Les artistes israéliens de retour sur scène, sous réserve d’annulation
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Les artistes israéliens de retour sur scène, sous réserve d’annulation

Le COVID-19 étant sous contrôle, les producteurs israéliens ont commencé à ouvrir les réservations, mais le conflit de Gaza pourrait effrayer le public et les artistes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La chanteuse Miri Mesika s'est produite lors du premier des neuf concerts organisés sur la scène Metzuda d'Akko, avant les récents troubles et émeutes qui ont perturbé la ville du nord. (Autorisation de la ville d'Akko)
La chanteuse Miri Mesika s'est produite lors du premier des neuf concerts organisés sur la scène Metzuda d'Akko, avant les récents troubles et émeutes qui ont perturbé la ville du nord. (Autorisation de la ville d'Akko)

Il y a tout juste une semaine, la chanteuse israélienne Miri Mesika est montée sur la scène de la citadelle d’Akko, datant de l’époque des croisés, et s’est produite pour la première fois depuis des mois, sous un ciel étoilé, devant un public de plusieurs centaines de personnes.

« Elle en était folle », a déclaré Lizu Ohayon, qui gère le lieu de spectacle. « Tous les chanteurs savent ce qu’est la citadelle et ils l’adorent ».

Aujourd’hui, une semaine plus tard, alors que les émeutes entre Arabes et Juifs se sont étendues à Akko, l’ancienne ville portuaire connue pour sa population judéo-arabe, la citadelle est fermée et la prochaine représentation prévue, un spectacle du 20 mai avec le chanteur Idan Amedi, est reportée pour le moment.

« Nous parlons d’un événement qui est grave et inhabituel », a déclaré Ohayon à propos des émeutes et des troubles. « Ce sont des situations qui ne représentent pas l’esprit de coexistence à Akko ».

La citadelle, l’un des nombreux sites de la vieille ville rénovés par la municipalité d’Akko au cours des dernières années, a été épargnée au cours des dernières nuits de violence. D’autres lieux bien connus d’Akko, dont le célèbre restaurant de poisson Uri Buri, propriété d’Uri Jeremias, et son hôtel boutique Effendi, situé à proximité, ont été incendiés par les émeutiers. Jeremias, un juif installé dans la vieille ville d’Akko depuis 20 ans, a toujours considéré ses commerces comme des exemples de coexistence.

Uri Jeremias, le propriétaire du restaurant de poissons Uri Buri à Akko, qui a été incendié pendant une nuit de violences, le 11 mai 2021. (Autorisation : Page Facebook Uri Buri Facebook)

« Les dégâts sont immenses mais je ne suis pas en colère : La colère est nuisible », a déclaré Jeremias au micro d’une radio locale. « Nous allons rénover et nous allons rouvrir. Rien ne brisera ma volonté ».

Idem pour Ohayon, rempli d’espoir et de certitude que la citadelle continuera à être utilisée par les résidents d’Akko et « tous les types » d’Israéliens, malgré les événements des derniers jours.

La cour du château des Croisés, située dans le cœur de la vieille ville, a été rénovée il y a deux ans, avant la COVID-19, alors que les promoteurs cherchaient un espace de divertissement à Akko et dans l’ouest de la Galilée. La municipalité a aussi subventionné les billets, en maintenant les prix à environ 99 shekels l’unité, afin d’attirer un plus grand public.

« Les gens recherchent ce genre de scène en plein air », explique Ohayon. « L’âme est capturée par le lieu, sous le ciel ».

Les 800 sièges pour le concert d’Idan Amedi, le 20 mai, ont presque tous été achetés – tandis que Yishai Ribo se produira à guichets fermés en date du 17 juin, avec seulement une poignée de billets encore disponibles pour la plus grande partie des huit concerts prévus cet été.

Les 800 places de la Metzuda d’Akko, une citadelle de l’ère des Croisades transformée en espace de divertissement par la municipalité. (Autorisation : Ville d’Akko)

Et pourtant, difficile de deviner ce que sera cet été après la longue pandémie qui a entraîné l’annulation de la plus grande partie des événements culturels et avec, aujourd’hui, les troubles qui ont renvoyé les Israéliens dans leurs habitations, dans leurs pièces blindées et dans les abris antiaériens.

