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L’Egypte réduit l’éclairage pour augmenter ses réserves de change

L'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a six mois a eu un impact immédiat sur l'Egypte, le plus grand importateur de blé au monde, qui dépend de ces deux pays de l'ex-URSS pour plus de 80 % de ses céréales

Un embouteillage dans le quartier central d'Attaba au Caire, la capitale égyptienne, le 22 février 2021. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)
Un embouteillage dans le quartier central d'Attaba au Caire, la capitale égyptienne, le 22 février 2021. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

Pour faire face à la crise économique provoquée par la guerre en Ukraine, l’Egypte a trouvé une solution : réduire l’éclairage public pour libérer de l’énergie et exporter davantage de gaz, afin d’augmenter ses réserves de change.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a six mois a eu un impact immédiat sur l’Egypte, le plus grand importateur de blé au monde, qui dépend de ces deux pays de l’ex-URSS pour plus de 80 % de ses céréales.

Le secteur du tourisme, vital pour l’Egypte, a également été touché par le conflit, réduisant le flux de vacanciers dans un pays qui souffre encore de la révolution de 2011 et de la pandémie de Covid-19. Ces trois derniers mois, la croissance a plafonné à 3,2 %, contre 7,7 % il y a un an.

Pour compenser, le Premier ministre, Mostafa al-Madbouly, a décidé de réduire l’éclairage public. Même la célèbre place Tahrir du Caire sera bientôt plongée dans le noir, a-t-il dit.

Cette mesure fait l’objet de critiques. « Les lampadaires restent allumés la journée alors que pour nous, les factures ne font qu’augmenter », se lamente un Cairote trentenaire qui préfère taire son nom.

Pénurie de dollars

Pour le gouvernement, l’objectif est de « réduire de 15 % la quantité de gaz naturel envoyée dans les centrales électriques sur un an » pour les exporter contre des dollars. Car si l’Egypte est devenue auto-suffisante en gaz en 2018, économisant chaque mois 220 millions de dollars d’importations, elle veut maintenant devenir un exportateur de poids.

Mais pour l’économiste Hani Genena, le problème vient d’ailleurs. « La valeur de la livre égyptienne est artificiellement élevée, cela force (l’Etat) à emprunter à l’étranger et fait courir le risque de se retrouver dans l’impasse au moment du remboursement », explique-t-il à l’AFP.

Déjà, prévient-il, « depuis une semaine, les banques ne peuvent plus fournir les importateurs en dollars ». Car les réserves en devises ne sont plus que de 33,1 milliards de dollars aujourd’hui, contre 41 milliards en février.

Alors que Le Caire réclame pour la quatrième fois en six ans un prêt au FMI, il « faut accélérer les négociations », plaide M. Genena.

D’ici six semaines, l’Egypte « doit mener des réformes dures sur le court terme mais qui permettront de récupérer des dollars », affirme le spécialiste.

La première doit être d’ « abaisser le taux de change à 25 livres pour un dollar d’ici fin 2024 » contre 19,1 aujourd’hui, afin d’ « éviter un déséquilibre extérieur », c’est-à-dire encore moins de devises, explique à l’AFP James Swanston, de Capital Economics.

En 2016 déjà, l’Egypte avait décroché un prêt de 12 milliards de dollars du FMI en échange d’une dévaluation brutale et de mesures d’austérité. Puis, en 2020, deux autres de 5,4 et 2,8 milliards de dollars.

Cette fois-ci, elle négocie pour obtenir encore plus, alors que deux tiers des 103 millions d’Egyptiens vivent sous le seuil de pauvreté ou sont en passe d’y plonger.

Fuite des investisseurs

Selon des médias locaux, c’est justement sur la dévaluation qu’achoppent les négociations avec le FMI. Citant des banquiers anonymes, ils assurent que c’est pour cela que le patron de la Banque centrale, Tareq Amer, a récemment démissionné.

Le gouverneur de la Banque centrale égyptienne, Tarek Amer, s’exprime lors d’une conférence de presse à la Banque centrale d’Égypte au Caire, le 3 novembre 2016. (Crédit : AP/Nariman El-Mofty)

Le lendemain, il était remplacé par Hassan Abdallah, un ancien haut cadre du parti de l’ancien président, Hosni Moubarak, renversé par la « révolution » de 2011.

Pour Capital Economics, la prolongation des discussions avec le FMI « est sûrement le signe que certains responsables préfèrent compter sur les riches monarchies du Golfe plutôt que d’appliquer les programmes du FMI ».

Ces derniers mois, l’Arabie saoudite et le Qatar ont annoncé des milliards d’investissements en Egypte et Ryad a même déposé fin mars cinq milliards de dollars à la Banque centrale égyptienne. Mais cela n’a pas pu empêcher la fonte des réserves, juguler une inflation à 14,6 % ou encore alléger une dette publique de 90 % du PIB.

Car en face, « 14,6 milliards d’investissements étrangers ont quitté l’Egypte au premier trimestre », rapporte la Banque centrale, à cause de l’ « inquiétude des investisseurs après la guerre en Ukraine ».

En attendant l’argent du gaz, le gouvernement a déjà débloqué 312 millions de dollars pour aider les neuf millions de familles les plus pauvres pendant six mois.

Mahmoud al-Saïdi, commerçant ambulant au Caire, lui, n’a plus aucune économie, étranglé par le coût de la vie.

« Je rentre dans mon village dans le Sud tous les 40 ou 50 jours et je n’ai que 600 livres à offrir à ma famille », soit environ 30 euros, dit-il à l’AFP : « Qu’est-ce qu’ils peuvent faire avec ça ? ».

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