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L’EI va encore plus loin dans l’horreur pour terroriser l’ennemi

Le groupe terroriste cherche à innover pour garder l'attention du public et créer le 'buzz'

Images montrées sur le site Internet djihadiste de Welayat Salahuddin des combattants de l'EIIL en train d'exécuter des militaires irakiens (Crédit : AFP/HO/Welayat Salahuddin)
Images montrées sur le site Internet djihadiste de Welayat Salahuddin des combattants de l'EIIL en train d'exécuter des militaires irakiens (Crédit : AFP/HO/Welayat Salahuddin)

En brûlant vif un pilote militaire jordanien, le groupe Etat islamique (EI) a voulu médiatiser un « châtiment inédit » et adresser un message d’horreur pour dissuader ses ennemis arabes et occidentaux de poursuivre leur lutte anti-djihadiste.

Après les décapitations, les lapidations et les crucifixions qu’elle mène en Irak et en Syrie, l’organisation extrémiste est allée plus loin dans l’horreur, mettant en scène le supplice du pilote Maaz al-Kassasbeh se débattant dans une cage avant d’être transformé en une boule de feu, des images dignes d’un bûcher médiéval.

Pour Romain Caillet, spécialiste des mouvements djihadistes, cette « vidéo choc avec un ‘châtiment’ inédit » a pour but de terroriser la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, qui mène des raids contre l’EI en Irak et en Syrie depuis l’été 2014, et à laquelle participe Amman.

L’EI dit « à la coalition: (…) ‘vos hommes finiront dans des vidéos encore plus atroces, qui traumatiseront durablement vos opinions publiques' », affirme-t-il à l’AFP. Aucun chef d’Etat « n’a envie de voir un jeune soldat finir dans une telle vidéo ».

« Il s’agit d’une énorme opportunité pour l’EI d’infliger une douleur maximale à la coalition, notamment aux pays musulmans (…) qui aident les Etats-Unis », souligne Hassan Hassan, du Delma Institute basé à Abou Dhabi.

Escalade médiatique

Selon la télévision officielle jordanienne, la mort du pilote Maaz al-Kassasbeh, capturé fin décembre après la chute de son avion au-dessus du nord de la Syrie, remontait au 3 janvier.

Ce détail montre que pour l’EI, l’idée n’était pas d’utiliser leur otage jordanien comme carte de négociations, mais comme un exemple du sort particulièrement horrible que subiraient les ennemis du groupe. Fin janvier, l’EI avait réclamé la libération d’une djihadiste irakienne détenue à Amman, sous peine de tuer le pilote et un otage japonais, mais n’avait jamais apporté de preuve de vie du Jordanien.

« L’EI a voulu terroriser l’armée de l’air jordanienne et annoncer que tout pilote qui tombera dans leurs mains subira le même sort », explique à l’AFP Hicham al-Hachimi, expert sur les questions stratégiques basé en Irak.

Dans la vidéo longue de 22 minutes, l’EI montre des images d’enfants blessés dans des hôpitaux en Syrie suivies par des explosions, le groupe expliquant qu’il s’agit de bombardement de la coalition « croisée ».

Pour Thomas Pierret, spécialiste de l’islam contemporain, il s’agit surtout d’une « escalade médiatique » de la part du groupe, qui cherche à « ‘innover’ pour attirer l’attention » du public.

« L’EI a fait un usage tellement fréquent des décapitations qu’il les a banalisées. Brûler un prisonnier est donc une manière de relancer le buzz, si j’ose dire », explique ce professeur à l’université d’Edimbourg.

talion

Pour lui, ce qui importe est le genre d’images projetées en direction de l’adversaire, avec une loi du talion « métaphorique ».

« Comment mettre en pratique le ‘oeil pour oeil, dent pour dent’ avec quelqu’un qui vous bombarde depuis le ciel? Le bûcher est en quelque sorte une réponse au ‘feu du ciel’ que représente le F-16 », précise Pierret.

Pour justifier le mode d’exécution, la vidéo invoque les paroles d’Ibn Taymiya, un théologien radical du 13ème siècle qui constitue la principale source d’inspiration des salafistes et djihadistes contemporains : « Si la mort horrible (…) permet de repousser l’agression (…) il s’agit d’un djihad légitime ».

Choqués par la barbarie de l’exécution, de nombreux musulmans ont appelé sur les réseaux sociaux à critiquer ouvertement, voire à « brûler » les livres de cet idéologue.

Sur plusieurs forums djihadistes, des versets du Coran sont relayés pour justifier l’exécution, notamment un extrait de la sourate dite des abeilles (an-Nahl) : « Et si vous punissez, infligez (à l’agresseur) une punition égale au tort qu’il vous a fait ».

Mais des religieux, dénonçant la sauvagerie de l’EI, soutiennent que le verset est tronqué car il appelle à la « patience » face aux ennemi. Ils rappellent aussi un hadith (propos attribués à Mahomet) interdisant la torture et la mise à mort par le feu.

Selon Hassan Hassan, même les salafistes jordaniens, peu émus par le fait que le pilote soit tué, « se sont opposés à la manière dont il a été tué ».

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