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L’Eglise d’Angleterre présente ses excuses aux Juifs pour les lois antisémites de 1222

Un office, auquel a participé le grand rabbin du Royaume-Uni, a marqué l'anniversaire du Synode d'Oxford et cherche à inspirer les chrétiens à rejeter l'antisémitisme contemporain

Vidéo d'une cérémonie spéciale de l'Eglise d'Angleterre pour marquer et présenter des excuses pour le Synode d'Oxford de 1222, à la cathédrale Christ Church à Oxford, le 8 mai 2022. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Vidéo d'une cérémonie spéciale de l'Eglise d'Angleterre pour marquer et présenter des excuses pour le Synode d'Oxford de 1222, à la cathédrale Christ Church à Oxford, le 8 mai 2022. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

L’Église d’Angleterre a présenté dimanche ses excuses pour les lois antisémites qui ont été adoptées il y a 800 ans et qui ont conduit à l’expulsion des Juifs du royaume pendant des centaines d’années.

Le grand rabbin de Grande-Bretagne Ephraim Mirvis et des représentants de l’archevêque de Canterbury Justin Welby ont assisté à un office spécial tenu à la cathédrale Christ Church d’Oxford pour marquer le synode d’Oxford, adopté en 1222.

En vertu de ce synode, les interactions sociales entre juifs et chrétiens étaient interdites, une dîme spécifique était imposée aux juifs et le port d’un badge d’identification était obligatoire. Il leur était également interdit d’exercer certaines professions et de construire de nouvelles synagogues. Ces décrets ont été suivis par d’autres lois antisémites, et finalement par l’expulsion massive des 3 000 Juifs d’Angleterre de l’époque en 1290.

Il faudra attendre 360 ans pour que les Juifs soient autorisés à revenir.

« L’office d’aujourd’hui est une occasion de se souvenir, de se repentir et de reconstruire », a tweeté Welby. « Prions pour qu’il inspire les chrétiens d’aujourd’hui à rejeter les formes contemporaines d’antijudaïsme et d’antisémitisme ainsi qu’à apprécier et recevoir à leur juste valeur les bienfaits de nos voisins juifs. »

« Notre intention est que cette commémoration soit un signal clair de ce potentiel si important, reflété dans la profondeur des rencontres et des offices interconfessionnels qui existent de plus en plus à Oxford et dans toute notre société », a déclaré le diocèse d’Oxford dans un communiqué le mois dernier avant l’événement.

L’office a été retransmis en direct sur Internet.

L’archevêque de Canterbury Justin Welby prononce un discours à l’abbaye de Westminster, à Londres, le 11 novembre 2018. (Crédit : Paul Grover/AP)

Bien que l’Église d’Angleterre ait été formée dans les années 1500 lorsque Henry VIII a rompu avec le pape, l’Église catholique romaine était « entièrement d’accord » avec les excuses, a déclaré Jonathan Chaffey, archidiacre d’Oxford, au journal britannique The Guardian dans un article publié dimanche.

Il a déclaré que le temps était venu pour les chrétiens de se repentir de leurs « actions honteuses » et de « recadrer positivement » leurs relations avec la communauté juive.

Les Juifs ont été réadmis en Angleterre par Oliver Cromwell en 1656.

Tony Kushner, professeur de relations entre juifs et non-juifs à l’université de Southampton, a expliqué au Guardian que, bien que l’Église d’Angleterre n’existait pas à l’époque du synode d’Oxford, « elle se considère comme la principale voix du christianisme en Grande-Bretagne aujourd’hui » et que, par conséquent, « les excuses ont le mérite de reconnaître les injustices commises ».

Le grand rabbin du Royaume-Uni Ephraim Mirvis à la résidence du président à Jérusalem, le 23 janvier 2020.(Crédit : Raphael Ahren/TOI)

L’Église a pris des mesures pour développer de meilleures relations avec les Juifs britanniques au cours des dernières années.

En 2019, elle a publié un document intitulé « La parole indéfectible de Dieu » qui soulignait l’importance de la relation entre chrétiens et juifs et reconnaissait que des siècles d’antisémitisme chrétien en Europe avaient créé les bases de l’Holocauste. À l’époque, le grand rabbin d’Angleterre, Mirvis, avait déclaré que le document représentait un pas en avant, mais qu’il n’était pas suffisant car il ne condamnait pas les tentatives de conversion des Juifs par l’Église dans le passé.

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