Les alliés de Netanyahu veulent saper l’État de droit, disent des responsables
Rechercher

Les alliés de Netanyahu veulent saper l’État de droit, disent des responsables

Le procureur de l'Etat fustige un tweet "super-problématique" du chef de la coalition dans lequel il dit que des "millions de personnes" refuseront une inculpation

Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 6 novembre 2017 (Crédit : Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 6 novembre 2017 (Crédit : Flash90)

De hauts responsables du système juridique israélien ont voulu répondre au Premier ministre Benjamin Netanyahu et à ceux qui, parmi ses partisans, ont critiqué la gestion par le procureur de l’Etat des affaires de corruption ouvertes à son encontre. Ils ont également dénoncé des efforts visant à saper la confiance de l’opinion publique dans l’État de droit.

Le Procureur général Avichai Mandelblit a déploré jeudi dans un discours des tentatives irresponsables visant à nuire à l’État de droit en Israël et à saper la confiance de l’opinion publique dans la hiérarchie judiciaire.

Le procureur de l’Etat Shai Nitzan a fait savoir vendredi que le tweet publié par un important député du Likud, qui disait que des millions d’Israéliens « n’accepteraient pas » une inculpation de Netanyahu, était « super-problématique ». Et des responsables judiciaires de l’Etat auraient déclaré – sous couvert d’anonymat, des propos repris dans une émission diffusée à la télévision israélienne vendredi soir -, à savoir que les alliés politiques de Netanyahu s’efforçaient de délégitimer le procureur de l’Etat.

Dans ses propos parmi les plus combatifs jusqu’à aujourd’hui au sujet des enquêtes pour corruption ouvertes à son encontre, Netanyahu s’en est pris jeudi « à la gauche » et « aux médias », clamant qu’ils coordonnaient une campagne « de voyous » ayant pour objectif d’amener Mandelblit à prononcer une inculpation dans un proche avenir pour « voler » les élections du 9 avril.

Netanyahu a également répété une thématique selon laquelle il serait « démocratiquement inacceptable » que Mandelblit annonce son intention de l’inculper en raison de la convocation à une audience à laquelle devrait se plier Netanyahu à ce moment-là – cette dernière procédure étant longue et ne pouvant s’achever avant le jour du scrutin.

« Depuis maintenant des années, les manifestants de gauche et les médias ont exercé des pressions inhumaines, dignes de voyous, sur le Procureur-général pour amener ce dernier à m’inculper, quel qu’en soit le prix – même s’il n’y a rien », a expliqué le Premier ministre. « Ces pressions atteignent dorénavant leur apogée. On tente de forcer le Procureur-général à intervenir impudemment dans les élections en ordonnant une convocation à une audience, tout en sachant qu’il ne sera pas possible de la mener à bien avant les élections. Il est invraisemblable de lancer un tel processus avant le scrutin, qui ne pourra jamais être terminé avant le jour J ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse à la Knesset à Jérusalem, le 19 décembre 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Il avait déclaré la semaine dernière : « Imaginez ce qui arriverait si un Premier ministre se trouvait déchu avant la fin de la convocation à l’audience et qu’à l’issue de cette dernière, il soit décidé de clore le dossier. Ce serait absurde et ce serait également un coup terrible porté à la démocratie ».

Mandelblit, qui s’est exprimé sur la Dixième chaîne israélienne en marge d’une conférence juridique qui a eu lieu jeudi, a déclaré qu’il n’y aurait « clairement pas » de nécessité que Netanyahu démissionne pendant la procédure. Il n’a pas dit s’il prendrait sa décision sur une inculpation possible au cours de la campagne électorale. Lorsqu’il lui a été suggéré qu’il pourrait déterminer celui qui deviendrait le prochain Premier ministre israélien, Mandelblit a répondu qu’il n’avait « aucune idée » à ce sujet et que de telles pensées ne lui venaient pas à l’esprit.

