L’envoyé américain accueille une rencontre interconfessionnelle, une « initiative historique »
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'Si vous ne voulez pas que la religion fasse partie du problème, vous devez en faire une partie de la solution'

L’envoyé américain accueille une rencontre interconfessionnelle, une « initiative historique »

Lors d'un sommet avec Jason Greenblatt, des religieux juifs, musulmans et chrétiens promettent d'avancer vers la paix et de "rejeter toute incitation à la violence"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Jason Greenblatt (centre en gris), l'envoyé spécial de l'administration américaine pour les négociations internationales, avec les membres du Conseil des Institutions religieuses en Terre Sainte, lors d'une réunion au consulat-général de Jérusalem, le 16 mars 2017 (Autorisation ambassade américaine de Tel Aviv)
Jason Greenblatt (centre en gris), l'envoyé spécial de l'administration américaine pour les négociations internationales, avec les membres du Conseil des Institutions religieuses en Terre Sainte, lors d'une réunion au consulat-général de Jérusalem, le 16 mars 2017 (Autorisation ambassade américaine de Tel Aviv)

Jason Greenblatt, envoyé spécial de l’administration américaine pour les négociations internationales, a rencontré jeudi de hauts responsables juifs, chrétiens et musulmans à Jérusalem, estimant, selon des informations, que cette réunion avait été « la plus importante » de sa visite.

Greenblatt — proche confident du président américain Donald Trump — a accueilli le Conseil des Institutions religieuses en terre sainte au consulat général américain de Jérusalem juste avant de rencontrer pour la deuxième fois cette semaine le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Selon un participant, Greenblatt a expliqué que cette réunion qui a duré 90 minutes, en présence de grands rabbins israéliens et du premier magistrat de la Sharia de l’Autorité palestinienne, a été la plus importante de sa tournée d’une semaine dans toute la région.

« Les dirigeants ont convenu que la recherche de la paix doit être gouvernée par le respect de la vie et la dignité humaine pour tous les êtres ; qu’il faut travailler pour la paix, la réconciliation et une solution juste et rejeter toutes les incitations à la violence », a indiqué un communiqué diffusé par l’ambassade américaine à Tel Aviv.

Sur son compte Twitter, Greenblatt a affirmé que les religieux faisaient « la promotion de la tolérance ».

Il a déclaré que la réunion de jeudi avait été la toute première du Conseil depuis 2013, des propos toutefois démentis par l’un de ses membres, le rabbin David Rosen.

D’autre part, Rosen, conseiller interconfessionnel du Grand rabbinat, a déclaré que l’initiative de Greenblatt de rencontrer le conseil était « historique » et que c’était la première fois de mémoire récente qu’un haut responsable de l’administration américaine engagé dans les efforts de paix demandait à réunir les chefs religieux.

« C’est la première fois qu’un émissaire présidentiel au Moyen Orient a pris l’initiative de rencontrer le Conseil. De ce point de vue, c’est réellement historique parce que l’impression que les initiatives de paix des administrations précédentes avaient donné, c’est que la religion n’était pas considérée comme un facteur important dans l’initiative de résolution du conflit », a expliqué Rosen au Times of Israël peu après la fin de la rencontre. « Jason Greenblatt a donné très précisément le message inverse ».

C’est « vraiment très étrange » que l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry, qui avait livré des efforts importants pour négocier un accord de paix israélo-palestinien, ait ignoré la dimension religieuse du conflit, a ajouté Rosen.

Greenblatt, Juif orthodoxe, a indiqué à Rosen que ses entretiens avec Netanyahu, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Roi Abdallah II de Jordanie avaient tous été très significatifs, mais que la rencontre avec les chefs religieux avait été pour lui « la réunion la plus importante de toutes », a dit Rosen.

Rosen a encore expliqué avoir dit à Greenblatt que les aspirants négociateurs pensaient souvent que la religion était à l’origine du problème et choisissaient donc de l’ignorer totalement. Mais c’est une idée fausse, a averti le rabbin né au Royaume-Uni, qui est également le directeur international des affaires interreligieuses de l’AJC.

Le Rabbin David Rosen (Autorisation)
Le Rabbin David Rosen (Autorisation)

« Si vous ne voulez pas que la religion fasse partie du problème, vous devez en faire une partie de la solution, a poursuivi Rosen. Cela ne signifie pas que les dirigeants religieux doivent remplacer les politiciens – ce serait un désastre. Mais il faut parler avec eux. »

L’évêque Munib Younan, président de l’Eglise luthérienne évangélique de Jordanie et de Terre sainte, à la tête également de la Fédération mondiale luthérienne, a expliqué à Greenblatt que, bien que les dirigeants religieux ne puissent pas faire la paix au Moyen Orient, il est toutefois impossible d’atteindre un tel objectif sans eux, selon Rosen.

La réunion, qui devait durer une heure mais qui s’est achevée avec une demi-heure de retard, a été marquée par des débats passionnés entre religieux musulmans et israéliens sur les responsabilités respectives des incitations à la violence, a dit Rosen.

« Mais tout le monde est tombé d’accord sur le fait que nous devons travailler ensemble pour combattre les incitations [à la haine], a-t-il dit. Tout le monde est tombé d’accord pour dire que promouvoir les valeurs du caractère sacré de la vie, de la dignité de la personne humaine, de la liberté religieuse et protéger des lieux saints sont des choses pour lesquelles nous devons tous nous battre. »

Rosen, vétéran de la promotion de la compréhension interconfessionnelle, a ajouté qu’il ne pourrait pas dire si l’initiative de Greennblatt d’encourager un accord de paix israélo-palestinien aurait davantage de succès que des efforts similaires menés précédemment.

« Nous avons suffisamment connu de déceptions ici au cours des dernières décennies pour que cela justifie un certain scepticisme, a-t-il dit. Mais si nous ne soutenons pas toutes les initiatives possibles pour mettre un terme à ce conflit, alors nous devrons laisser nos enfants et nos petits-enfants en répondre. »

Le Conseil des institutions religieuses en terre sainte, fondé en 2005, est le « premier organisme consultatif représentant les plus hautes autorités religieuses en terre sainte (Judaïsme, christianisme et Islam) », selon son site internet.

Parmi ses membres, l’on retrouve des grands rabbins ashkénazes et séfarades, des chefs des tribunaux de la Sharia de l’Autorité palestinienne et différents groupes chrétiens locaux dont l’Eglise luthérienne évangélique, le patriarcat grec orthodoxe, le patriarcat latin, le patriarcat orthodoxe arménien, l’Eglise anglicane épiscopale et plusieurs autres.

Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Crédit : Matty Stern/ambassade américaine de Tel Aviv)
Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Crédit : Matty Stern/ambassade américaine de Tel Aviv)

Greenblatt a fait la navette entre Jérusalem et Ramallah ces derniers jours, rencontrant Netanyahu, Abbas, et d’autres hauts responsables israéliens et palestiniens.

Greenblatt a également rencontré des dirigeants civils des deux parties. Il a visité, par exemple, la Yeshivat Hakotel, un séminaire talmudique de la Vieille Ville de Jérusalem. Il s’est également entretenu avec de jeunes Palestiniens dans le camp de réfugiés de Jalazoun à proximité de Ramallah « pour comprendre leurs expériences quotidiennes », comme il l’a écrit sur son compte Twitter .

Il a aussi rencontré « un échantillon de la population de Gaza » qui lui a donné « l’espoir qu’on pourrait trouver des solutions aux défis humanitaires tout en respectant les besoins sécuritaires d’Israël », a-t-il tweeté.

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