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, le 27 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous avons porté au Hamas le coup le plus dur qu’il a jamais reçu. Nous avons tué environ 1 000 terroristes du Hamas, leurs commandants. Nous avons abattu les tours terroristes, a déclaré Netanyahu. Nous avons agi avec responsabilité, et en coordination totale avec les échelons politique et militaire. »

Netanyahu a également rejeté les accusations affirmant qu’il n’a pas informé le cabinet de sécurité pendant l’opération militaire, et a fustigé les autres politiciens qui jouent politiquement avec la sécurité d’Israël.

« Aucun cabinet de l’histoire de l’Etat n’a été plus informé, a-t-il déclaré. Et quand vous entrez dans une réunion du cabinet, vous êtes censé laissez votre téléphone, la politique politicienne et vos ambitions personnelles à la porte. »

Ces remarques semblent viser directement Bennett, le président du parti HaBayit HaYehudi, qui s’est décrit comme le seul acteur à comprendre la menace des tunnels terroristes du Hamas, à la fois pendant l’opération, et depuis qu’elle s’est terminée.

Dans la même veine, Avigdor Liberman, ministre de la Défense qui était aux Affaires étrangères en 2014, a déclaré lundi que toutes les récentes critiques sur la conduite du gouvernement pendant le conflit ne reposaient que sur des préoccupations politiques et nuisaient à la sécurité d’Israël.

Les discussions sur le rapport « sont un discours politique qui ne contribue pas à la sécurité, au contraire : cela nuit à la sécurité d’Israël », a déclaré Liberman pendant la réunion du groupe parlementaire de Yisrael Beytenu.

« Tsahal et l’establishment militaire ont tiré les leçons et rectifié ce qui devait l’être dès le lendemain de la campagne. Nous avons une armée forte et le niveau de préparation de l’armée et des réservistes est à l’un des meilleurs niveaux de ces dernières décennies », a-t-il déclaré.

Frappe israélienne  sur Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 juillet 2014. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Frappe israélienne sur Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 juillet 2014. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

L’opération Bordure protectrice qui a duré 50 jours avait commencé le 7 juillet 2014, peu après une opération de répression du terrorisme en Cisjordanie qui avait été déclenchée par l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents israéliens par des terroristes du Hamas en juin 2014.

Pendant tout juin et juillet, des groupes terroristes gazaouis avaient tiré des roquettes sur les communes du sud d’Israël. L’armée avait répondu à ces roquettes avec des frappes limitées sur les sites de lancement, les caches d’armes et les ouvertures de tunnels.

Suite à plusieurs attaques contre des soldats israéliens grâce à des tunnels transfrontaliers du Hamas, Bordure protectrice, qui avait commencé comme une réponse aux roquettes, était devenue une mission de démolition des tunnels.

Le 26 août 2014, à la fin de la guerre, l’armée israélienne avait visé plus de 30 tunnels, dont 14 entraient en Israël. Au total, 73 personnes, 67 soldats et six civils, ont été tués côté israélien. A Gaza, plus de 2 000 personnes sont mortes. Israël estime que 50 % d’entre elles étaient des civils, et les Palestiniens placent cette estimation à 70 %.

Proches et amis de Hadar Goldin pendant ses funérailles, au cimetière militaire de Kfar Saba, le 3 août 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Proches et amis de Hadar Goldin pendant ses funérailles, au cimetière militaire de Kfar Saba, le 3 août 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’armée serait critiquée dans le rapport pour ne pas s’être préparée de manière adéquate à la menace des tunnels du Hamas et pour ne avoir été franche avec le cabinet de sécurité sur ses « manques de renseignements », selon un ancien ministre qui a demandé à rester anonyme.

Lundi, Liberman a refusé de commenter le contenu du rapport, déclarant aux journalistes qu’il ne le ferait qu’après la levée de l’embargo mardi.

Benny Gantz, alors chef d'Etat-major, s'adresse aux soldats israéliens à la frontière de la bande de Gaza, le 26 juillet 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)
Benny Gantz, alors chef d’Etat-major, s’adresse aux soldats israéliens à la frontière de la bande de Gaza, le 26 juillet 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

Benny Gantz, qui était le chef d’Etat-major de Tsahal pendant la guerre, a soutenu les Renseignements militaires et a défendu sa propre conduite pendant la guerre vendredi pendant une conférence des vétérans de Havatzalot, un programme de renseignement d’élite.

« Pendant Bordure protectrice, les renseignements étaient excellents, géniaux, accessibles, mais pas toujours parfaits. Je suis prêt à partir pour la prochaine campagne avec les mêmes renseignements que nous avions pendant la dernière », a déclaré Gantz selon le quotidien Yedioth Ahronoth.

A l’attaque, le chef de l’opposition, Isaac Herzog, a déclaré lundi que le rapport était une « inculpation » de la gestion de Netanyahu pendant l’opération militaire.

« Cette inculpation ne se penche pas sur des cadeaux illégaux ou un comportement personnel inapproprié », a déclaré Herzog pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire de l’Union sioniste en faisant référence aux enquêtes en cours contre Netanyahu, « mais sur l’échec de la direction du pays, le mépris pour la vie humaine, l’abandon des soldats, des officiers, et des citoyens du sud [d’Israël]. »

Il a ajouté que « cette inculpation révèle comment le Premier ministre et son cabinet de sécurité ont échoué à comprendre les menaces, à mettre en place une stratégie pour y répondre et à préparer l’opération. »

Les dirigeants de l'Union sioniste, les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Les dirigeants de l’Union sioniste, les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Selon Herzog, le seul membre du cabinet de sécurité qui a agi correctement pendant la guerre était Tzipi Livni, sa numéro deux au sein de l’Union sioniste, et qui était assise à ses côtés pendant la réunion, et était alors ministre de la Justice.

Lundi matin, Livni avait déclaré que le brouhaha politique sur les dirigeants israéliens de l’époque qui devraient être critiqués dans le rapport n’était qu’une distraction de la spectaculaire absence de stratégie.

« Nous aurions dû résoudre le problème [des tunnels terroristes du Hamas] avant ce moment. Le fait que ce n’ait pas été fait au moment où l’opération [Bordure protectrice] a commencé est un grand échec », avait déclaré Livni.

« Israël n’a pas de stratégie vis-à-vis des Palestiniens en général, ou de Gaza en particulier, avait-elle prévenu. Nous n’avons pas à conclure un accord avec le Hamas, mais à rassembler le monde contre le Hamas pour qu’Israël ait la légitimité d’agir contre les tunnels dans toute opération future. »

Yair Lapid, le président de Yesh Atid, a pour sa part affirmé lundi que Netanyahu tentait de couvrir ses erreurs au lieu de les réparer.

« Ce qui est plus inquiétant que les erreurs, c’est le déni », a déclaré Lapid pendant la réunion hebdomadaire de son groupe parlementaire à la Knesset. « La tentative de traiter la perception publique, politique et médiatique se fait au dépens de la sécurité nationale. Ce n’est pas ainsi que l’on dirige un pays. »

Quand il lui a été demandé si, en tant que membre du cabinet de sécurité de l’époque, il était lui aussi responsable, Lapid a déclaré que « la responsabilité commence » avec le Premier ministre, mais a ajouté qu’il ne pensait pas que Netanyahu devait démissionner après la publication de ce rapport.

« Politiquement, on entend beaucoup de bruit en ce moment, a affirmé l’analyste Avraham Diskin, mais dans un mois tout aura été oublié. »

Marissa Newman et l’AFP ont contribué à cet article.

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