Le yoga s’introduit à Tsahal grâce à une mère déterminée
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Le yoga s’introduit à Tsahal grâce à une mère déterminée

L’immigrante américaine Karen Zivan veut développer la pratique du yoga chez les jeunes soldats

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La classe de yoga 'Guns and Poses' de Karen Zivan sur une base de l'armée, à Petach Tikva (Autorisation: Masa L'Koach)
La classe de yoga 'Guns and Poses' de Karen Zivan sur une base de l'armée, à Petach Tikva (Autorisation: Masa L'Koach)

Certes, tous devrait obtenir leur ‘om ce dimanche, à l’occasion de la Journée internationale de yoga. Mais la professeur de yoga Karen Zivan, elle, passe une bonne partie de sa vie sur le tapis de yoga, où elle fait des poses qui, dit-elle, l’aident à garder son calme et sa stabilité.

La yogi et mère de cinq garçons voudrait que les soldats israéliens fassent du yoga, en plus de leur régime quotidien de pompes et de leurs cinq kilomètres de course à pied.

Dans un premier temps, elle a tenté de mettre ses propres fils sur le tapis, en particulier au cours de leur service militaire.

Alors que deux d’entre eux ont terminé leur service et que le troisième est sur le point de le finir, elle l’affirme avec certitude : le yoga les a aidés à rester calmes et concentrés.

« L’armée est difficile et le yoga vous permet de rester calme et concentré, plaide-t-elle. Mais ils ne voulaient pas essayer. »

Peut-être parce que c’est leur propre mère qui insistait.

Mais Zivan – dont les deux plus jeunes fils n’ont toujours pas accompli leur service militaire – reste convaincue que le yoga pourrait aider les soldats à faire face aux contraintes physiques et émotionnelles de la vie quotidienne à l’armée.

C’est pourquoi cette immigrante originaire de Rochester, dans l’Etat de New York, a créé Masa L’Koach, un programme pour introduire le yoga à l’armée, et a commencé à rechercher un bon contact dans l’armée.

Elle a travaillé avec une organisation à but non lucratif en recherche de services pour les soldats, espérant qu’ils pourraient l’aider à trouver quelqu’un. Elle a visité l’Institut Wingate, un centre de formation sportive près de Netanya qui est également utilisé pour la formation militaire.

Karen Zivan, une instructrice de yoga et mère de cinq garçons, a le profond désir d'apporter le yoga et ses techniques de relaxation à Tsahal (Autorisation: Masa L'Koach)
Karen Zivan, instructrice de yoga et mère de cinq garçons, a le profond désir d’apporter le yoga et ses techniques de relaxation à Tsahal (Autorisation: Masa L’Koach)

« J’ai parlé avec des officiers supérieurs, avec un lieutenant-colonel. Cela n’a abouti à rien. »

Elle a établi plusieurs programmes pilotes de collaboration avec des jeunes gens et des jeunes filles pour des formations pré-militaires, avec des soldats seuls durant leurs permissions et des soldats souffrant du syndrome de stress post-traumatique.

Puis elle a fait une pause.

Lors d’une classe de yoga de week-end tenue à son domicile, à Hashmonaim, une implantation juive de Cisjordanie qui est presque entièrement peuplée d’orthodoxes et dont près de la moitié des familles sont anglophones, le fils d’un voisin, qui sert actuellement dans l’armée, a pensé que d’autres soldats de son unité pourraient profiter de cette discipline de l’Inde antique.

« J’ai saisi tout de suite l’occasion, raconte Zivan. Je lui ai dit : ‘Laissez-moi parler à votre commandant, allons à votre base’. »

Ce fut une leçon sur la façon dont fonctionne l’armée, explique Zivan. L’officier du soldat a parlé à Zivan et l’a invitée à enseigner le yoga à son unité, sans que cela ne soit un programme à l’échelle de toute l’armée.

Zivan a contacté Frances Mburu, un yogi du Kenya qui était de passage en Israël, pensant que son puissant corps athlétique impressionnerait les jeunes soldats.

« Je savais qu’ils fallait qu’ils voient un type très athlétique enseigner le yoga, pour montrer la puissance et le côté sportif qu’il y a dans le yoga. C’était mieux qu’une simple maman faisant du bénévolat. »

Il y a quatre mois, Mburu et Zivan ont commencé à donner un cours une soir par semaine à une base de l’armée à Petah Tikva.

Exercice dos à dos dans la classe pilote de yoga de Zivan pour l'armée (Autorisation: Masa L'Koach)
Un exercice dos-à-dos dans la classe pilote de yoga de Zivan au sein de l’armée (Autorisation: Masa L’Koach)

« C’est un cours où on transpire énormément. Parfois, les soldats ont été dehors toute la nuit et ils viennent quand même. Ils sont incroyablement heureux après, et ils nous posent des tas de questions. »

Ce qui fonctionne, affirme Zivan, c’est qu’elle et Mburu travaillent avec les soldats en fonction de leurs niveaux physiques. Les jeunes ont besoin d’un rythme physique régulier mais recherchent aussi la détente offerte par le yoga. Maintenant, dit-elle, ils veulent apprendre à parvenir à ce genre de calme pendant le reste de la semaine.

« Maintenant qu’ils connaissent les poses, ils réfléchissent aux poses leur qui leur conviennent. Nous ne sommes pas là pour des massages. Il y a beaucoup d’autonomie et de souplesse. Aujourd’hui, ils sont prêts à parler de la partie émotionnelle et saine du processus de yoga. »

Un soldat entre dans la pose du guerrier à la classe de Masa L'Koach (Courtoisie Masa L'Koach)
Un soldat entre dans la pose du guerrier à la classe de Masa L’Koach (Masa L’Koach)

Il y a, bien sûr, les aspects humoristiques de l’enseignement du yoga à un groupe de jeunes de 19 et 20 ans, a déclaré Zivan.

Il y a le charriot de supermarché qui est utilisé pour ranger les armes des soldats pendant la classe. Il y a les T-shirts de Zivan et Frances imprimés avec l’inscription, « Namasté, mon commandant. »

Il y a aussi l’amusement provoqué par certaines poses, par exemple lors du poirier contre le dos du partenaire, en se saisissant les uns les autres les chevilles et en se penchant en avant pour un « grand ouvreur de retour ».

« Ils se ‘topent’ la main et s’étreignent après coup et ils sont bien sûr prêts à recommencer », commente-t-elle.

Pour Zivan, ces séances de yoga sont un accomplissement majeur. Mais elle a des plans beaucoup plus prétentieux pour la suite.

« Vous pouvez penser que j’ai réussi à entrer dans l’armée, mais ce n’est pas encore fait. J’enseigne juste le yoga à quelques soldats. Mon but est que cela se fasse de façon beaucoup plus importante. Je veux que cela fasse partie du cursus de formation. En tant que mère d’un soldat, je veux que les soldats sachent que quand ils demandent des choses sensées, les gens les écoutent. »

Pour l’instant, elle enseigne à certains soldats à devenir eux-mêmes des professeurs de yoga, préparant le jour où le yoga deviendra un programme à l’échelle de l’armée. Son initiative, Masa L’Koach, est partenaire d’une école de yoga américaine pour offrir la certification à des instructeurs néophytes.

Elle se sent également particulièrement satisfaite de cette classe de yoga du jeudi soir .

« Nous sommes tellement ‘high‘ après chaque cours, s’enthousiasme Zivan. Nous nous sentons si bien, et nous sentons à chaque fois que le jeudi suivant, le cours sera encore mieux. »

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