Les boîtes de nuit de Tel Aviv et de Berlin fêtent 50 ans d’amitié
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Les boîtes de nuit de Tel Aviv et de Berlin fêtent 50 ans d’amitié

Les célébrations conjointes du 27 août prouvent que l'on n'a plus besoin d'un costume et d'une cravate pour être ambassadeur

Debra est chroniqueuse pour le Times of Israel.

Le DJ israélien Yarin Lidor jouera au club le prince Charles à Berlin (Crédit : Ben Kirschenbaum / JTA)
Le DJ israélien Yarin Lidor jouera au club le prince Charles à Berlin (Crédit : Ben Kirschenbaum / JTA)

TEL AVIV (JTA) – Petit bond dans le passé, en été 1965, le premier ambassadeur de l’Allemagne de l’Ouest en Israël, le Dr Rolf Pauls, un ex-officier de la Wehrmacht, avait fait un baise-main à la ministre des Affaires étrangères de l’époque, Golda Meir. Cet acte est resté dans les annales de l’Histoire.

Cela faisait partie des premiers pas de la relation diplomatique officielle entre l’Allemagne et Israël – même si elle était froide, informelle et marquée par des protestations.

On peut voir à quel point les choses sont devenues différentes en un demi-siècle.

Aujourd’hui, Israël et l’Allemagne se sont débarrassés de la formalité amidonnée qui dominait leur relation et sont devenus de véritables partenaires. Plus que de simples alliés, les deux nations peuvent aujourd’hui être qualifiées de vrais amis. Cette année, ils célèbrent les 50 ans de relations formelles avec de nombreuses cérémonies et d’événements officiels.

Aucune relation post-Holocauste n’a évolué de manière plus passionnée que la relation entre Berlin et Tel Aviv. Les deux villes, dont l’admiration mutuelle a fleuri en tandem avec une renaissance partagée au début des années 2000, partagent la même énergie créatrice, rugueuse sur les bords, avec une jeune culture au charme urbain incarnée par les hipsters.

Il est donc approprié qu’en plein milieu de nombreuses commémorations avec des chemises amidonnées marquant le demi-siècle de relations entre Israël et l’Allemagne que Tel Aviv et Berlin organisent leur propre petite fête – et qu’ils le fassent de leur propre manière.

Le 27 août, ces capitales ‘cool’ marqueront un demi-siècle d’admiration mutuelle d’une manière qui sied à leur créativité courageuse : un échange des Djs préférés des deux villes retransmis en direct à partir de boîtes de nuit locales et envoyée sur les ondes à travers les continents.

Les DJ hip hop Beathoavenz de Berlin montreront leurs compétences au Kuli Alma club de Tel-Aviv. (Crédits : Autorisation des artistes via JTA)
Les DJ hip hop Beathoavenz de Berlin montreront leurs compétences au Kuli Alma club de Tel-Aviv. (Crédits : Autorisation des artistes via JTA)

Les Israéliens se sentent tellement chez eux à Berlin que des milliers d’Israéliens ont déménagé là-bas ces dernières années. Entre 10 000 et 15 000 Israéliens ont échangé la rue Dizengoff contre Alexanderplatz, selon l’ambassade d’Israël à Berlin.

L’exode de Tel Aviv vers Berlin a reçu une couverture médiatique considérable l’année dernière quand un Israélien vivant en Allemagne a souligné à quel point le coût de la vie à Berlin était plus bas comparé à Tel-Aviv – notamment le dessert préféré des Israéliens qui était quatre à cinq fois moins cher dans la capitale allemande et qui a conduit à la campagne virale de la protestation « Milky », une référence à la marque israélienne qui commercialise le dessert.

Les Berlinois ne font pas leurs valises et ne déménagent pas à Tel-Aviv à la même vitesse, mais ils aiment vraiment visiter la ville. L’Allemagne est le quatrième plus grand marché pour les touristes en Israël après les Etats-Unis, la Russie et la France, selon le ministère israélien du Tourisme. (Et parmi tous les touristes, Tel Aviv est le deuxième lieu le plus visité après Jérusalem.)

