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Inside story

L’économiste Mohammad Mustafa pressenti comme prochain Premier ministre de l’AP

Si un gouvernement technocrate semble nécessaire pour réformer Ramallah, le choix d'un proche allié du président de l’AP compromet les chances de succès

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le vice-premier ministre de l'Autorité palestinienne Mohammad Mustafa à Ramallah le mercredi 12 juin 2013. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)
Le vice-premier ministre de l'Autorité palestinienne Mohammad Mustafa à Ramallah le mercredi 12 juin 2013. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas devrait annoncer, dans les jours à venir, la nomination de l’économiste et ancien haut responsable du gouvernement, Mohammad Mustafa, comme le prochain Premier ministre de l’AP, ont indiqué mardi au Times of Israel trois responsables au fait de la question.

Cette décision s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par Abbas pour réformer l’AP, en mettant en place un gouvernement technocrate en Cisjordanie, qui sera mieux préparé à reprendre le contrôle de Gaza après la fin de la guerre menée par Israël contre le Hamas.

Mustafa disposera de plusieurs semaines pour constituer un cabinet, pendant lesquelles le Premier ministre sortant de l’AP, Mohammed Shtayyeh, restera à la tête du gouvernement, comme l’ont précisé un responsable palestinien, un diplomate européen de premier plan et un responsable américain.

Mustafa, 69 ans, a tenu des consultations avec plusieurs membres potentiels du cabinet ces dernières semaines. Ces membres seraient essentiellement des technocrates non affiliés au Fatah, le parti d’Abbas, et dont bon nombre d’entre eux ont été éduqués en Occident.

Mustafa est respecté par de nombreux acteurs internationaux. Il est titulaire d’un doctorat en économie de l’université George Washington et a travaillé pendant 15 ans à la Banque mondiale.

Il a été vice-premier ministre, ministre de l’Économie et conseiller économique d’Abbas. Mustafa siège également au comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) depuis 2022 et préside le Fonds d’investissement palestinien depuis 2005.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh (à gauche) présentant la démission de son gouvernement à Mahmoud Abbas, à Ramallah, le 26 février 2024. (Crédit : Thaer Ghanem/PPO/AFP)

Mais il est aussi un confident de longue date de Mahmoud Abbas, ce qui réduit les espoirs de Bruxelles de voir le nouveau gouvernement de technocrates mettre en œuvre les réformes nécessaires au sein de l’AP, qui fait l’objet depuis longtemps d’allégations de corruption, a souligné le diplomate européen.

L’une des principales demandes de réforme formulées par les acteurs internationaux à Abbas ces derniers mois est qu’il transfère certains de ses pouvoirs au Premier ministre. Or, quand bien même Abbas le ferait, sa portée serait remise en question compte tenu de la relation étroite qu’il entretient avec l’homme à qui il est sur le point de transmettre ces pouvoirs, a estimé le diplomate.

« Nous gobons cette réforme cosmétique parce que nous n’avons rien à offrir à Abbas », a déclaré le haut diplomate européen, ajoutant que les États-Unis, l’Union européenne (UE) et les pays arabes donateurs auraient pu convaincre Abbas de nommer un premier ministre plus indépendant s’ils avaient réussi à convaincre Israël de coopérer aux efforts visant à revigorer l’AP.

Une fois le gouvernement technocrate en place, les acteurs régionaux pourront aller de l’avant avec les projets de création d’un comité intérimaire à Gaza, chargé de fournir des services civils et d’assurer la sécurité intérieure dans l’enclave.

Les États-Unis souhaiteraient que ce comité soit lié aux partenaires arabes ainsi qu’à Ramallah, afin de préparer l’AP à assumer la pleine gouvernance de la bande de Gaza. Les principaux pays donateurs, tels que les Émirats arabes unis (EAU) et l’Arabie saoudite, ont souligné qu’ils ne contribueraient pas à la gestion de la bande de Gaza après la guerre si elle venait pas avec la mise en place d’une structure permettant d’aboutir à une solution à deux États.

Le principal collaborateur d’Abbas, le secrétaire général du comité exécutif de l’OLP, Hussein al-Sheikh, tiendra des réunions de haut niveau mercredi aux Émirats. Ramallah cherche à coordonner avec ses alliés arabes les mesures qu’il prend pour conserver leur soutien.

Des Palestiniens passent devant des étals installés dans une rue de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 mars 2024, alors que les musulmans se préparent pour le mois sacré du Ramadan. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Quant aux pays tels que la Turquie et le Qatar, qui hébergent les dirigeants du Hamas, il est peu probable qu’ils soient satisfaits du choix de Mustafa. Ils ont tous deux accueilli Abbas au début du mois pour des consultations concernant la mise en place d’un gouvernement technocrate et la planification de la gestion de la bande de Gaza après la guerre.

Abbas a amené son fils Yasser à des réunions de haut niveau dans les deux pays, suscitant des froncements de sourcils chez les participants, puisque l’homme d’affaires n’a aucun rôle officiel au sein du gouvernement de l’AP et qu’il passe la majeure partie de son temps en dehors de la Cisjordanie, selon trois fonctionnaires au fait de la question. Le bureau d’Abbas n’a pas réagi à une demande de commentaire à ce sujet.

Yasser Abbas faisait également partie d’une délégation de l’AP à Ryad l’année dernière pour des entretiens avec de hauts responsables saoudiens concernant un éventuel accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite, avaient alors indiqué deux sources au Times of Israel.

Le Qatar et la Turquie sont toutefois plus préoccupés par la question de savoir si la composition du nouveau gouvernement de Ramallah – qui pourrait éventuellement être amené à diriger également la bande de Gaza – a reçu l’approbation des dirigeants du Hamas à l’étranger, a expliqué un haut responsable arabe.

Des Palestiniens déplacés transportent leurs affaires dans une rue de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 mars 2024, dans le cadre du conflit entre Israël et le Hamas. (Crédit : AFP)

Bien que les acteurs régionaux pensent qu’Israël pourrait réussir à démanteler l’infrastructure politique et militaire du Hamas à Gaza, ils estiment néanmoins que le groupe terroriste parviendra à maintenir une présence résiduelle dans la bande de Gaza – une présence qui aura besoin d’un soutien pour éviter que le groupe ne sape les efforts de reconstruction, a déclaré le haut fonctionnaire.

La nomination prévue de Mustafa intervient moins d’un mois après la démission de Shtayyeh et du reste du cabinet de l’AP.

Alors qu’Abbas souhaitait attendre un cessez-le-feu, ne serait-ce que temporaire, à Gaza avant de mettre en place un nouveau gouvernement en Cisjordanie, les négociations sur la trêve se sont éternisées, et se poursuivent même en plein Ramadan, sans qu’aucun progrès ne soit enregistré.

Un haut fonctionnaire israélien a toutefois déclaré mardi que des progrès significatifs avaient été réalisés au cours des dernières 24 heures et que l’espoir d’un cessez-le-feu de six semaines, qui permettrait la libération d’une quarantaine de femmes, de malades et de blessés pris en otage, était de nouveau d’actualité.

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