Les avocats de Netanyahu questionnent l’ex-directeur de Walla pour la 2e journée
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Les avocats de Netanyahu questionnent l’ex-directeur de Walla pour la 2e journée

Au procès, l'équipe assurant la défense de l'ex-Premier ministre a cherché à montrer que les demandes de couverture médiatique favorable auprès du site n'étaient pas inhabituelles

L'ancien directeur-général du site d'information Walla à la cour de district de Tel Aviv, le 14 septembre 2021. (Crédit :  Olivier Fitoussi/Flash90)
L'ancien directeur-général du site d'information Walla à la cour de district de Tel Aviv, le 14 septembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’équipe des avocats de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu ont procédé mardi, pour la deuxième journée, au contre-interrogatoire d’un témoin déterminant dans le procès pour corruption de l’ex-chef du gouvernement. Ils cherchent à trouver des failles dans l’accusation lancée par le Parquet selon qui le chef du gouvernement aurait reçu une couverture médiatique de ses actions particulièrement favorable de la part d’un important site d’information dans le cadre d’un accord de compromis présumé.

Le procès a repris lundi, après une pause de trois mois – les procureurs ayant demandé un plus grand délai pour rassembler tous les éléments pertinents réclamés par la défense sur le téléphone cellulaire d’Ilan Yeshua, ancien directeur-général du site Walla.

Yeshua, premier témoin à être paru devant la cour lors du procès, est une personnalité déterminante dans l’Affaire 4000, dans laquelle Netanyahu est accusé d’avoir fait adopter des régulations qui ont bénéficié au niveau financier à l’actionnaire majoritaire de l’entreprise de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture favorable sur le site d’information Walla, propriété de Bezeq.

La défense s’est efforcée de démontrer que, contrairement à ce que Yeshua a pu dire devant les juges, l’ordre de réécrire certains articles ou de leur donner plus ou moins de visibilité sur le site est banal – et qu’il a pu être donné non seulement par Netanyahu mais aussi par d’autres politiciens, hommes d’affaires ou entreprises.

Comme cela a été aussi le cas lors de la majorité des audiences précédentes, Netanyahu, ayant bénéficié d’une exemption, n’était pas présent mardi dans la salle du tribunal.

Pendant l’audience de mardi, les avocats de Netanyahu ont interrogé Ysehua sur une correspondance écrite en 2016 au sujet du chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, qui était ministre de la Défense à ce moment-là.

« [Elovitch] m’avait donné pour instruction de ne pas nuire au Russe », a dit Yeshua aux magistrats en référence à Liberman, né dans la Moldavie soviétique.

Alors que Yeshua s’exprimait, Elovitch l’a interrompu bruyamment, criant « Menteur, je ne t’ai jamais donné d’ordre », avant d’être sorti de la salle.

Shaul Elovitch à la cour de district de Jérusalem, le 14 septembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La défense a souligné, de son côté, l’existence de messages texto entre Yeshua et le conseiller auprès des médias de Liberman, Tzachi Moshe, écrits au mois de juillet 2016, après la publication par Walla d’un article intitulé « Tentative d’enivrer un ministre de la Défense : La photo Facebook qui embarrasse Liberman ».

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L’article comprenait une image de Liberman prenant la pose pour une photo en compagnie de deux femmes lors d’une soirée et publiée sur Facebook quelques heures seulement après un attentat terroriste en Cisjordanie. La légende accompagnant la photo disait que les deux femmes espéraient l’enivrer et que ce qu’il faisait à ce moment-là, en tant que ministre de la Défense, « n’était pas clair ».

« Quand vous voyez quelque chose comme ça ou si on vous demande des commentaires, faites-le moi savoir immédiatement », avait écrit Yeshua à Moshe.

Yeshua avait ensuite écrit un message à Michal Klein, qui était à la tête de l’équipe de la rédaction de Walla à l’époque, dénonçant un article « hypocrite, injuste et étonnant » et réclamant sa disparition de la page d’accueil.

