L’électorat juif de Trump est prêt à ce que « la fête commence »
Après une campagne difficile et séparatiste, dans laquelle les trois quarts de leurs coreligionnaires ont voté pour sa rivale, ceux qui ont soutenu l’imprévisible millionnaire triomphent

NEW YORK (JTA) – Tout le monde le leur avait prédit : votre homme va perdre. Les trois quarts des juifs américains ont voté pour l’autre candidat. Désormais, l’électorat de Trump est triomphant.
« J’ai été transporté de joie », raconte Jeff Bookman, 65 ans, commerçant en bijouterie à Beachwood, une banlieue de Cleveland à la population juive conséquente.
Il y a moins d’un mois, Bookman avait dit au JTA qu’il « ne dirait pas que [Trump] est son 17e choix] » parmi les républicains, bien qu’il préférait le candidat républicain à Hillary Clinton. Maintenant, comme d’autres électeurs juifs de Trump, il est optimiste.
« J’étais très enthousiaste à l’idée d’un Sénat et d’un président républicain, avec l’opportunité, pour la première fois, de mettre en œuvre des idées conservatrices », dit-il.
« Si le libre-échange opère de lui-même, cela solutionnera de nombreux problèmes de l’économie et une confrontation avec le terrorisme islamique était essentielle pour Israël et pour les États-Unis. »
Durant la campagne présidentielle, le JTA s’est entretenu avec des électeurs de Trump aux convictions idéologiques diverses et variées à travers le pays. Ils étaient nombreux, comme Bookman, à voter pour Trump par défaut, à cause de leur rejet d’Hillary Clinton. D’autres étaient de vrais partisans du magnat de l’immobilier et de la star de télé-réalité dès le départ. Certains approuvaient sa politique. D’autres aimaient sa personnalité.
Maintenant que le président élu est en train de composer son administration et que le pays convulse en débats aux sujets des personnes qu’il sélectionne et au sujet de ses priorités, JTA a repris contact avec cet échantillon de l’électorat juif de Trump.
Pour la plupart d’entre eux, rien n’a changé ou presque. Pour les sympathisants de Trump, il l’aiment davantage. Les républicains sont encore plus engagés pour leur parti. Et ceux qui doutaient ? Ils doutent encore.
« Je me suis réveillé soulagé » le lendemain des élections, raconte Rebecca Raab, originaire de Floride. Elle avait raconté en août au JTA qu’elle « devait peser le pour et contre, entre une option pas terrible et une option terrible ». Pour elle, Trump était un moindre mal.
Raab a déclaré mardi qu’elle n’aime pas « toute cette histoire de Black Lives Matter, devenue populaire avec Obama. Toute cette attitude anti-police, c’est avec Obama. Les gens n’ont pas d’emplois, la classe moyenne paye une fortune pour ses soins de santé. Il y a tellement de choses que je n’ai pas aimé dans ce qu’Obama a fait. Pourquoi est-ce que j’aimerais quelqu’un qui ira dans ses pas ? »
Lorsqu’ils imaginent la future administration de Trump, certains électeurs sont confiants que Trump sera pro-Israël, mais pour la plupart, ils sont ravis que les priorités traditionnelles républicaines reviennent, notamment une Cour Suprême conservatrice, la déréglementation du commerce, l’installation d’une programme social conservateur, ou l’adoption de lois bellicistes sur l’immigration.
« C’est la première fois depuis des dizaines d’années que nous avons un président si proche du monde des affaires », a déclaré l’ancien président du parti républicain en Alaska, Peter Goldberg, originaire de Brooklyn. Goldberg, qui se souvient avoir entendu le psaume 23 dans les hauts-parleurs de son école primaire de Brooklyn, espère que la présidence de Trump est annonciatrice d’un retour de la religion dans les écoles publiques.
La constitution « ne parle nulle part d’une séparation entre l’Église et l’État », dit-il. « Je ne pense pas que nous devons interdire de dessiner un arbre de Noël, le père Noël ou une ‘hannoukia. C’est tout à fait acceptable que les enfants apprennent ces petites choses de la religion. »
Mais tous les électeurs de Trump ne sont pas aussi emballés par cette victoire inattendue. Comme Raab, une autre femme juive de Floride a voté Trump, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle l’apprécie.
« Je suis inquiète, mais si le candidat pour qui j’ai voté a gagné », dit Miryam Schloss, 30 ans. « C’est ce que je voulais qu’il se passe, mais cela ne change rien au fait que Trump n’est pas quelqu’un que je respecte et je n’aimerais pas que mes enfants lui ressemblent. »
Schloss explique qu’elle est inquiète de la tension qui règne dans le pays depuis les élections. Cela ressemble à une « vague de sympathie à l’égard des minorités » qui ont peur des prises de position de la politique de Trump. Alors que d’autres espéraient que les fossés se combleraient, ils ne sont pas tous aussi compréhensifs que Trump.
« L’un des points centraux des démocrates était de démontrer que les républicains ne sont qu’une bande de xénophobes racistes haineux, et j’en passe… » affirme Goldberg. « Et pourtant, il y a énormément de haine provenant de l’autre côté. »
L’électorat de Trump ne s’inquiète pas des suprématistes blancs qui ont manifesté leur soutien à Trump, et la plupart d’entre eux approuvent la nomination du chef de la stratégie, Stephen Bannon, anciennement à la tête de Breitbart News, un site internet accusé de publier du contenu antisémite, raciste et misogyne.
Certains groupes juifs ont condamné Bannon pour avoir fait la promotion de la haine, et deux l’ont soutenu pour ses positions pro-Israël.
« Les juifs qui se tournent vers Hillary croient au libéralisme plus qu’il ne croient au judaïsme », analyse goldberg. « En moyenne, si vous allez dans les communautés juives religieuses, elles sont susceptibles d’être républicaines. Si vous parlez à celui qui ne va à la synagogue que pour les fêtes [de Rosh Hashana et Kippour], il y a plus de chances qu’ils votent pour Clinton. »
Heshy Friedman, un activiste pro-Trump dans l’enclave ultra-orthodoxe de Brooklyn, Borough Park, explique que les conseillers de Trump montrent qu’il sera à l’écoute des intérêts juifs. L’écrasante majorité des habitants de Borough Park ont voté pour Trump.
« Les gens dont il s’entoure, que ce soit sur gendre orthodoxe, qu’il écoute, ou son avocat orthodoxe » dit Friedman, faisant référence à Jared Kushner, le mari d’Ivanka Trump, et à Jason Dov Greenblatt, chef des affaires juridiques pour The Trump Organization et conseiller de Trump pour les affaires relatives à Israël. « Nous n’avons jamais eu d’administration qui soit aussi pro-juive et pro-Israël que celle que nous allons avoir. »
Jeff Sawka, co-président du parti républicain dans le Michigan, a déclaré au JTA lors de la convention nationale républicaine en juillet que Trump n’est pas raciste, quand on regarde la diversité parmi ses employés. Maintenant que les républicains détiennent le Congrès, le Sénat et la Maison Blanche, et qu’ils obtiendront bientôt la majorité à la Cour Suprême, le parti pourra maintenant prouver qu’il s’engage pour faire progresser les minorités, estime Sawka.
« En tant que parti, nous accueillons la diversité et nous travaillons dur pour comprendre pourquoi notre politique est meilleure, fonctionne mieux pour eux et pour leur famille », explique Sawka.
« Quiconque hait les juifs ou les musulmans ne fait pas partie de notre parti. Je ne peux pas les empêcher de voter pour nous, mais ça n’est pas quelque chose que je défends, et je ne pense pas que Trump les défende non plus. »
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