Les Abraham Hostels, du nom du patriarche hospitalier, étendent leur générosité
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Les Abraham Hostels, du nom du patriarche hospitalier, étendent leur générosité

La chaîne hôtelière à prix raisonnable et socialement engagée va investir pour s'élargir au-delà de ses trois enseignes actuelles

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le salon de l'Abraham Hostel, simple et accueillant, à Tel Aviv, troisième fleuron de la chaîne (Autorisation : Abraham Hostel)
Le salon de l'Abraham Hostel, simple et accueillant, à Tel Aviv, troisième fleuron de la chaîne (Autorisation : Abraham Hostel)

Abraham Hostels – du nom de l’ancêtre biblique connu pour son hospitalité – est la Mecque des voyageurs indépendants qui viennent en Israël à la recherche de prix abordables et désireux d’avoir une chance de découvrir la culture locale en compagnie de touristes qui partagent le même état d’esprit.

Et maintenant, la chaîne hôtelière réfléchit à relocaliser son espace à Jérusalem et, en même temps, à utiliser un investissement de 25 millions de shekels pour ouvrir deux nouveaux sites d’hébergement, à la mer Morte et à Eilat.

« Nous ne voulions pas perdre le contrôle ou la propriété de l’entreprise mais nous souhaitions vendre des fonds propres pour faire entrer des financements », explique Gal Mor, l’un des deux propriétaires initiaux d’Abraham Hostels, qui est pour le moment implanté à Tel Aviv, à Nazareth et à Jérusalem.

« Nous avons finalement décidé d’aller de l’avant avec Bridges, parce que son critère se résume à investir dans des affaires excellentes qui ont un impact aux niveau social et communautaire », ajoute-t-il.

Ce fonds d’investissement s’appelle Bridges Israel, une branche indépendante de Bridges Fund Management, avec des bureaux au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

« Nous sommes des investisseurs dans l’impact », explique Ran Grodecki, gérant associé de Bridges Israel. « Nous sommes à la recherche de retours concurrentiels mais avec un impact ancré dans les affaires du quotidien ».

Le fonds d’investissement a apprécié le système d’Abraham Hostels qui repose sur le tourisme durable et met l’accent sur le tourisme low-cost.

Ce système, qui comprend également la rencontre avec les autres voyageurs et avec les commerces locaux, crée la tolérance et présente une dimension sociétale positive, ajoute Grodecki.

L’atmosphère chaleureuse et hospitalière du hall de l’Abraham Hostel de Jérusalem (Autorisation : Abraham Hostel)

Maintenant, avec 25 millions en main, Abraham Hostels espère ouvrir une structure à Eilat en 2020 – de préférence dans un ancien hôtel, ce qui permettrait une conversion des lieux plus aisée.

La mer Morte est un lieu plus compliqué à envisager dans la mesure où il y a moins là-bas de bâtiments vides et disponibles avec 100 pièces, ce qui pourrait nécessiter un projet de construction.

Cette expansion pourrait prendre encore trois ou quatre ans et l’entreprise cherche également à entrer dans d’autres stations balnéaires méditerranéennes, explique Mor.

La compagnie doit aussi réfléchir à ce qu’elle va faire avec son enseigne de Jérusalem, qui devrait être détruite puis reconstruite sous formes de tour aux côtés de plusieurs autres bâtiments de ce quartier du centre-ville.

Elle pourra réinstaller son hôtel de 400 lits une fois la tour terminée, même si, pour le moment, il est impossible de savoir qui seront également ses autres occupants.

Se pose de surcroît la question de ce que fera l’hôtel dans la période qui s’écoulera entre la destruction et la construction. L’entreprise a donc décidé de chercher un nouvel espace qui serait soit temporaire, soit permanent.

Ce n’est pas la première fois que les fondateurs d’Abraham Hostels s’embarquent dans une aventure ambitieuse pour élargir leurs rêves. La chaîne a commencé quand Mor, habitant de Jérusalem et voyageur impénitent, est retourné au sein de l’Etat juif après plusieurs années passées à voyager et à vivre à l’étranger et qu’il a lancé Abraham Tours, une agence de tourisme ciblant les touristes indépendants désireux d’explorer la ville à un prix raisonnable.

Il s’est ainsi consacré au tourisme local, entrevoyant la nécessité de visites urbaines avec toutefois la possibilité de quitter la ville pour se rendre sur des sites avoisinants, ainsi que celle d’hôtels urbains offrant des hébergements propres et confortables, une bonne WiFi et des espaces communautaires.

« Les gens cherchaient à se loger à Jérusalem mais ce qui était disponible n’était pas suffisamment intéressant », explique Mor, qui a donné le nom d’Abraham à son agence puis à ses hôtels pour rendre hommage à l’ancêtre biblique connu pour offrir son hospitalité et un repas à tous les voyageurs qui s’aventuraient près de sa tente.

« Il m’est apparu clairement que le type d’hôtels que j’avais été amené à connaître par mes voyages était nécessaire », ajoute-t-il.

Les cinq propriétaires de la chaîne Abraham Hostels avec Gal Mor, qui avant lancé Abraham Tours, à l’extrême-gauche (Autorisation : Abraham Hostel)

Il a ensuite rapidement rencontré ensuite Maoz Inon, propriétaire du Fauzi Azar, un petit hôtel de Nazareth, et qui était guide sur la randonnée de Jésus – un itinéraire de quatre jours parcourant les sites chrétiens de Galilée.

