Les nominations burlesques sont-elles le début de la fin de l’ère Netanyahu ?
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Analyse

Les nominations burlesques sont-elles le début de la fin de l’ère Netanyahu ?

La seule chose qui puisse expliquer la composition du nouveau gouvernement, c'est la volonté du Premier ministre de marginaliser tous ses concurrents potentiels

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un vote de la Knesset sur l'augmentation du nombre de ministres dans le nouveau gouvernement, le 13 mai 2015 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un vote de la Knesset sur l'augmentation du nombre de ministres dans le nouveau gouvernement, le 13 mai 2015 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)

La formation de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu a été « un désastre », voire « une farce », ont estimé quasiment tous les experts israéliens au cours des dernières semaines.

Et c’est vrai que le nouveau gouvernement d’Israël, le 34e en 67 ans, nécessite quelques explications.

La liste des nominations apparemment incohérentes est longue. La ministre de la Justice n’a pas de formation en droit, pas plus que le ministre des Sciences en science, le ministre du Tourisme est également en charge de la police et des prisons.

Il y a un ministre à part entière attaché au ministère des Communications, mais il n’y a pas de ministre des Communications ; ce titre est réservé au Premier ministre, qui est aussi le ministre de la Santé (mais promet de ne pas agir comme tel) et des Affaires étrangères, un portefeuille dans les faits sans leader à un moment de montée des tensions diplomatiques.

Le ministre de l’Intégration est également celui des Affaires stratégiques, tandis que le ministre des Transports est également en charge d’un nouveau « ministère des Renseignements ». Et ainsi de suite.

Pire que tout, il y a le fait que le cabinet qui a prêté serment il y a deux semaines n’est même pas finalisé.

Netanyahu supplie le numéro deux du Likud, Gilad Erdan, de se joindre à son gouvernement, lui promettant le ministère de la Sécurité intérieure (à prendre du ministre du Tourisme, Yariv Levin) et le ministère des Affaires stratégiques (à prendre du ministre de l’Integration Zeev Elkin), un remaniement du cabinet de sécurité pour permettre à Erdan d’y entrer, et encore d’autres honneurs.

Les députés du Likud Gilad Erdan (à droite) et Yuval Steinitz à la Knesset, le mercredi 14 mai 2015, avant la prestation de serment du nouveau gouvernement. (Crédit photo: Isaac Harari / Porte-parole de la Knesset)
Les députés du Likud Gilad Erdan (à droite) et Yuval Steinitz à la Knesset, le mercredi 14 mai 2015, avant la prestation de serment du nouveau gouvernement. (Crédit photo: Isaac Harari / Porte-parole de la Knesset)

Un éventuel vote final sur les finitions du cabinet aura lieu lundi à la Knesset – en supposant que Netanyahu puisse finaliser d’ici là qui supervisera tel ministère, telle commission ou organisme gouvernemental.

Et en effet, avec toutes les manœuvres et les brassages de ministères, que l’on nous pardonne de nous demander si les politiciens comprennent que les ministères qui changent de mains sont des organes de gouvernance, financés par les contribuables et ostensiblement destinés à les servir, plutôt que des cartes à jouer qui passent de main en main deux ou même trois fois en l’espace d’une seule semaine pour satisfaire les susceptibilités blessées.

Ainsi on trouve un ministère des Communications qui a perdu non seulement son ministre (Erdan) ce mois-ci, mais aussi son directeur général, que Netanyahu a limogé par un appel téléphonique péremptoire qui, selon de nombreux experts, était un message à Erdan.

Le ministère de l’Intérieur a vu son département de planification amputé et déplacé vers le Trésor pour satisfaire les exigences du nouveau ministre des Finances, tandis que la division des implantations a été déplacée du bureau du Premier ministre au ministère de l’Agriculture pour satisfaire les annexionnistes du parti HaBayit HaYehudi.

Des milliards de shekels sont maintenant promis au ministère de l’Education et à divers organismes sociaux – non pas parce que quelqu’un y siège et a fait exactement ce qu’il fallait dans chaque endroit, mais parce que les ministres l’exigeaient comme condition pour accepter leurs postes.

Des millions sont désormais promis à la police, si seulement Erdan accepte de rejoindre le gouvernement. Si Erdan, choisissait de rester en dehors, tel un flagrant défi à l’autorité de Netanyahu, alors, par la logique magique de la formation de la coalition la police israélienne n’aura apparemment plus besoin d’argent.

