L’échec à s’unir menace la survie de la gauche aux élections du mois de mars
Rechercher
Analyse

L’échec à s’unir menace la survie de la gauche aux élections du mois de mars

Le Camp démocratique et les Travaillistes entrent en campagne en flirtant avec le seuil électoral ; si certains veulent la fusion, la politique interne encourage la division

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

A Gauche : les leaders du Camp démocratique Nitzan Horowitz et Stav Shafir lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 4 novembre 2019  (Crédit : Hadas Parush /Flash90) A droite : Le chef du parti Travailliste Amir Peretz, à gauche, et la présidente du Gesher,  Orly Levy-Abekasis, le 15 décembre 2019 (Autorisation  :  Parti Travailliste - Gesher)
A Gauche : les leaders du Camp démocratique Nitzan Horowitz et Stav Shafir lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 4 novembre 2019 (Crédit : Hadas Parush /Flash90) A droite : Le chef du parti Travailliste Amir Peretz, à gauche, et la présidente du Gesher, Orly Levy-Abekasis, le 15 décembre 2019 (Autorisation : Parti Travailliste - Gesher)

L’un des derniers messages exprimés par les Travaillistes comme par le Camp démocratique, avant le scrutin du mois de septembre, était que ne pas voter pour ces deux formations risquait de les faire chuter en-deçà du seuil électoral.

Mais même si les deux factions font actuellement face à une perspective similaire lors des prochaines élections du mois de mars, l’éventualité d’une union sur une seule et même liste de gauche reste faible et la menace de davantage de scissions remet même en question leur survie à moyen-terme.

L’avenir du Camp démocratique – alliance entre le Meretz, un parti qui existe depuis des décennies et qui est aujourd’hui dirigé par Nitzan Horowitz, et le Parti démocratique israélien qui a été fondé par l’ex-Premier ministre Ehud Barak — n’est pas sûr.

Cette liste d’union n’a remporté que cinq sièges lors du scrutin du mois de septembre. Ce après quoi Barak, âgé de 77 ans, est retourné en marge de la politique.

Parmi les députés notables qui se sont maintenus, Stav Shaffir, qui a quitté les Travaillistes pour aider à former le Camp démocratique et l’ex-chef d’Etat-major adjoint, Yair Golan. Shaffir a annoncé, la semaine dernière, qu’elle prévoyait de se présenter séparément lors du prochain vote en tant que présidente du parti Vert.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak (2ème à droite), la Prof. Yifat Bitton (2 à gauche), le général à la retraite Yair Golan (droite) et le Dr. Kobi Richter posent pour une photo lors d’une conférence de presse pour annoncer la création d’un nouveau parti politique qu’il va diriger, à Tel Aviv le 26 juin 2019. (Flash90)

Sa décision de se présenter seule survient dans un contexte de frustration chez un nombre considérable de membres du Meretz, qui clament que l’alliance qui avait été conclue avec elle et avec le Parti démocratique israélien n’a pas rapporté les dividendes attendus au cours des dernières élections – avec seulement un siège de plus que lorsque le Meretz avait fait cavalier seul au mois d’avril dernier.

Le comité central du Meretz s’est réuni dimanche pour approuver l’utilisation de la même liste de candidats au mois de mars qu’au mois de septembre. Horowitz a donc indiqué que la formation entrerait dans des négociations avec Shaffir et avec le Parti démocratique israélien avec pour objectif une éventuelle fusion, et que les moyens de la mettre en place seraient également discutés.

Se confiant au Times of Israel, l’ex-député du Meretz, Mossi Raz, a déclaré qu’il espérait voir le Camp démocratique se maintenir et il a exprimé son soutien au plus grand nombre de fusions possibles pour les partis à la gauche de la formation centriste Kakhol lavan, avec à sa tête Benny Gantz.

Toutefois, a-t-il ajouté, Shaffir, Golan et d’autres devront s’attendre à voir leurs noms descendre dans la liste parce qu’avec « tout le respect que je leur dois, aucun d’entre eux n’est Ehud Barak ».

Néanmoins, les membres du Camp démocratique qui n’appartiennent pas au Meretz nourrissent d’autres attentes. Une source proche de Golan a clamé que la différence d’un seul siège ne suffisait pas à résumer les contributions apportées par Shaffir et par le Camp démocratique lors du vote du mois de septembre dernier.

Selon la source, au mois d’avril, le Meretz avait engrangé presque 30 000 bulletins supplémentaires déposés dans les urnes par des Arabes israéliens désabusés par le manque d’une Liste arabe unie. Mais lorsque les partis à majorité arabe se sont à nouveau alliés dans le cadre de la Liste arabe unie au mois de septembre, « ces électeurs ont déserté le Meretz et ils ne reviendront pas non plus lors du prochain scrutin », a commenté la source.

