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L’Égypte frappée, à distance, par le conflit au Moyen-Orient

Voir les chiffres grimper à la pompe est devenue une source d'angoisse familière en Egypte, qui a réduit les subventions aux carburants à quatre reprises ces deux dernières années

Un employé remplit le réservoir d'un bus dans une station-service à Gizeh, le 10 mars 2026. (Crédit :Khaled DESOUKI / AFP)
Un employé remplit le réservoir d'un bus dans une station-service à Gizeh, le 10 mars 2026. (Crédit :Khaled DESOUKI / AFP)

A des milliers de kilomètres de l’Iran, l’Egypte, pays le plus peuplé de la région, subit l’impact de la guerre au Moyen-Orient : le gouvernement a annoncé mardi une hausse des prix du carburant, et les Egyptiens voient le coût de la vie s’envoler.

« Tout ne cesse d’augmenter. Cela fait une semaine que les prix montent déjà », confie dans un marché de l’ouest du Caire Oum Mohamed, mère de six enfants qui dit avoir vu ses frais de déplacement quotidiens grimper d’environ 30 %.

« Nous arrivions à peine à nous en sortir. Je ne sais pas comment les gens vont faire », dit-elle à l’AFP.

Entre les étals, consommateurs et commerçants échangent leurs inquiétudes face à la hausse des prix des légumes et des tarifs de transport, à peine quelques heures après la publication des augmentations tarifaires – certaines atteignant 30 % -, imputées par le gouvernement à la flambée des marchés énergétiques mondiaux pour cause de guerre au Moyen-Orient.

« Il n’y a pas de guerre en Egypte », assure Ahmed Hassan, chauffeur de taxi de 33 ans. « Mais nous en ressentons les répercussions chaque jour. Ce matin, j’ai été surpris par le prix du plein. »

Les relèvements — appliqués à l’essence, au gazole et au gaz naturel — ont été imposés après que les prix du brut ont brièvement franchi lundi la barre des 119 dollars (environ 100 euros) le baril, dans un contexte de frappes iraniennes sur les infrastructures pétrolières du Golfe et de blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% de l’approvisionnement mondial en pétrole.

En parallèle, les compagnies maritimes ont commencé à contourner le canal de Suez, privant Le Caire d’une source vitale de devises étrangères, alors que le pays, dont la monnaie a atteint son plus bas historique, tente de se relever de sa pire crise économique.

Un employé remplit le réservoir d’un camion dans une station-service à Gizeh, le 10 mars 2026. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

« Rien ne baisse »

Voir les chiffres grimper à la pompe est devenue une source d’angoisse familière en Egypte, qui a réduit les subventions aux carburants à quatre reprises ces deux dernières années.

A l’extérieur du marché, El-Sayed Mohamed, chauffeur routier de 72 ans, fait ses comptes: livrer sa cargaison de fruits lui coûtait 400 livres, « maintenant c’est 800 », explique-t-il. « Cela va augmenter le prix de tout ici. »

Les vagues d’inflation déclenchées par les hausses des prix de carburants assèchent les économies d’une population au faible pouvoir d’achat.

Le mois dernier, l’inflation s’est établie à 13,4%, après un pic en août 2024 à près de 40%.

Le gouvernement a averti que les profiteurs pourraient être jugés devant des tribunaux militaires et a cherché à rassurer la population.

Mardi, il a annoncé une révision des priorités des dépenses publiques, avec notamment une réduction des déplacements non essentiels des membres du gouvernement, et de l’éclairage public dans les rues.

Les salaires du secteur public seront également augmentés, a déclaré le Premier ministre Moustafa Madbouli, qui a laissé entendre que les hausses des prix des carburants pourraient être réexaminées si le conflit s’apaise.

Mais beaucoup restent sceptiques.

« Rien de ce qui augmente de prix en Egypte ne rebaisse ensuite », affirme Walid Ibrahim, un autre chauffeur de taxi dans une station-service.

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