Le président de la coalition entrante Tzachi Hanegbi (à gauche) et le ministre des Transports et du Renseignement Yisrael Katz lors de la cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernementà la Knesset le 14 mai 2015 (Crédit photo: Porte-parole de la Knesset)
Le président de la coalition entrante Tzachi Hanegbi (à gauche) et le ministre des Transports et du Renseignement Yisrael Katz lors de la cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernement à la Knesset, le 14 mai 2015 (Crédit photo: Porte-parole de la Knesset)

Et pourtant, alors que Netanyahu ne gaspille pas qu’une petite quantité de la dignité de son nouveau gouvernement sur ces acrobaties de cabinet afin d’apaiser les ambitions des partenaires de la coalition et des dirigeants du Likud, personne ne semble satisfait.

Le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, n’a pas caché sa déception face à sa nomination. Tzahi Hanegbi, qui avait annoncé il y a quelques semaines qu’il se voyait candidat au poste de ministre des Affaires étrangères, qualifie sa relégation à la présidence de la coalition d’ « année de service préparatoire » à la Knesset.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a carrément menacé de violer l’accord de coalition avec HaBayit HaYehudi en refusant à son nouvel adjoint Eli Ben-Dahan la gestion de l’administration civile en Cisjordanie.

Et le plus spectaculaire : Erdan a été si profondément insulté par le refus de Netanyahu de lui accorder les portefeuilles combinés de la Sécurité intérieure et de l’Intérieur, comme il l’avait demandé, qu’il a refusé d’entrer au gouvernement, passant l’essentiel de ces trois dernières semaines à aller d’un plateau de télévision à l’autre pour pester contre le chef de son propre parti.

La logique torturée du renforcement de la coalition de Netanyahu, en d’autres termes, n’est pas son seul défaut. Le problème est plus profond, culturel.

Il y a un problème auquel a fait allusion l’ancien ministre de l’Education (Meretz), Yossi Sarid, qui a rappelé cette semaine que « à l’époque [dans les années 1990], offrir à quelqu’un le poste d’adjoint au Premier ministre était une insulte ». Cela signifiait que le Premier ministre pouvait acheter ce député « avec des titres vides de sens ».

Dans les années qui ont suivi, pendant les gouvernements Barak, Sharon, Olmert et Netanyahou, l’institution d’adjoint au Premier ministre, toujours sans contenu, était devenu un ingrédient de base de la colle basée sur les ego, pour faire tenir une coalition. Les fidélités à un parti ou une cause ont cédé le pas à l’ambition personnelle – et ce n’est pas un accident.

Une méthode dans la folie

Ce n’est pas difficile de retracer ce que Netanyahu tentait d’accomplir à chaque étape de la construction de l’actuel bourbier ministérielle, ni de déterminer ce qui était incorrect à chaque fois.

Par exemple, la scission du ministère des Affaires stratégiques et des Renseignements, divisé en deux et remis respectivement à Elkin et au ministre des Transports Yisrael Katz, fut une décision tactique de Netanyahu pour préserver la majorité fidèle dont il jouit dans le cabinet de sécurité, le plus puissant des sous-comités du gouvernement.

En vertu de leurs nouveaux titres, Elkin et Katz ont été promus au cabinet de sécurité qui comprend maintenant 11 membres, compensant les ajouts que Netanyahu a été forcé d’offrir aux autres partis – comme la ministre de la Justice Ayelet Shaked de HaBayit HaYehudi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la célébration de Yom Yeroushalayim à la yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem le 17 mai 2015. (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la célébration de Yom Yeroushalayim à la yeshiva Mercaz Harav, à Jérusalem, le 17 mai 2015. (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)

Ces manœuvres sont représentatives d’autres bizarreries du gouvernement. Le ministère des Affaires étrangères est sans ministre parce que Netanyahu garde l’espoir qu’il peut attirer dans sa coalition de 61 sièges au moins un parti d’opposition – le parti travailliste, Yisrael Beytenu, voire Yesh Atid – pour cimenter sa majorité. Laisser ouvert un tel poste de premier plan est destiné à signaler son sérieux quant au partage du pouvoir avec quiconque serait prêt à être son prochain allié.

Le ministère de la Santé, non plus, n’a pas de ministre véritable, cette fois parce que le parti le détenant, Yahadout HaTorah, ultra-orthodoxe et non-sioniste, refuse de permettre à ses représentants à la Knesset de siéger à la table du cabinet de l’Etat d’Israël.

