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Lecture de la Meguila dans les ruines de la plus ancienne synagogue de Lviv

Quelques Juifs ukrainiens se sont rassemblés dans une synagogue détruite par les nazis pour célébrer Pourim, sous la menace de l'assaut russe

  • Meylakh Sheykhet, leader laïc de la communauté Turei Zehav, Lviv, Ukraine, 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
    Meylakh Sheykhet, leader laïc de la communauté Turei Zehav, Lviv, Ukraine, 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
  • Derrière la mechitza lors de la lecture de la meguila de la communauté Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
    Derrière la mechitza lors de la lecture de la meguila de la communauté Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
  • Derrière la mechitza lors de la lecture de la meguila de la communauté Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
    Derrière la mechitza lors de la lecture de la meguila de la communauté Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
  • Meylakh Sheykhet, chef laïc de la communauté Turei Zehav, visitant les ruines de sa synagogue à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
    Meylakh Sheykhet, chef laïc de la communauté Turei Zehav, visitant les ruines de sa synagogue à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
  • Murs survivants de la synagogue Golden Rose / Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)
    Murs survivants de la synagogue Golden Rose / Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/ Times of Israel)

LVIV, Ukraine – Meylakh Sheykhet, leader laïc de la communauté Turei Zehav, a ouvert une lourde porte en bois et m’a fait signe d’entrer. Il se précipitait, car bien que le Livre d’Esther – ou méguila – doit être lu au coucher du soleil, sa communauté a avancé sa lecture à la fin d’après-midi, « parce que tout le monde doit rentrer chez lui avant le couvre-feu » à 22 heures, a-t-il expliqué.

N’ayant ni rabbin ni locaux appropriés, Turei Zahav n’est plus considérée comme l’une des deux synagogues en activité dans une ville qui – avant la Seconde Guerre mondiale – abritait plus de 100 lieux saints.

La communauté a fait preuve de créativité en préservant le patrimoine de la synagogue de la Renaissance logée dans les ruines de Golden Rose. Elle fut la plus ancienne de Lviv jusqu’à ce qu’elle soit profanée et détruite par les nazis pendant la Shoah.

L’espace religieux actuel est situé dans l’ancienne entrée de la synagogue, à laquelle a été rajouté un mur afin de créer un espace clos. Il est maintenant rempli de livres de prières, d’autres documents judaïques, de matelas et de vêtements mis à la disposition des réfugiés ukrainiens, dont une douzaine environ dorment dans l’espace de prière chaque soir.

Sheykhet a grandi à Lviv et vécu brièvement aux États-Unis. En tant que directeur ukrainien de l’Union des conseils pour les Juifs de l’ex-Union soviétique, l’une de ses fonctions est de faire pression sur le gouvernement ukrainien pour restaurer les sites historiques juifs, dont Golden Rose.

Vestiges de la synagogue Golden Rose/Turei Zehav, à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Mercredi soir, sa communauté comptait cinq membres, qui étaient sous la bonne garde de deux agents de sécurité. « Nous sommes ici tout le temps », ont-ils précisé.

Turei Zahav a fait face à l’assimilation et aux vagues d’immigration vers Israël puis au COVID-19 et, maintenant, à la guerre.

Avant la pandémie, Turei Zehav pouvait se vanter d’organiser « quatre minyanim par jour », a déclaré Sheykhet, faisant référence à un quorum de prière juive de 10 personnes. Il est maintenant devenu impossible d’en constituer ne serait-ce qu’un par jour.

Ceux qui restent

Les fidèles de la communauté actuelle sont d’une moyenne d’âge assez élevée. Tous les participants à l’office de Pourim sont venus sans leurs proches. Sheykhet a déclaré : « Nous prévoyons d’organiser à nouveau une Bar Mitzvah », mais il semble que rien n’est réellement encore été prévu ni organisé.

Avec le début de la guerre, « beaucoup sont partis en Israël pour se réfugier », a-t-il dit, « et ils prévoyaient de revenir ».

