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Le village de Lifta près de Jérusalem ne sera pas transformé en complexe de luxe

Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, a dit vouloir préserver ce village arabe historique et en faire un site du patrimoine mondial

Vue de Lifta, à la périphérie de Jérusalem, le 17 décembre 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Vue de Lifta, à la périphérie de Jérusalem, le 17 décembre 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

La municipalité de Jérusalem et l’Autorité des terres d’Israël ont convenu de mettre en suspens et de « réexaminer » un plan qui prévoyait de transformer l’ancien village arabe de Lifta – un village situé à proximité de l’entrée Ouest de la capitale – en quartier de charme pour les Israéliens les plus aisés.

Le maire, Moshe Lion, a dit souhaiter au contraire préserver le village et en faire un site du patrimoine mondial.

Lifta figure d’ores et déjà sur la liste préliminaire des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO pour « son témoignage unique de la vie traditionnelle dans un village ».

Le hameau, construit le long du versant d’une colline surplombant la vallée, avait été complètement vidé de ses habitants pendant la guerre d’Indépendance de 1948 et les résidents n’avaient jamais été autorisés à y revenir. Les historiens débattent encore du caractère forcé ou volontaire de ce départ des villageois.

Contrairement à des centaines d’autres villages arabes abandonnés qui ont été détruits après la guerre avant que de nouvelles habitations y soient reconstruites, la petite localité de Lifta n’a pratiquement pas changé, comme figée dans le temps.

75 maisons en pierre s’y dressent encore – un grand nombre d’entre elles remarquablement préservées, même si les toits ont pu s’effondrer.

L’été, les habitants de Jérusalem aiment tout particulièrement se rendre au grand bassin qui se trouve dans le village pour s’y rafraîchir, un bassin qui est approvisionné par une source.

Les descendants des villageois qui habitaient Lifta y retournent chaque année pour y déclarer solennellement et pour affirmer au monde qu’ils y reviendront un jour.

Une vue partielle du vieux village palestinien de Lifta qui avait été abandonné pendant les combats de la guerre de 1948, aux abords de Jérusalem, le 20 octobre 2017. (Crédit : AFP/Thomas Coex)

L’Autorité des terres d’Israël et l’ancienne municipalité de Jérusalem – qui était alors placée sous les ordres de Nir Barkat, devenu député du Likud à la Knesset – voulaient faire de Lifta un complexe de luxe, avec des logements de prestige, un hôtel, un centre commercial de standing et un centre d’affaires.

Un groupe, la « Coalition pour sauver Lifta », s’est constitué pour s’opposer à ce plan. L’organisation est formée d’une alliance disparate d’anciens résidents et de leur descendants, d’universitaires et d’architectes israéliens, de membres de la Société de la protection de la nature et d’habitants juifs de Lifta récemment expulsés après avoir été installés dans le village dans les années 1950 par l’Agence juive.

Les constructions auraient dû commencer il y a des années déjà. Puis, en 2012, la Coalition était parvenue à convaincre un tribunal de révoquer l’appel d’offres lancé pour le chantier et d’ordonner à l’Autorité israélienne des antiquités de lancer une étude approfondie consacrée au village, renvoyant dans ses filets l’Autorité des terres d’Israël. Cette étude s’est terminée au mois de décembre 2016.

L’intérieur d’une ancienne maison du village palestinien de Lifta abandonné pendant les combats de la guerre de 1948, aux abords de Jérusalem, le 20 octobre 2017. (Crédit : AFP/Thomas Coex)

Les archéologues ont retrouvé des éléments indiquant que le site était habité il y a des milliers d’années, pendant la période du Premier temple et ils ont pu, avec l’aide des anciens résidents arabes, cartographier de manière exacte et précise l’évolution du village – qui consistait en une exploitation agricole au temps des Croisades avant de devenir un hameau d’habitations liées les unes aux autres sur le versant de la colline qui surplombe la vallée.

Il s’est avéré que Lifta était, autrefois, le plus grand village arabe de la région de Jérusalem, ainsi que le plus important.

Avi Mashiach, architecte à la tête de l’étude, avait expliqué au Times of Israel, en 2017, que cette dernière avait permis de révéler « une vision toute entière de la culture et de la vie traditionnelle, une vision qui a été conservée d’une manière incroyablement rare. Aucun autre village n’a été préservé de cette façon ».

« La meilleure chose à faire », avait-il ajouté, « est de préserver l’endroit et d’en tirer profit en termes de tourisme ou de commerce, comme on peut le faire dans le monde entier ».

Mais la municipalité avait continué, de son côté, à soutenir le projet immobilier de luxe envisagé sur le site qui, avait-elle fait savoir, serait révisé pour pouvoir prendre en compte les résultats de l’étude archéologique. Mashiach et la Coalition avaient affirmé, pour leur part, qu’aucune planification, aussi minutieuse et respectueuse soit-elle, ne saurait rendre justice à Lifta.

Il y a environ un an, l’Autorité des Terres d’Israël avait lancé un nouvel appel d’offres en direction des promoteurs immobiliers dans le cadre du projet à Lifta.

Toutefois, après avoir visité le site, Moshe Lion a finalement décidé de s’opposer au plan.

Au début de l’année, il a indiqué au quotidien économique Calcalist que le village devait être préservé et devenir un site touristique.

Un Juif orthodoxe récite la prière de Tashlich dans un bâtiment de Lifta, à l’entrée de Jérusalem, près de la rivière de Lifta. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a aussi dit être inquiet de ce que le complexe de luxe ne crée un village fantôme dans la mesure où les personnes susceptibles d’y acheter une habitation n’y viendraient, chaque année, que pour une courte période.

« Lifta est l’un des lieux uniques et adorés par les résidents de Jérusalem », a fait savoir un communiqué de la municipalité, « un village qui remonte à l’époque du Second Temple et qui a continué à exister de manière variée jusqu’à la guerre de l’Indépendance ».

Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, à la 17e Conférence annuelle de Jérusalem du groupe « Besheva », le 25 février 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« Ce village est un symbole patrimonial important pour les résidents de Jérusalem, pour les Israéliens et pour tous ceux et toutes celles qui viennent à Jérusalem. Dans le passé, un plan de construction immobilière avait été approuvé. Le maire a établi que ce projet ne prenait pas suffisamment en compte les besoins de préservation du lieu et ne le considérait pas comme approprié dans ce cas de figure. En conséquence, et en coordination avec l’Autorité des Terres d’Israël, il a été décidé de ne pas commercialiser le projet et de le réexaminer. »

« La préservation de Lifta et sa désignation en tant que site du patrimoine mondial seront au cœur de ce nouvel examen », a précisé la municipalité.

Le communiqué a indiqué que la ville organiserait rapidement des tables rondes avec des parties diverses pour déterminer la meilleure façon de préserver et de promouvoir le village.

L’équipe du Times of Israel a contribué à la rédaction de cet article.

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