Heureusement, les ministres-adjoints ne sont pas liés par ces contraintes, de sorte que Yaakov Litzman, l’actuel ministre-adjoint de la Santé, détient de facto le contrôle du ministère bien qu’il soit techniquement le subalterne du ministre de la Santé Netanyahu.

Ces sauts périlleux reflètent la mesure dans laquelle la gestion d’une coalition israélienne est devenue un acte de jonglerie presque surhumain entre les allégeances, les portefeuilles, les priorités, les programmes, les budgets et, bien sûr, les ego.

Ce qui reste à voir – et c’est un mystère dont dépendent la coalition et peut-être l’avenir de la politique nationale – est de savoir si Netanyahu, en dépit de ses propres faux pas et des obstacles placés sur son chemin par les structures politiques chaotiques d’Israël, peut encore gouverner.

Près de la maison

Bien que le Likud ait gagné 30 sièges aux élections du 17 mars, mieux que le score de tout autre parti depuis 2003, Netanyahu a vu ses négociations de coalition le fuir au cours des dernières semaines. Le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, pour des raisons qui lui sont propres, a quitté la coalition, alors que le leader du parti de l’Union sioniste Isaac Herzog a finalement – on sent chez lui une mesure non négligeable de regret – refusé les avances du Premier ministre afin de ne pas compromettre sa propre position pour les primaires travaillistes de l’année prochaine.

Cela laisse Netanyahu avec une majorité de 61 contre 59 sièges – et encore, seulement après avoir donné le ministère de la Justice à HaBayit HaYehudi suite à une pression de dernière minute du parti de droite.

Le ministre des Transports, Yisrael Katz et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit photo: Noam Revkin Fenton / Flash90)
Le ministre des Transports, Yisrael Katz et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit photo: Noam Revkin Fenton / Flash90)

Netanyahu a blâmé le système électoral qui rend quasi impossible la formation d’une coalition, critiquant Liberman d’avoir « tordu la décision des électeurs ».

Selon la logique de Netanyahu, la droite, qui au sens large est composée du Likud, de HaBayit HaYehudi et d’Yisrael Beytenu, ayant obtenu la majorité, la volte-face de Liberman rejoignant l’opposition est une une trahison de cette confiance.

Un HaBayit HaYehudi cupide, un Yisrael Beytenu capricieux, un système électoral qui nie à tout Premier ministre l’espoir même lointain de disposer d’une majorité claire inattaquable sont, dans l’esprit du Premier ministre, les facteurs qui ont entraîné inexorablement la majorité maintenant désespérément mince de Netanyahu au Parlement.

C’était un argument convaincant. Les partis semblent en effet pouvoir passer de la coalition à l’opposition trop facilement, menaçant de renverser le gouvernement presque chaque mois au cours des deux dernières années, et exigeant des pouvoirs et des ministères que la taille de leur électorats ne justifie pas, mais qu’aucun Premier ministre ne peut rejeter s’il souhaite consolider sa majorité parlementaire.

Avigdor Liberman lors de la réunion du parti Israël Beitenou à la Knesset le 4 mai 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Avigdor Liberman lors de la réunion du parti Israël Beitenou à la Knesset, le 4 mai 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Mais quelque chose a changé au cours des trois dernières semaines, quand la théorie de Netanyahu – de savoir qui est à blâmer pour ses malheurs politiques – a été testée au sein de son propre parti.

Le Likud a une longue culture de loyauté envers le chef du parti. Il n’a eu que quatre chefs depuis 1948 : Menahem Begin, Yitzhak Shamir, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahu. Voilà qui contraste avec les neuf changements de leadership au parti travailliste depuis 1995. Et l’on commence à comprendre que c’est une des principales raisons de la longévité de Netanyahu comme Premier ministre.

Mais, dernièrement, cette dévotion a été mise à rude épreuve par Netanyahu, qui a pris soin de traiter explicitement, même ses proches alliés dans le parti, comme des ennemis potentiels, revenant sur des promesses, en laissant dans son sillage une longue traînée de lieutenants du parti déçus et insultés.

Un exemple : Hanegbi devrait quitter son poste de président de la coalition et rejoindre le gouvernement à la fin de la première année de la coalition. Mais va-t-il le faire ? On pourrait poser la question au nouveau ministre du Tourisme, Yariv Levin, qui avait reçu la même promesse dans la dernière Knesset – une promesse que Netanyahu n’a pas tenue, même après que la démission de Gideon Saar a libéré un siège au Cabinet.