« Le ministre de la Défense est une personnalité publique… mais je vais enlever l’article », avait-elle répondu.

Boaz Ben Tzur, l’un des avocats de Netanyahu, a aussi présenté un autre message transmis par Yeshua à Klein, lui demandant de supprimer un article intitulé : « Le repli de Liberman : L’accord avec l’Iran n’est pas l’accord de Munich ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Avigdor Liberman, à la Knesset, le 3 février 2014. (FLASH90)

Yeshua a ensuite déclaré à la cour qu’Elovitch lui avait aussi demandé « d’y aller doucement » concernant les informations livrées sur un ministre issu du Likud de l’époque, Silvan Shalom, quand il avait été accusé de harcèlement sexuel.

« Restez solide et calmez-vous. Je ferai tout ce que je peux pour vous aider », avait écrit Yeshua à Shalom dans un message qui a été montré au tribunal.

Netanyahu est accusé dans ce dossier de corruption, de fraude et d’abus de confiance tandis qu’Elovitch et son épouse, Iris, doivent répondre de corruption. Tous les trois n’ont cessé de clamer leur innocence.

Le procès devrait ultérieurement se concentrer sur deux autres affaires impliquant l’ex-Premier ministre. Dans l’une d’entre elles, Netanyahu aurait reçu des cadeaux illicites de la part de bienfaiteurs milliardaires. Dans l’autre, l’ancien chef du gouvernement aurait tenté de conclure un accord de compromis avec le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, dans lequel ce dernier aurait assuré une couverture médiatique positive des actions de Netanyahu en échange d’une législation qui aurait affaibli un quotidien rival.

Un siège dans un conseil d’administration ?

Selon des informations parues mardi dans le journal Haaretz, il a été récemment proposé à Netanyahu, qui est dorénavant chef de l’opposition, de prendre un siège au conseil d’administration de la firme technologique Oracle. Cette proposition a été faite par le propriétaire de l’entreprise, le milliardaire juif américain Larry Ellison, témoin dans le procès de l’ancien Premier ministre.

Des sources proches d’Ellison et de Netanyahu ont fait savoir que cette offre serait assortie d’un salaire annuel de centaines de milliers de dollars.

Netanyahu a démenti cette proposition. Ellison, de son côté, a refusé tout commentaire dans un communiqué émis en son nom par Oracle.

Il est interdit aux membres de la Knesset de gagner un salaire d’une autre source et Netanyahu se trouverait donc dans l’obligation de démissionner s’il décidait de siéger au conseil d’administration d’Oracle.

Des sources non-identifiées qui ont été citées dans l’article de Haaretz ont affirmé qu’une démission de Netanyahu était peu probable.

Larry Ellison, d’Oracle, lors d’un discours prononcé à Oracle OpenWorld à San Francisco, le 2 octobre 2012. (Crédit : AP Photo/Eric Risberg, File)

Cette information est rendue publique peu après le séjour passé par Netanyahu, en vacances, sur une île de Hawaï qui appartient presque en totalité à Ellison.

Ellison est l’un parmi plusieurs centaines de témoins qui interviendront sur demande du Parquet au cours de ce procès pour corruption. Son nom apparaîtrait dans deux des dossiers et des informations rendues publiques l’année dernière avaient fait savoir qu’il avait exercé des pressions et convaincu le magnat israélien Arnon Milchan de renoncer à son avocat pour que Netanyahu puisse l’embaucher.

Un autre témoin dans ces affaires, Haim Geron, a été tué dans un accident d’avion survenu lundi matin en Grèce.

Netanyahu, qui est accusé d’avoir reçu des cadeaux illicites de la part de riches bienfaiteurs, insiste sur le fait qu’il a payé ses vacances. Il a également déclaré qu’il ne lui était pas légalement interdit de rencontrer les témoins intervenant dans son procès.

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