Les Amériques transfèrent leurs ambassades à Jérusalem. Et l’Europe? Pas si vite
Rechercher
Analyse

Les Amériques transfèrent leurs ambassades à Jérusalem. Et l’Europe? Pas si vite

Des officiels israéliens ont salué l’annonce tchèque d’un transfert graduel, mais Prague, comme d’autres pays sur le continent, s’en tient au consensus de l’UE

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président tchèque Milos Zeman lors d'une réception en l'honneur du 70ème anniversaire d'Israël à Prague, le 25 avril 2018 (Crédit :  Facebook)
Le président tchèque Milos Zeman lors d'une réception en l'honneur du 70ème anniversaire d'Israël à Prague, le 25 avril 2018 (Crédit : Facebook)

Il y a quatre ans, quand le Président tchèque Milos Zeman a appelé pour la première fois au transfert de l’ambassade de son pays de Tel Aviv à Jérusalem, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a offert sa maison privée pour ce transfert.

« La République Tchèque n’est pas un pays aussi riche [qui pourrait se permettre] de refuser une proposition aussi gentille », a plaisanté mercredi soir Zeman lors d’une réception au Château de Prague pour célébrer le 70e anniversaire d’Israël.

« Dans tous les cas, j’espère que Bibi va remplir sa promesse », a-t-il ajouté, en faisant référence au Premier ministre par son surnom.

Des politiciens israéliens ont répondu avec jubilation.

Mais au point où en sont actuellement les choses, Netanyahu va probablement garder son appartement de la rue Gaza dans la capitale – au moins pour un futur proche. Et cela parce que, malgré la déclaration de Zeman lors de cette soirée concernant le lancement d’un processus en trois étapes pour transférer l’ambassade tchèque à Jérusalem, le gouvernement à Prague reste opposé à cette décision.

Projev prezidenta republiky při recepci k 70. výročí nezávislosti Státu Izrael, OVTV, Pražský hrad, středa 25. dubna 2018

Posted by Miloš Zeman – prezident České republiky on Wednesday, 25 April 2018

Dans la même logique, le fait que d’importants politiciens en Roumanie ont décidé de transférer l’ambassade de leur pays vers Jérusalem ne signifie pas que cela va bientôt se produire, puisque la personne qui doit prendre la décision finale rejette fermement une telle démarche dans les conditions actuelles.

A Prague, le président, qui est depuis longtemps en faveur de la décision, n’a pas de pouvoir exécutif, tandis que le gouvernement, qui prend les décisions, s’y oppose. A Bucarest, c’est tout l’inverse : le gouvernement milite en faveur de la décision, mais le président – qui s’y oppose fortement – a le dernier mot sur la question.

Des politiciens israéliens se sont félicités de l’annonce de Zeman, mais, soit parce qu’ils n’ont pas compris soit parce qu’ils ne veulent pas accepter que la République Tchèque pourrait ne pas déplacer son ambassade avant des années, voire jamais.

Yoav Galant, ministre du Logement, à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Yoav Galant, le Ministre de la Construction et du Logement, est allé jusqu’à inciter la municipalité de Jérusalem à préparer une partie de la ville à l’afflux de nouvelles ambassades, à l’instar de l’Allée des Ambassades à Washington DC.

Pour l’instant, le gouvernement tchèque s’est seulement engagé, « comme une première étape », à ouvrir un consulat honoraire le mois prochain, selon un communiqué du Ministère des Affaires étrangères à Prague publié peu après le discours de Zeman.

L’idée n’est ni nouvelle ni particulièrement remarquable. D’autres pays ont des consuls honoraires à Jérusalem. La République Tchèque avait un consul honoraire, la journaliste basée à Jérusalem Tatiana Hoffman, qui a rempli une position principalement symbolique jusqu’à sa mort en novembre 2016.

L’homme d’affaire israélien Dan Propper lors d’une session de la commission des Finances de la Knesset le 25 décembre 2012 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Son successeur fraîchement nommé, l’homme d’affaires Dan Propper, ne réside pas dans la capitale et a indiqué dans un entretien avec la Radio militaire jeudi matin qu’il n’a pas l’intention d’y passer beaucoup de temps.

La deuxième étape du plan de Zeman comprend l’ouverture d’un nouveau « centre tchèque » dans la ville.

« Notre présence à Jérusalem devrait améliorer notre coopération mutuelle dans de nombreux domaines », a déclaré le Ministre tchèque dans un communiqué. Il ne faisait aucune mention de même vouloir prendre en considération le transfert de l’ambassade.

« C’est une étape dans la bonne direction, a déclaré au Times of Israel Emmanuel Nahshon, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères d’Israël jeudi. Nous avons hâte de voir l’ouverture du centre culturel tchèque à Jérusalem et nous espérons que dans une futur proche, nous accueillerons l’ambassade tchèque dans le capitale de l’Etat d’Israël ».

Dans des conversations privées, des officiels européens et israéliens reconnaissent que l’annonce de Zeman ne présage aucunement le transfert rapide de l’ambassade tchèque.

Le président tchèque Miloš Zeman (à droite) rencontre la vice-ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Hotovely (à gauche) lors d’un événement organisé en l’honneur du 70ème anniversaire de l’indépendance d’Israël au château de Prague, le 25 avril 2018 (Crédit : Autorisation)

Une source européenne de haut rang, s’exprimant sous condition d’anonymat, a soulignée que le communiqué du Ministère des Affaires étrangères tchèque expliquait que Prague « respecte totalement la politique commune de l’Union Européenne, qui considère la capitale de Jérusalem comme la future capitale à la fois de l’Etat d’Israël et d’un futur Etat de Palestine ».