Yariv Levin du Likud à la Knesset le 24 février 2014 (Crédit photo: Miriam Alster / Flash90)
Yariv Levin à la Knesset, le 24 février 2014 (Crédit photo: Miriam Alster / Flash90)

Levin est le gagnant le plus spectaculaire du nouveau cabinet, mais ici aussi, il n’est pas question de son succès personnel, mais de la façon dont Netanyahu l’a utilisé pour contrecarrer les ambitions des autres.

Député respecté et ancien avocat, Levin avait demandé à être ministre du Tourisme et aurait pu obtenir facilement le portefeuille. Mais Netanyahu a entassé sur lui des titres auxquels il n’avait même pas rêvé : ministre de la Sécurité intérieure ; ministre en charge des relations avec la Knesset ; vice-président du comité interministériel pour la législation, le comité qui vote sur le soutien du gouvernement aux propositions de loi, en assurant bien souvent leur transformation en loi.

Ce dernier poste est particulièrement surprenant. Levin est l’un des critiques les plus virulents des pouvoirs de la Haute Cour de Justice d’Israël, mais a été nommé à un poste qui a été créé par Netanyahu en grande partie pour apposer un veto sur les décisions de la présidente de droite du comité, la ministre de la Justice Shaked – y compris pour faire échouer précisément ces réformes que Levin a longtemps soutenues.

Levin fait maintenant face à la perspective très réelle d’être forcé de s’opposer aux législations, qu’il a longtemps essayées de promouvoir – ou de risquer de perdre encore une fois la faveur volage du Premier ministre.

Comment Levin est-il devenu si puissant, gagnant des positions d’influence, qu’il n’a même pas cherchées et qui pourrait bientôt l’opposer à ses propres principes de longue date ? La réponse est simple : là où Netanyahu a jadis ignoré Levin au point de négliger ses propres promesses envers lui, Levin est maintenant une paire de bras sans danger dans lesquels ils peut placer les pouvoirs que le Premier ministre essaie de garder pour d’autres – le portefeuille de la Sécurité intérieure pour Erdan ou un futur ministre travailliste ou de Yesh Atid, et de garder le poste du comité de la législation loin de la hausse de nouveaux membres au cabinet de sécurité comme Elkin ou Katz, dont Netanyahu redoute la croissance trop influente.

Il est possible, bien sûr, que le nombre caricatural de postes de Levin – même s’il reconnait que le ministère du Tourisme « ne peut pas être géré par un ministre à temps partiel », et qu’il espère devenir bientôt son ministre à temps plein – ne reflète rien d’autre que la confiance de Netanyahu dans ce parlementaire.

Mais l’histoire de Netanyahu suggère qu’il y a ici bien plus que des calculs. Et plus important encore, ces manœuvres sont comprises au sein du Likud, et surtout par Erdan, comme des efforts pour contenir la popularité des autres ministres et pour prévenir la montée de tous les concurrents sérieux au sein du parti.

Le ministre de l'Intérieur d'alors Gilad Erdan (à droite) et le ministre des Transports Yisrael Katz votent aux élections primaires du Likud à Tel Aviv le 31 décembre 2014 (Crédit photo: Flash90) .
Le ministre de l’Intérieur d’alors Gilad Erdan (à droite) et le ministre des Transports Yisrael Katz votent aux élections primaires du Likud, à Tel Aviv, le 31 décembre 2014. (Crédit photo: Flash90) .

Après l’effondrement des certitudes idéologiques de gauche et de droite dans les dernières années du processus de paix d’Oslo et la Seconde Intifada, une nouvelle ère de la politique de la personnalité a commencé.

L’électorat était beaucoup plus préoccupé par le fait qu’Ariel Sharon était Ariel Sharon que par le fait qu’il dirigeait le Likud ou Kadima. Netanyahu, aussi, est bien plus digne de confiance pour les électeurs d’aujourd’hui que ne l’est son parti.

Yair Lapid, Moshe Kahlon, et les sempiternelles courses pour la direction d’un parti travailliste affaibli prouvent tous l’importance croissante des personnalités par rapport à celle des partis. Et au fur et à mesure que les partis deviennent plus dépendants de leurs dirigeants que les dirigeants d’eux, les dirigeants deviennent plus difficiles à déloger. Les étoiles montantes ont tendance à découvrir qu’il y a peu de place au sommet de l’appareil du parti pour ceux qui pourraient contester le leader.