Et ainsi, a-t-elle continué, ce siège supplémentaire en représentait plutôt deux en prenant en compte les nouveaux électeurs attirés par la formation au mois de septembre.

La source a déclaré que l’affirmation selon laquelle le Parti démocratique israélien devait s’attendre à être placé plus bas sur une liste conjointe en raison de l’absence de Barak n’était « pas pertinente », soulignant que l’ex-Premier ministre avait fait le choix d’occuper la place numéro 10 au mois de septembre et qu’il soutiendrait encore probablement cette dernière, en tant que simple citoyen cette fois-ci et sans se porter candidat.

Ehud Barak (à gauche), président du Parti démocrate israélien, Stav Shaffir, députée travailliste (au centre), et Nitzan Horowitz, président du Meretz, le 25 juillet 2019. (Autorisation)

Elle a ensuite déclaré que l’option d’une candidature indépendante de Golan avec le Parti démocratique israélien était « bien sur la table ».

Au sein du Meretz, certains sont allés plus loin que Raz, clamant que non seulement Shaffir et Golan devaient s’attendre à une relégation dans la liste mais qu’il fallait même éviter un regroupement du Camp démocratique.

Un responsable du Meretz qui a réclamé l’anonymat a dit que Shaffir était « déconnectée de la réalité » si elle pensait qu’elle pouvait encore prendre la deuxième place sur une liste conjointe, ajoutant que son initiative de candidature indépendante avec le parti Vert montrait bien « qu’elle n’était pas sérieuse concernant une éventuelle union ».

Toutefois, les opposants au Camp démocratique ont préféré garder l’anonymat et aucun responsable du Meretz, ces dernières semaines, n’a souhaité évoquer publiquement cette alliance avec ce journaliste.

Répondant aux critiques émises sur sa conduite, la semaine dernière, Shaffir a qualifié les dirigeants du Meretz de « dinosaures de la gauche ».

Un partenariat avec le parti Travailliste ?

Mossi Raz, député du Meretz, à la Knesset, le 23 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Horowitz a expliqué dimanche à la Douzième chaîne qu’il regardait au-delà d’une renégociation d’une fusion du Camp démocratique et qu’il espérait qu’un accord similaire pourrait être conclu avec le parti Travailliste et avec « les autres forces de la gauche ».

Il avait appelé avec force, en citoyen d’abord en amont du scrutin du mois d’avril et en tant que président du Meretz en septembre, à une fusion Travailliste-Meretz, arguant qu’un bloc de gauche uni serait plus efficace dans sa tentative d’écarter le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Raz, du Meretz, a approuvé également cette idée tout en reconnaissant les différences idéologiques entre sa formation et les Travaillistes.

« Nous sommes défavorables à l’occupation – ils refusent d’utiliser seulement ce mot. Nous pensons que les implantations sont un crime – ils encouragent les constructions dans les blocs », a-t-il expliqué, disant que le parti Travailliste est plus proche, dans le spectre politique, de Kakhol lavan qu’il ne l’est du Meretz.

« Mais nous devons pourtant coopérer », a ajouté Raz, qui figure actuellement à la cinquième place sur la liste du Meretz. « Les quatre listes à la gauche de Kakhol lavan [Liste arabe unie, Meretz, parti démocratique israélien et parti Travailliste] doivent n’en former que trois d’ici le vote ».

De gauche à droite : Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, le chef Travailliste Amir Peretz et Orly Levy-Abekasis du Gesher lors d’une rencontre, le 14 novembre 2019 (Crédit : Facebook)

Au parti Travailliste qui a glané six sièges lors des dernières élections, les dirigeants sont encore moins enthousiastes face à la perspective d’une fusion avec le Meretz.

Le leader Amir Peretz a expliqué, au début du mois, qu’il se concentrait sur le rétablissement de son alliance avec la faction Gesher d’Orly Levy-Abekasis pour le deuxième vote consécutif. Il a ajouté que des fusions supplémentaires n’étaient pas envisagées pour le moment mais qu’il reprendrait en compte cette possibilité lorsque la date-limite de dépôt des listes serait plus proche.

Un haut-responsable Travailliste qui s’est entretenu avec le Times of Israel a clamé qu’une « fusion avec le Meretz n’étendra pas la taille du bloc de gauche et s’il doit se passer quelque chose, alors le parti préférerait une fusion avec Kakhol lavan ».

Interrogé sur une telle perspective, Ofer Shelah, député de Kakhol lavan, a déclaré que son alliance centriste ne s’impliquerait pas dans des fusions supplémentaires.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...