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L’émission satirique préférée des Israéliens fête ses 20 ans de sketchs politiques

"Eretz Nehederet", l'émission phare de Keshet, célèbre deux décennies d'un humour "presque limite" qui a offert un miroir sur la société et la politique israéliennes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Les personnages créés par les anciens et actuels membres de la troupe de l'émission satirique primée "Eretz Nehederet", qui fête ses 20 ans d'humour. (Crédit : La Douzième chaîne/Facebook)
Les personnages créés par les anciens et actuels membres de la troupe de l'émission satirique primée "Eretz Nehederet", qui fête ses 20 ans d'humour. (Crédit : La Douzième chaîne/Facebook)

L’émission satirique israélienne « Eretz Nehederet » (« Un pays merveilleux ») fête ses 20 ans d’existence. Depuis deux décennies, elle aborde les questions les plus importantes dans le pays, tendant un miroir à la société israélienne avec des parodies judicieuses et sardoniques de personnalités locales et internationales, qui reflètent également – et de manière plus large – toute la nature humaine.

L’émission hebdomadaire, un mélange de « Saturday Night Live » et de « The Daily Show », est l’une des émissions les plus regardées de la télévision israélienne. Les imitations d’hommes politiques et de personnalités de la culture populaire sont au cœur de l’émission – qu’il s’agisse de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu ou de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah.

Les acteurs et les créateurs de l’émission, qui a commencé à être diffusée en 2003 sur la Deuxième chaîne de Keshet, n’ont pas l’intention d’abandonner cette émission qui a par ailleurs remporté des prix.

Certains des nouveaux membres de l’équipe de l’émission ont grandi en la regardant – comme c’est le cas de Gaya Beer Gurevich, qui parodie désormais régulièrement le politicien de droite Bezalel Smotrich, ou comme c’est le cas de la chanteuse Shiri Maimon.

À mesure que de nouveaux visages et de nouveaux noms apparaissent sur la carte politique israélienne et au Moyen-Orient, les acteurs deviennent leurs doubles comiques, comme Shahar Hasson qui incarne le politicien d’extrême droite Itamar Ben Gvir. Il l’a d’ailleurs implicitement comparé au dictateur nazi Adolf Hitler dans un récent sketch chanté et dansé, inspiré du numéro emblématique « Springtime for Hitler » (« Le printemps d’Hitler ») extrait du film « Les Producteurs » de Mel Brooks (1967).

Les membres de la troupe ont souvent dit qu’une bonne satire exigeait de prendre parti – peu importe lequel – et d’attaquer ensuite le cœur du sujet avec pour seules armes les blagues et la comédie.

« Toute l’actualité, des élections aux funérailles en passant même par les attaques terroristes, sont des sujets de comédie », avait déclaré Shahar Cohen, membre de l’équipe de l’émission, dans une interview accordée à CNN, en 2010.

Aucun sujet n’est considéré comme trop sensible. Dans un sketch mettant en scène l’ex-Premier ministre Netanyahu et l’ancien président américain Barack Obama, Netanyahu mettait accidentellement le feu au drapeau américain ; dans une autre parodie, les pourparlers de paix israélo-palestiniens se métamorphosaient en partie du jeu vidéo Angry Birds.

L’émission comique a toujours repoussé les limites, offrant un espace où les Israéliens peuvent rire des aléas surréalistes de leur pays et du conflit.

Selon les membres de l’équipe, les sujets difficiles constituent une bonne base.

Créée par Muli Segev, David Lifshitz et Asaf Shalmon, l’émission met en scène un casting familier de comédiens et d’acteurs israéliens, dont certains font partie de l’émission depuis le début.

Eyal Kitzis, mince et chauve, est l’animateur de « Eretz Nehederet » depuis le début, avec Tal Friedman, Alma Zak, Orna Banai, Dov Navon, Mariano Idelman, Eli Finish, rejoints plus tard par Yuval Semo, Eran Zarachovitch, Roey Bar-Natan, Yaron Berlad, Maor Cohen, Asi Cohen, Shani Cohen, Udi Kagan, Gaya Beer Gurevich, Sharon Taicher, Shachar Chason, Ori Laizerouvich et parfois l’acteur Lior Ashkenazi.

Tout le monde, de Vladimir Poutine à Muhammad Abu Tir du Hamas en passant par la chanteuse Adele et Dora l’exploratrice, sans oublier, bien sûr, tous les politiciens israéliens possibles, sont mis au pilori dans l’émission.

Cette création très israélienne d’humour et de satire est tellement connue qu’Abu Tir s’est plaint un jour d’être dépeint dans l’émission comme un terroriste déguisé en organisateur d’événements.

Obama lui-même a plaisanté en disant que tous les drames survenant entre lui et Netanyahu n’étaient que des « complots ourdis pour créer du contenu » pour l’émission, tandis que l’écrivain et podcasteur Malcolm Gladwell a cité « Eretz Nehederet » comme un exemple de satire politique bien faite.

Alors que l’équipe s’est réunie dans le studio de Keshet, à Herzliya, pour une prochaine émission de retrouvailles, les membres actuels et anciens de l’équipe ont été filmés par la Douzième chaîne pour un long clip en l’honneur du 20e anniversaire.

Dov Navon (connu des jeunes téléspectateurs pour son rôle d’Amnon Titinsky dans la satire populiste de la chaîne publique israélienne Kan « Kupa Rashit ») et Alma Zak ont qualifié l’émission de « startup devenue un succès monstre ».

Les membres de l’équipe se souviennent d’Orna Banai, qui était enceinte de neuf mois et dont le fils venait d’être appelé sous les drapeaux.

Ils ont parlé des séances de maquillage compliquées qui duraient trois heures et des accidents de maquillage qui se produisaient parfois dans l’émission.

Segev, l’un des créateurs de l’émission dont il est le rédacteur en chef, raconte que la toute première réunion des acteurs et des créateurs de « Eretz Nehederet » avait rassemblé des humoristes aux talents divers, qui n’avaient jamais travaillé ensemble par le passé.

« Nous voulions créer quelque chose de nouveau », se souvient-il. « Nous sommes tous des cyniques professionnels, et c’est un peu émouvant. »

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