Les événements impliquant des artistes israéliens locaux pourraient être reportés. Et il est difficile de savoir comment les artistes internationaux vont réagir, pour leur part, aux récents gros titres.

« Nous vivons en Israël, alors nous sommes vraiment habitués à avoir des problèmes avec les artistes », commente Guy Dreifuss, promoteur. « Un grand nombre d’entre eux ne veulent pas venir pour des raisons politiques, ou s’il se passe des choses avec des missiles – mais je respecte toutes les décisions ».

Dreifuss a commencé à faire le programme du festival de musique électronique digital, prévu le 21 septembre, il y a deux semaines, quand les limitations sur les capacités d’accueil ont été levées pour les événements plus importants.

Le dernier festival de musique électronique DGTL en Israël, en 2019. (Autorisation : DGTL)

Il ne s’inquiète guère d’un manque de public, cette année – le festival accueille habituellement environ 20 000 personnes.

Israël est souvent une destination favorisée par les artistes parce que « c’est très petit mais nous sommes très forts concernant la musique en live et la musique électronique », dit-il.

Cette semaine, néanmoins, il s’inquiète des troubles actuels qui grondent au sein de l’État juif, et se demande si cela va affecter les DJs et artistes qui se produiront au DGTL. Si certains pourraient annuler pour des raisons politiques, ou accepter de participer puis renoncer suite à des pressions, tous ont été heureux à l’idée de participer au festival, la majorité ayant peu ou pas travaillé l’année dernière.

« Ce que je peux dire, c’est qu’Israël est un endroit très sympa pour organiser des événements », note Derifuss, avec un léger soupir.

Pour le moment, seuls des DJS et artistes israéliens doivent se produire dans les amphithéâtres extérieurs, ainsi que sur les scènes et dans les espaces intérieurs, cet été. Alors que des directives strictes sont encore en place dans la lutte contre le coronavirus pour la venue des touristes, il faudra encore quelques mois avant que les artistes du monde entier ne reviennent sur les scènes israéliennes.

« Je pense qu’on aura la liste B et la liste A-« , explique Carmi Wurtman, promoteur de concerts dont la compagnie, 2B Vibes, organise des concerts et des festivals dans tout Israël. « On n’a pas toujours A+, de toute façon – ce n’est donc pas si mal ».

La star canadienne Céline Dion et le groupe de rock des Red Hot Chili Peppers devaient tous les deux monter sur scène en 2020, et avaient repoussé leurs dates respectives à 2021. Dion a alors reprogrammé ses deux concerts prévus à Tel Aviv au mois de mai 2023 – elle ne donnera qu’un spectacle à cette occasion – tandis que les Red Hot Chili Peppers n’ont pas encore fait savoir leurs projets futurs.

Carmi Wurtman (à droite) au festival Sunbeat 2018 à Ashram BaNegev (Autorisation : Carmi Wurtman)

Wurtman va présenter la chanteuse américaine Laura Pergolizzi, connus sous le nom de LP, qui devait initialement venir en Israël en 2020, au Raanana Park, au mois de septembre 2021.

Il a aussi déplacé le lieu du concert original qui devait avoir lieu à l’amphithéâtre de Césarée vers le parc Raana, plus grand, et s’attend à ce que le concert se joue à guichets fermés.

Wurtman espère pouvoir annoncer plus de spectacles et il négocie actuellement avec plusieurs autres artistes.

« On mise sur Israël parce que nous avons un avantage certain, maintenant », explique Wurtman, se référant au taux de vaccination élevé dans le pays.

Un avantage qui a duré jusqu’à cette semaine, au début des affrontements et des tirs de roquettes entre Israël et le Hamas. Jusqu’à présent, la seule inquiétude de Wurtman était l’idée que la COVID-19 tiendrait à l’écart le public.

Il avait déjà ajouté « cinq pages de plus » de clauses liées à la COVID aux contrats des artistes.

« C’est encore un autre niveau d’un danger triple – avec la situation sécuritaire, BDS et maintenant la COVID », s’exclame-t-il. « Notre objectif était de tenter de mettre en place quelques concerts cette année. Je pense que les fans, en Israël, en ont besoin. Je suis allé à mon premier concert la semaine dernière et ça a été le paradis pour le fan que je suis ».

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