Les deux hommes ont établi un partenariat et ils ont intégré, plus tard, trois autres investisseurs et partenaires : Yaron Burgin, Nitzan Kimchi, Dror Tishler et Bridges Impact Fund.

Quand ils avaient commencé à chercher un bâtiment susceptible d’accueillir la première enseigne Abraham Hostels à Jérusalem, les deux hommes avaient trouvé le site qui accueille l’hôtel actuellement, qui était alors un immeuble d’appartement bas de gammes proposé aux étudiants, aux nouveaux immigrants et aux travailleurs étrangers.

Mor a dû convaincre le propriétaire de leur louer les lieux plutôt qu’à cent locataires individuels.

Ils ont fini par rénover les trois étages de l’immeuble et à y installer les 300 lits actuels de hôtel, installés dans des dortoirs au plafond élevé, dans des pièces pour les familles et dans des chambres doubles, avec également un petit hall et une vaste salle à manger qui sert également de bar, de salon et d’espace de travail.

Le tramway de la ville, qui a été finalement construit à un bloc d’immeubles de distance, offre aux touristes une grande facilité de déplacement.

Les dortoirs aux hauts plafonds de l’Abraham Hostel de Jérusalem (Autorisation : Abraham Hostel)

A Tel Aviv, une longue recherche pour l’installation d’un hôtel dans la ville a finalement mené les partenaires à un immeuble historique appartenant à une ancienne compagnie de téléphone dans le quartier Electricity Garden.

Ils ont loué le bâtiment tel quel et ils ont passé cinq ans à le rénover pour en faire un hôtel autonome de 400 lits. Le projet a nécessité un prêt bancaire de 25 millions de dollars.

L’Abraham Hostel de Nazareth n’accueille que 15 chambres et il tient plus de l’hôtel-boutique, explique Mor, avec 55 lits et installations hôtelières.

L’établissement a aidé à relancer une réhabilitation de ce secteur commercial à Nazareth, où il y a dorénavant 12 autres chambres d’hôtes de plus, qui appartiennent toutes à des locaux.

« Le lieu choisi est une grande partie de notre ordre du jour », dit-il. « L’entreprise vise le commerce social, l’augmentation de l’art dans la communauté, des visites touristiques riches en enseignement, la rencontre avec les commerces locaux avec un accent mis sur la découverte de l’environnement, des nuances, des gastronomies et des cultures ».

Un dortoir dans le petit hôtel de Nazareth, l’hôtel Fauzi Azar, qui fait dorénavant partie de la chaîne Abraham Hostel (Autorisation : Abraham Hostel)

C’est ce qui les a poussés à créer leur atelier consacré au houmous ainsi que des visites touristiques originales à Hébron. Une moitié de la journée est passée aux côtés de la communauté arabe et l’autre moitié avec la communauté juive.

« C’est un privilège qu’ont les touristes et que nous n’avons pas de découvrir et de tenter de comprendre la complexité de cette région », dit Mor. « Parce que tout le monde, à son arrivée, a ses idées préconçues ».

Chaque Abraham Hostel a ses propres activités, ainsi que son style et ses saveurs bien à lui. L’enseigne de Tel Aviv se veut urbain, tandis que celle de Jérusalem est plus tournée vers la religion et l’histoire, continue Mor.

Il y a une navette quotidienne entre les hôtels et environ 20 % des clients séjournent dans deux des enseignes de la chaîne ou plus.

D’autres profitent des packages qui comprennent des nuitées sur les sites variés ainsi que des visites avec Abraham Tours. Environ 8 000 personnes souscrivent à ce type d’offres par mois.

Au mois de juin 2019, l’Abraham Hostel de Jérusalem présentait un taux d’occupation de 90 %, celui de Tel Aviv un taux de 86 % et celui de Nazareth s’élevant à 70 %.

Pour Mor et ses partenaires, il est clair que ce type d’hôtel a d’ores et déjà adopté le visage futur du tourisme, favorisant les voyageurs indépendants, des prix raisonnables et le désir des visiteurs de se plonger au maximum dans la destination choisie.

Ils ont eu tant de succès à se lier à leur environnement que les jeunes Israéliens utilisent les hôtels de Jérusalem et de Tel Aviv comme un prolongement de leur vie nocturne et comme un repaire. Environ 10 % des clients venus passer une nuitée sont des Israéliens et certaines activités attirent des participants qui sont Israéliens pour la moitié d’entre eux, en particulier pour les concerts et les cours de yoga organisés sur le toit.

Une jeune femme prépare des cocktails au bar de l’Abraham Hostel de Jérusalem (Autorisation : Abraham Hostel)

« Nous sommes dorénavant une marque forte, reconnue à l’international et nous avons un gros navire à manœuvrer », explique Mor. « Au début, je me mêlais à tout, que ce soit de la gestion du bar, de la réception ou des visites touristiques. Maintenant, j’ai une équipe d’opération, des managers et une flotte de minibus ».

Il peut néanmoins parfois faire une apparition au bar et ne pas être reconnu par le serveur. Un anonymat que Mor apprécie.

« Tout ça m’appartient mais tout à coup, je peux presque être un étranger », s’amuse-t-il. « J’ai tenu à peu près tous les différents postes et maintenant, j’en suis au point où ma vie est majoritairement faite de réunions à Eilat ou à Tel Aviv. »

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