Les célébrations en ligne à l’occasion de Rosh HaShana
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Les célébrations en ligne à l’occasion de Rosh HaShana

Des musiciens, des rabbins, des chefs de cuisine et des écrivains répondent aux questions de spiritualité avec le centre culturel de Jérusalem Beit Avi Chai

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le pianiste Shlomi Shaban participe au programme Beit Avi Chai lors des Grandes fêtes de 5 781 (Autorisation : Lior Keter)
Le pianiste Shlomi Shaban participe au programme Beit Avi Chai lors des Grandes fêtes de 5 781 (Autorisation : Lior Keter)

Rosh HaShana, ce sont des pommes, du miel et des vœux échangés pour la nouvelle année mais, pour certains, il pourra peut-être être difficile de trouver espoir et signification spirituelle dans cette fête qui sort cette année de l’ordinaire.

Le centre culturel de Jérusalem Beit Avi Chai s’attaque à ce vide spirituel avec « Ouvrez les portes », un programme en ligne en hébreu et en anglais mis en place pendant le mois de Tishri, la période des grandes fêtes juives.

Ce programme est un assortiment de contenus réalisés pour les grandes fêtes avec environ 40 conférences, deux séries en podcast, des contenus vidéos et plusieurs conversations sur la musique et sur la liturgie.

« Il est compliqué d’imaginer la période des fêtes juives en cette période de coronavirus et il semble que cela sera même plus difficile de vivre ces fêtes dans ce contexte », dit David Rozenson, directeur-général de Beit Avi Chai. « Cette année, nous avons voulu donner aux Israéliens l’opportunité de se connecter à l’atmosphère de la fête depuis les foyers, de manière virtuelle et par le biais de différentes méthodes. »

Le chanteur Eviatar Banai. (Autorisation : Revital Topyul)

Les contributeurs proviennent de tous les segments du monde culturel israélien, avec notamment le chanteur Eviatar Banai qui parle du bonheur et du pardon ; le pianiste Shlomi Shaban et le poète Amichai Hasson, qui évoquent la poésie du musicien Leonard Cohen, et Ariel Hirscheld qui s’exprime sur les histoires de Yom Kippour de S.Y. Agnon.

Une série culinaire en musique, dirigée par le chef Hedai Offaim, est l’occasion de faire entrer des musiciens dans son domicile alors qu’il prépare sa version de plats traditionnels pour les fêtes – des pretzels aux lentilles pour Rosh HaShana et une tarte aux dattes et aux pommes pour Souccot. Parmi ses invités, les chanteurs Daniella Spector, Shai Tsabari, Rona Kenan et Alon Eder.

Il y a aussi d’autres gourmandises à consommer sans modération avec les recettes du chef Meir Adoni, une liturgie des grandes fêtes interprétée par Ehud Banai, et une conversation sur la Bible à l’âge de la modernité en compagnie de l’écrivain Meir Shalev.

Des conférenciers reconnus, des chefs spirituels et des enseignants contribueront eux aussi avec leurs expertises et leurs idées respectives à cette expérience virtuelle.

Mishael Zion, éducateur et entrepreneur communautaire de Jérusalem, a été pour sa part chargé de créer un podcast de fête qui se déclinera en quatre épisodes et combinera la musique, les prières et différents aperçus.

« On a voulu quelque chose qui puisse catapulter dans l’espace émotionnel brut que les fêtes peuvent créer », dit Zion. « Et ces fêtes vont être particulièrement difficiles. »

Pour Zion, sa mission a été d’amener les auditeurs à écouter les offices du début de la matinée dans une synagogue kurde de Jérusalem, où il se rend chaque année pour réciter les selihot, prononcées chaque jour qui précède les grandes fêtes. Il a également réuni des leaders et des penseurs de la communauté anglophone mondiale, avec notamment des entretiens avec des responsables communautaires américains : le rabbin Ebn Leader, le rabbin Art Green et la rabbin Sharon Cohen Anisfeld.