Mais, dit-il, « peut-être qu’ils ne reviendront pas. Ils verront qu’ils ont une belle vie en Israël et ne reviendront pas. Nous ne savons pas ».

« Tout le monde veut que nous existions », dit Sheykhet, en tirant sur sa longue barbe blanche. « Tous les Juifs [locaux] – laïcs, non laïcs – se réjouissent de l’existence de notre communauté. »

« Mais le plus important est qu’ils doivent se retrouver. Ils doivent être présents et partager la richesse de la vie juive. »

Leah, membre de la communauté de longue date de Turei Zahav, Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Néanmoins, « le squelette de la communauté demeure », a déclaré Leah, septuagénaire et membre de longue date de la communauté qui, comme toutes les autres personnes présentes – à l’exception de Sheykhet – a refusé de donner son nom de famille.

Le petit-fils de Leah vit en Israël, où elle s’est rendu pour son mariage. Lors de cette visite, elle a été interrogée sur son héritage juif par un membre du rabbinat de Jérusalem.

« J’ai réussi ! Je connaissais toutes les réponses », a-t-elle déclaré avec fierté.

Comme il n’y a pas de mariage civil en Israël, les mariages sont célébrés par les autorités religieuses, ou célébrés à l’étranger et reconnus rétroactivement par l’État israélien. Avant de célébrer un mariage juif, le rabbinat a le pouvoir de statuer sur l’authenticité du mariage et veille à déterminer le statut religieux des immigrants, tels que le petit-fils de Leah.

Michael, est né en Ukraine et habite à Haïfa par intermittence. Il est arrivé vêtu d’un treillis et d’une kippa sous son chapeau de garçon d’honneur, bien qu’il ne soit pas « encore » dans l’armée. Michael se trouvait dans la résidence secondaire de sa famille à Lviv lorsque la guerre a éclaté, et sa femme et son fils de 7 ans sont toujours piégés à Kiev.

« Comment pensez-vous que je me sens ? », a-t-il dit. « Je les appelle cinq à six fois par jour. »

Michael, membre de la communauté Turei Zahav, avant la lecture de la meguila pour la fête de Pourim à Lviv, en Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Le 21e jour de l’invasion russe, la communauté ne portait pas de costumes de Pourim, ne préparait pas de discours ni ne se délectait des hamantaschen, pâtisseries traditionnelles de Pourim. L’ambiance était tendue, mais agréable. Tout le monde avait l’œil sur l’horloge.

« Peut-être que vous aimeriez vous tenir à coté à Leah », m’a-t-on délicatement suggéré avant que je ne passe derrière la mehitza en bois – barrière de séparation entre les hommes et les femmes dans les lieux de culte.

La table – du côté des femmes – nettoyée avec amour par Leah avant le début de la lecture, était comme un sanctuaire au milieu « d’une mer » de matelas, de couches, de vêtements et d’autres dons offerts par une communauté juive de Baden-Baden, en Allemagne, aux réfugiés ukrainiens, que Turei Zahav s’est chargé de redistribuer.

Derrière la mehitza lors de la lecture de la méguila de la communauté Turei Zahav, à Lviv, Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Sheykhet, qui a grandi en Ukraine soviétique et ne s’est jamais intéressé aux études rabbiniques par crainte de représailles du régime, a commencé à chanter de façon lente et méthodique en parcourant le rouleau de parchemin.

Insipré du yiddish, il roulait sa lettre hébraïque « tav » en un son « s », et de façon universelle, il se joignait aux autres fidèles pour frapper du poing sur la table à la mention du nom de Haman.

Après la fin de la lecture de la méguila, Turei Zahav a retransformé son sanctuaire en un abri de réfugiés pour la nuit, mettant fin aux célébrations de Pourim, tout en priant pour l’Ukraine.

« S’il vous plaît, D.ieu », dit Sheykhet, « que cette guerre se termine ».

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