Le Tribunal de Jérusalem reporte l’audience sur des expulsions à Silwan
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Le Tribunal de Jérusalem reporte l’audience sur des expulsions à Silwan

Des dizaines de Palestiniens ont manifesté devant le Tribunal de Jérusalem mercredi pour protester contre l'expulsion prévue

Des Palestiniens manifestent devant le tribunal de district de Jérusalem contre le projet israélien d'expulsion des Palestiniens dans le quartier de Silwan à Jérusalem-Est, le 26 mai 2021 (Crédit: Yonatan Sindel / Flash90)
Des Palestiniens manifestent devant le tribunal de district de Jérusalem contre le projet israélien d'expulsion des Palestiniens dans le quartier de Silwan à Jérusalem-Est, le 26 mai 2021 (Crédit: Yonatan Sindel / Flash90)

La justice israélienne a reporté mercredi une audience consacrée au sort de familles palestiniennes menacées d’expulsion

Des dizaines de Palestiniens avaient manifesté devant le Tribunal de Jérusalem mercredi pour protester contre l’expulsion prévue de plusieurs dizaines de résidents palestiniens de leurs maisons, dans le quartier de Silwan, à Jérusalem-Est.

Les familles palestiniennes avaient demandé que le procureur général intervienne dans l’affaire et le Tribunal délibérait mercredi pour savoir s’il fallait demander l’avis d’Avichai Mandelblit.

« Le tribunal étudie actuellement la possibilité d’impliquer, ou non, le bureau du procureur général dans cette affaire », a déclaré Yazid Kawar, un avocat représentant un certain nombre de familles.

« Il est évident que le gouvernement (israélien) soutient le projet des colons et donc le procureur général doit prendre ses responsabilités », a-t-il accusé.

Selon Yazid Qawaar, le tribunal pourrait annoncer sa décision dans la semaine.

Les propriétés de Silwan sont revendiquées par des Israéliens juifs soutenus par Ateret Cohanim, un organisme de droite qui œuvre au renforcement de la présence juive à Jérusalem-Est.

Un porte-parole d’Ateret Cohanim a déclaré que, par principe, l’organisation ne commente pas les procédures judiciaires en cours.

Plusieurs enclaves juives existent désormais dans le quartier majoritairement arabe de Silwan.

Cette zone est connue en hébreu sous le nom de « Cité de David », en référence à un site archéologique local qui contient des antiquités inestimables, dont on pense qu’elles remontent à l’époque biblique.

L’expulsion de 19 familles de la section Batan al-Hawa de Silwan, y compris les deux cas discutés mercredi, est actuellement en instance devant les tribunaux israéliens.

Un certain nombre de Palestiniens ont fait appel devant la Haute Cour, mais la décision finale n’a pas encore été rendue.

Deux Palestiniens ont été arrêtés par la police alors que les agents cherchaient à dégager l’artère principale devant le Tribunal de Jerusalem, mercredi.

Le Secrétaire d’Etat Américain Antony Blinken a réitéré au journal palestinien Al-Ayyam que Washington s’opposait aux expulsions israéliennes imminentes de plusieurs familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est.

M. Blinken déclare que les Etats-Unis sont « très préoccupés » par les expulsions, notant que les Palestiniens qui occupent les maisons en question y vivent depuis des générations et que de telles mesures prises par Israël, ainsi que la construction dans les implantations et les démolitions de maisons, de même que l’incitation et les paiements aux terroristes par les Palestiniens, éloignent les deux parties d’une solution à deux Etats.

Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis condamnent les expulsions, mais ils ont largement gardé le silence sur la question depuis le début de la guerre de Gaza, se concentrant plutôt sur le soutien à Israël et à son droit de se défendre contre les tirs de roquettes du Hamas.

« Avec le sang et l’esprit, nous te sauverons, Silwan », ont lancé certains à proximité de la barricade de la police.

Les expulsions prévues à Batan al-Hawa font suite à la décision très controversée d’expulser quatre familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est.

L’affaire a fait les gros titres dans le monde entier et a donné lieu à des affrontements répétés entre émeutiers palestiniens et policiers israéliens.

Un appel est actuellement en cours devant la Cour Suprême d’Israël.

Après que les affrontements liés à l’affaire ont provoqué de fortes tensions à Jérusalem-Est au début du mois de mai, le gouvernement aurait demandé à la Cour suprême de reporter sa décision sur cette question.

Le Hamas a fait la liaison entre ses tirs de roquettes sur Jérusalem, qui ont déclenché le conflit de 11 jours avec Israël au début du mois, l’affaire Sheikh Jarrah, et les affrontements sur le mont du Temple entre la police et les Palestiniens.

Le ministère Israélien des Affaires étrangères a déclaré que les expulsions de Sheikh Jarrah étaient « un litige immobilier entre des parties privées » et a nié toute dimension politique à cette affaire.

Les Palestiniens rejettent cet argument, affirmant que la question fait fondamentalement partie de leur cause nationale.

Beaucoup espèrent voir une capitale palestinienne à Jérusalem dans le cadre d’un futur Etat palestinien et considèrent les expulsions comme une tentative d’éviction des Palestiniens de la ville.

« Ce ne sont pas des gens qui viennent vivre avec nous et coexister. Ils ne viennent pas pour être nos voisins. Ils viennent littéralement prendre nos maisons et nous jeter dans la rue », a déclaré Nancy al-Rajabi, qui vit dans l’une des maisons.

Environ 38 % des habitants de Jérusalem sont Palestiniens.

La grande majorité d’entre eux vivent à Jérusalem-Est, un ensemble de quartiers pris par Israël à la Jordanie en 1967 et annexés par Israël en 1980, dans un mouvement non reconnu par la plupart de la communauté internationale.

Certains Israéliens juifs de droite ont cherché à accroître la présence juive dans les quartiers palestiniens, tels que Silwan et Sheikh Jarrah.

Les terres de Jérusalem-Est qui ont pu appartenir à des organisations juives avant la guerre d’Indépendance d’Israël en 1948 sont gérées par le ministère de la Justice.

Une loi de 1970 permet aux Israéliens de réclamer de telles propriétés à Jérusalem-Est.

Mais aucune loi similaire n’existe pour les Palestiniens de Jérusalem-Est, dont beaucoup ont également fui, ou ont été expulsés de leurs maisons en 1948.

Dans le cas de Batan al-Hawa, le terrain en question appartenait à une fondation religieuse juive, connue sous le nom de Benvenisti Trust, à la fin du XIXe siècle.

Les Juifs yéménites vivaient dans des maisons situées dans la zone administrée par la fondation, ce qui a permis à la zone d’être connue sous le nom de « quartier yéménite. »

Il ne reste qu’une seule des maisons d’origine, selon l’association de gauche Terrestrial Jerusalem.

Le terrain a été acheté au trust en 2002 par Ateret Cohanim.

L’organisation n’a aucun lien direct avec les familles yéménites qui vivaient dans la propriété avant la création d’Israël.

Depuis lors, les Palestiniens se sont battus, maison par maison, contre les propriétaires légaux de la propriété.

Ces affaires peuvent durer des années, voire des décennies, et faire l’objet de dizaines d’audiences.

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