Alors que Prague a reconnu l’année dernière Jérusalem, dans ses frontière d’avant 1967, comme la capitale d’Israël, l’UE voit la ville comme la « future capitale » de deux états, une fois qu’un accord de paix israélo-palestinien sera signée, a affirmé la source. En l’absence d’un accord, l’UE considère toute reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël comme une violation du droit international.

Le droit international est la raison invoquée par le président roumain Klaus Iohannis pour justifer la réticence du gouvernement à déplacer l’ambassade vers Jérusalem.

Le président roumain, Klaus Werner Iohannis, fait un geste en arrivant au sommet des dirigeants de l’Union européenne au Conseil européen, à Bruxelles, le 20 octobre 2016. (Crédit : AFP / Thierry Charlier)

Dans un communiqué, Iohannis a réaffirmé que « la position de la Roumanie sur le statut de Jérusalem reste alignée avec celle établie par les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations Unies et l’Assemblée Générale des Nations Unies ».

Il a notamment cité la Résolution 478 du Conseil de Sécurité de 1980, qui appelle les états membres à ne pas installer de missions diplomatiques à Jérusalem. « Ainsi, transférer actuellement l’ambassade roumaine à Jérusalem représenterait une violation de la loi internationale concernée », a expliqué le président.

Iohannis, qui est candidat à sa réélection en décembre 2019, a incité tous les décideurs politiques à prendre en considération les conséquences stratégiques, y compris sur la sécurité nationale et les citoyens roumains » avant de prendre des décisions importantes en matière de politique internationale.

« La décision finale, du point de vue constitutionnel, appartient au président de Roumanie », a-t-il souligné,

La Première ministre roumaine Viorica Dancila et la chef de la Chambre de Députés du pays, Liviu Dragnea – toutes les deux des soutiens clairs du transfert de l’ambassade – étaient à Jérusalem pour des rencontres avec des officiels de haut rang du gouvernement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, accueille la Première ministre roumaine Viorica Dancilas à Jérusalem, le 26 avril 2018 (Crédit : Haim Tzach/GPO)

Netanyahu, lors de sa renconte avec Dancilas, « a exprimé l’appéciation de l’approbation du gouvernement roumain d’une proposition de décision pour initier le transfert de l’ambassade roumaine à Jérusalem et a salué les déclarations de la présidente du parlement en soutien de la décision », selon un communiqué fourni par son bureau.

Le communiqué publié par le bureau de Dancilas parlait d’un « cadre pour lancer le débat sur le transfert de l’ambassade de Roumanie ».

Cela ne donnait pas l’impression que la décision était imminente.

En effet, dans son communiqué de la semaine dernière, le président Iohannis a déclaré que l’initiative du gouvernement « peut, au mieux, représenter le début du processus d’évaluation sur la question, qui pourra seulement être complété quand les négociations sur la paix au Moyen-Orient auront été conclues ».

Dancila, elle-même, a admis que son désir de transférer l’ambassade ne va pas se réaliser tout de suite.

« Nous consultons toutes les institutions dans le pays sur la question. La première étape a été prise et c’est important pour nous d’appliquer la décision », a-t-elle déclaré lors d’une rencontre avec le président Reuven Rivlin, « mais malheureusement, nous n’avons pas le soutien de tous les parties comme nous le voudrions ».

En plus des Tchèques et des Roumains, un des autres alliés fidèles d’Israël en Europe a clairement expliqué que le transfert de l’ambassade n’est pas actuellement envisageable. L’Allemagne, dans une réponse écrite à une question d’un législateur, a déclaré que généralement chaque pays dispose du droit de choisir sa propre capitale, mais Jérusalem reste hors jeu tant qu’Israël ne fait pas la paix avec les Palestiniens.

Netanyahu a annoncé la semaine dernière qu’au moins une demi-douzaine de pays envisageait de transférer leurs ambassades à Jérusalem. Mais si Israël ne parvient pas à faire que l’Allemagne et la République Tchèque – les alliés les plus fermes de l’Etat juif sur le continent – transfèrent leurs ambassades de Tel Aviv, il semble peu probable que quiconque en Europe ne fasse le premier pas.

Le président Rivlin accueille la Première ministre roumaine Viorica Dăncilăs à Jérusalem, le 26 avril 2018 (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Pourtant, ce n’est pas comme si les soutiens du Sionisme n’auront pas de raison de faire la fête le mois prochain. Le 12 mai, les Etats-Unis vont inaugurer leur nouvelle ambassade dans le quartier d’Arnona de la capitale dans ce qui devrait être une suite impressionnante des festivités, y compris une grande réception le 13 mai, organisée par le Ministère des Affaires étrangères.

Le fraîchement confirmé Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo sera à la tête d’une délégation américaine forte de 250 personnes, qui comprendra le beau-fils et conseiller du président, Jared Kushner, et sa femme Ivanka Trump.

Deux jours plus tard, le Guatemala emboîtera le pas et inaugurera sa nouvelle ambassade dans le parc Technologique de Malha à Jérusalem. Le président Jimmy Morales doit participer à l’événement.

Plus tôt cette semaine, le parlement du Honduras a passé une résolution non-contraignante appelant au transfert de l’ambassade du pays de Tel Aviv à Jérusalem.

Mais au Honduras, comme à Prague ou ailleurs, la décision finale repose sur le pouvoir exécutif, qui n’a pas encore pris sa décision en la matière. Le président Juan Orlando Hernández, lors d’une rencontre cette semaine avec le Ministre de Tourisme Yariv Levin à Tegucigalpa, a déclaré qu’il créerait un comité professionnel pour examiner un transfert possible de l’ambassade.

Posted by ‎יריב לוין – Yariv Levin‎ on Tuesday, 24 April 2018

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...