« C’était bien plus émouvant que ce à quoi je pouvais m’attendre », continue Zion, qui dit penser à sa synagogue qui rassemble une communauté forte de 120 familles, à Jérusalem, qui ne s’est pas revue depuis Pourim, au mois de mars, et qui restera encore dispersée pendant les fêtes.

« Je suis une personne qui adore les grandes fêtes, et j’ai essayé de me connecter à ça », a-t-il ajouté.

La première série des contenus de Beit Avi Chai s’intéresse à Rosh HaShana et à Yom Kippour, qui tombent, cette année, du 18 au 20 septembre et du 27 au 28 septembre. La rabbin Sarah Segal-Katz a choisi de se focaliser sur la journée la plus sainte de l’année, Yom Kippour, pour sa conférence sur l’incertitude et la liberté en pleine crise du coronavirus.

« Il y a l’année qui vient de se passer et il y a aussi la direction que nous allons prendre au cours de l’année prochaine », explique Segal-Katz, qui a vécu des périodes de sa vie où elle n’a pas pu jeûner à Yom Kippour en raison d’une grossesse ou d’un allaitement, et qui a dû trouver comment fêter cette journée en l’absence des rituels habituels. Cette année, note-t-elle, est l’occasion de relever des défis similaires.

Sarah Segal-Katz. (Autorisation)

C’est le moment idéal dans l’année pour reconnaître que le monde tout entier se trouve dans la même situation, souligne Segal-Katz, amenant certains à éprouver de la gratitude pour le ralentissement survenu dans leur vie tandis que d’autres prieront pour être libérés du déséquilibre ayant frappé leur santé, leur stabilité financière ou qui a entraîné la rupture de leurs relations.

« Tous les foyers sont aux prises avec ces problèmes », dit-elle. « C’est la dynamique de l’individu et du groupe. Et qu’allons nous demander ? Qu’allons nous faire avec cette nouvelle année ? Quelle opportunité saisir ? », interroge-t-elle.

C’est une période marquée par d’éternels va-et-vient, remarque la rabbin Yafit Kleimer, dont la conférence « Traverser les portes » est particulièrement importante dans le contexte de la pandémie qui fait rage.

La rabbin Yafit Kleimer. (Autorisation : Yafit Kleimer)

Sa famille toute entière a été touchée par le coronavirus au mois de mars et la pandémie a transmis à son foyer le message que la vie est une sortie et une entrée – et que les portes à pousser sont nombreuses.

« Parfois, les portes sont fermées et il faut trouver la clé ; parfois, on a peur de ce qui va se trouver de l’autre côté », explique Kleimer, qui évoque le cœur de la prière – elle comprend toujours un élément d’espoir – et le cœur des relations – que les autres sauront porter votre fardeau au cours des moments difficiles.

Parmi les nombreux détails qui différeront cette année, la longueur des offices, qui sera plus réduite qu’habituellement, alors que les congrégations tentent de réduire le temps passé dans les synagogues, dit le docteur Edwin Seroussi, un musicologue qui se penche sur les piyutim, les poèmes liturgiques qui étoffent les prières des grandes Fêtes.

« Si on ne doit faire que les principales prières, les offices seront bien plus courts », déclare Seroussi.

Le docteur Edwin Seroussi, musicologue. (Autorisation : Edwin Seroussi)

Les poèmes se sont ajoutés avec le temps, créant un ensemble plus sophistiqué autour de la prière. Cette dernière a été composée par des professionnels liturgiques, dit Seroussi, afin d’articuler les espoirs et les souhaits des personnes ordinaires qui ne possèdent pas les outils langagiers nécessaires pour exprimer ces pensées.

Une fois que les poèmes liturgiques se sont ajoutés au canon des prières, ils ont accompagné la prière juive pendant des siècles.

Seroussi s’intéresse à deux poèmes liturgiques, « Avinu Malkeinu » et « Shofet Kol Haaretz », dans le cadre de sa conférence, notant que la nature répétitive de chaque poème « peut vous placer dans une transe, avec le bon esprit ».

Le programme de Beit Avi Chai est disponible en anglais et en hébreu, avec quatre sections relatives à Rosh HaShana, Yom Kippour, Souccot et Simhat Torah.

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