Netanyahu a juré de ne pas démissionner si Mandelblit devait annoncer qu’il avait l’intention de l’inculper dans n’importe quel dossier l’impliquant, affirmant que la loi n’exige nullement de lui de se retirer. Des responsables du système judiciaire ont expliqué, sous couvert d’anonymat, que c’était vrai mais que Netanyahu aurait un « problème » s’il cherchait à rester à son poste et si un acte d’inculpation final et officiel devait être émis à l’issue du processus d’audience.

Mandelblit a déclaré jeudi à la conférence que lui et ses équipes d’enquêteurs et de procureurs n’étaient pas sensibles à la rhétorique politique employée sur ces dossiers. Il en a toutefois condamné une partie.

« Tout ce bruit ambiant est simplement inapproprié. Cela fait longtemps que j’affirme… que personne ne pourra perturber notre travail, que personne ne pourra rien y changer, que personne ne pourra rien y changer. Nous travaillons de manière professionnelle – seules les preuves auront leur mot à dire », a précisé Mandelblit lors de la conférence. « Nous tentons de travailler aussi vite que possible, c’est ma responsabilité et mon obligation, mais cela ne fera jamais au détriment du professionnalisme. Le professionnalisme vient toujours avant tout le reste ».

Le procureur général Avichai Mandelblit, à gauche, et le procureur de l’Etat Shai Nitzan à une conférence organisée au ministère de la Justice de Tel Aviv, le 21 décembre 2016 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Nitzan, qui aurait terminé son travail dans les trois dossiers impliquant le Premier ministre et qui aurait recommandé une inculpation de Netanyahu dans tous, a fustigé vendredi les propos tenus récemment par le chef de la coalition de Netanyahu David Amsalem qui a écrit dans un tweet, il y a deux semaines, que le Premier ministre faisait l’objet d’un coup monté et que s’il devait être inculpé, « des millions de personnes ne l’accepteront pas ».

Des propos « super-problématiques », a commenté Nitzan.

Faisant référence au tweet d’Amsalem et à d’autres critiques similaires, Mandelblit a noté jeudi que « récemment, des affirmations infondées ont été faites concernant la hiérarchie judiciaire » qui cherche à « saper la confiance publique dans le professionnalisme et l’impartialité de nos décisions », avec des assertions telles que « des millions de personnes n’accepteront pas telle ou telle décision. De tels propos cherchent à nuire aux fondations les plus profondes de l’état de droit. Ils sont irresponsables », a-t-il estimé.

Le chef de la coalition David Amsalem est interrogé par la chaîne Hadashot le 3 décembre 2018 (Capture d’écran : Hadashot news)

Des responsables du système judiciaire israélien ont déclaré vendredi soir à la Dixième chaîne, sous couvert d’anonymat, que les partisans politiques de Netanyahu oeuvraient à délégitimer le procureur de l’Etat, et que le Premier ministre qui pouvait les arrêter avait choisi de ne pas le faire. Les mêmes ont condamné les développements « incroyables » de ces deux dernières semaines, depuis qu’il a été clairement établi que Mandelblit pourrait inculper Netanyahu, notant que les « la gravité des commentaire des hauts-politiciens ne cesse d’empirer ».

« Netanyahu pourrait mettre un terme à ça mais apparemment, il ne le veut pas », ont-ils ajouté. « C’est complètement le contraire : Il croit, à l’évidence, que cela sert ses intérêts ».

« Nous sommes délégitimés et c’est très inquiétant », ont poursuivi ces responsables. « Il est inconcevable qu’il y ait des menaces de destruction à l’égard du système démocratique. La confiance publique dans le système légal est détruite. C’est préoccupant… Il n’est guère surprenant que le procureur général et le procureur de l’Etat aient discuté de cela à plusieurs occasions ces dernières semaines ».

Récemment, Mandelblit a fait l’objet de graffitis menaçants et la tombe de son père a été vandalisée.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...