Le traitement de Netanyahu des autres dirigeants du Likud, illustré dans les exemples ci-dessus, n’est pas nouveau, et a conduit à l’exode de certains des meilleurs et des plus brillants éléments du Likud au cours des dernières années.

Certains de ces réfugiés politiques n’ont pas à être présentés. Moshe Kahlon a quitté le parti en 2013 quand sa popularité a dépassé ses possibilités d’avancement. Environ deux ans plus tard, fin 2014, Gideon Saar a fait de même.

Donc, plus Kahlon devenait populaire, moins le Likud pouvait le contenir. Alors il est parti, et trois ans plus tard, il a créé sa propre liste, Koulanou, qui baignait dans sa popularité ; en effet, les électeurs lui ont offert un peu plus que ce que Kahlon n’escomptait lui-même. Il a remporté 10 sièges.

Le ministre de l'Intérieur d'alors Gideon Saar (à  gauche), et le ministre des Communication d'alors Gilad Erdan arrivant à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 6 avril 2014 (Amit Shabi / Pool / Flash90)
Le ministre de l’Intérieur d’alors Gideon Saar (à gauche), et le ministre des Communication (d’alors) Gilad Erdan arrivant à la réunion hebdomadaire du cabinet, à Jérusalem, le 6 avril 2014. (Amit Shabi / Pool / Flash90)

Depuis la démission de Saar, la presse israélienne a de la peine à contenir son excitation devant chaque tweet politique qu’il publie.

De même tous les yeux sont maintenant tournés vers Erdan, qui est devenu aux yeux de beaucoup une girouette de l’avenir du parti et un challenger potentiel pour Netanyahu. Au cours des deux dernières semaines, Erdan a fait quelque chose de nouveau et d’inattendu: il est resté.

Kahlon et Saar ne voulaient pas être écrasés et finalement englobés par un parti qui ne parvenait pas à se défaire de sa soumission à Netanyahu. Erdan est tout aussi populaire dans le parti, bien vu par l’électorat, et tout aussi ambitieux. Donc, va-t-il partir ? Et si oui, pourquoi ne l’a-t-il pas déjà fait ?

Une possibilité ouvertement discutée ces derniers jours au sein du Likud suggère qu’Erdan a détecté un changement dans le parti. Le nombre d’éminences grises aigries n’a fait que croître au cours du long règne de Netanyahu. Pendant ce temps, certains militants du parti regardent le succès de Kahlon en dehors des rangs du Likud et se demandent si la mainmise sur le pouvoir de Netanyahu ne coûte pas au parti certains de ces sièges.

Pour être sûr, ces seuls sentiments ne seraient pas suffisants pour justifier l’examen d’une contestation de Netanyahu. Cela exigerait non seulement la présence de grands groupes dans la base et des institutions du Likud qui voudraient défier Netanyahu, mais assez pour faire une bataille rangée contre un Premier ministre en exercice – impensable dans le cas de Saar il y a seulement un an, et presque sans précédent dans la longue histoire du Likud – valant la peine.

Erdan peut encore accepter l’offre de Netanyahu du portefeuille de la Sécurité intérieure et laisser passer le moment de la tension. Mais son importance ne sera pas oubliée.

Plus Netanyahu doit manœuvrer contre ses propres collègues du Likud – en effet, les milliards supplementaires de shekels qu’il a promis dans l’élaboration des politiques ad hominem le mois dernier témoignent plus de sa conscience du décalage souterrain mais indéniable dans l’humeur du Likud.

Netanyahu n’a pas eu à faire face à une sérieuse contestation de son leadership dans le passé. Les candidatures récentes du genre de Moshe Feiglin ou Danny Danon n’ont pas fait vaciller Netanyahou.

Mais si dans une prochaine course pour la direction, Netanyahu devait faire face tout à coup à un Saar ou à un Erdan, il n’est  pas un expert, un sondeur ou le Premier ministre lui-même qui pourrait dire avec certitude comment la course se terminerait.

Netanyahu reste le ‘boss‘ du parti au pouvoir. Mais avec la multiplication de ses challengers potentiels et de ses ennemis, il est possible que la nation soit en train d’assister au début de la fin de l’ère Netanyahu.

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