Aujourd’hui, des milliers de jeunes Allemands se rendent en Israël pour en savoir plus sur l’Etat juif et acquérir une connaissance plus approfondie du passé trouble de leur propre pays. Tel Aviv est presque toujours leur point de chute.

« La musique est une langue que tout le monde comprend. Elle est au-dessus de notre politique de merde », a affirmé Claudia Frenzel de Wanted! International, la société de production qui organise l’événement du côté allemand.

Frenzel, qui vit à Berlin, tombée amoureuse de la scène musicale israélienne lors d’un voyage ici en 2003, quand elle a déambulé dans un magasin de disques et a été exposé au hip-hop hébreu de Muki et HaDag Nahash.

Les sons étaient si frais et si différents de la musique israélienne qu’elle avait jamais entendu jusqu’à présent, s’est rappelée Frenzel, qu’elle souhaitait absolument faire connaître les deux groupes aux auditeurs allemands. L’échange de ce mois-ci, qui est malicieusement appelé « Charles Alma » – les noms accolés des deux boîtes de nuit – fait suite à un certain nombre de projets communs dirigés du côté allemand par Frenzel.

« Il est facile de présenter des artistes israéliens devant une foule d’Israéliens à Berlin, mais cela n’a jamais été notre objectif », a-t-elle expliqué au sujet de son travail avec Wanted!. « « Nous avons toujours réfléchi à la façon de faire parvenir cette grande musique à toutes sortes de gens, d’où qu’ils viennent ».

Le Kuli Alma club de Tel Aviv (Crédit : Ben Palhov / JTA)
Le Kuli Alma club de Tel Aviv (Crédit : Ben Palhov / JTA)

Les festivités débuteront avec le Kuli Alma de Tel-Aviv sur Yehuda Halevi qui accueillera les DJs hip-hop allemands Beathoavenzs. A Berlin, la boîte de nuit le prince Charles dans le quartier branché de Kreuzberg accueillera dans le même temps sur sa scène les DJ Yarin Lidor et Nadav Neeman de Tel Aviv.

Tandis que ces ambassadeurs musicaux joueront leur musique, la station allemande DRadio Wissen et Kol Israel 88FM d’Israël diffuseront en tandem leurs sons, créant ainsi un échange diplomatique au niveau des clubs.

Du côté israélien, la production de l’événement est gérée par Kuli Alma, une boîte de nuit street-art à multiple facette, où des installations artistiques et des projections de films sont autant de mise que les pulsations de la musique sur la piste de danse.

Pour Jonathan Lipitz, l’un des sept propriétaires du club – il a eu sa propre histoire d’amour avec Berlin – une nuit de musique partagée a du sens. Après tout, dit-il, Berlin et Tel Aviv sont, à certains égards, des siamois culturels.

« Les deux villes ont eu une renaissance il y a environ 20 ans », a poursuivi Lipitz. « Quand vous avez détruit le mur de Berlin, vous avez révélé quelque chose qui n’était pas là avant. C’est comme un déclencheur qui a déclenché quelque chose, rendu l’art plus exagéré et la culture de club, aussi ».

À Tel-Aviv, bien sûr, il n’y avait pas de mur à démolir, mais Lipitz affirme que néanmoins la politique a façonné la créativité de la ville.

« Nous ne disposons pas d’un mur physique ici mais nous ne pouvons pas voyager librement dans les pays autour de nous, donc de la même manière les choses s’accumulent. Ils font des bulles, ils se ressentent de manière plus intenses », a-t-il expliqué.

C’est une réponse idéale à ces murs, car cela prouve que la diplomatie peut être aussi fluide que les rythmes sur la piste de danse, a ajouté Lipitz

« Ceci est le nouveau monde », s’est-il réjoui. « Vous n’avez pas à avoir une cravate ou un costume pour être un ambassadeur. Vous devez juste représenter un lieu et aller à l’étranger et observer pendant que la relation devient plus forte et plus proche ».

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