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Les chauffeurs de bus arabes victimes d’attaques répétées à Jérusalem, 12 en 7 jours

Entre crachats et accusations de "terrorisme" de la part de manifestants haredim, les agressions continuent ; un responsable syndical regrette l'absence de poursuites contre les agresseurs

Les dégâts causés dans un bus par des manifestants haredim en marge d'une manifestation anti-conscription à Jérusalem, le 6 novembre 2025. (Avec l'aimable autorisation de l'Association des chauffeurs d'autobus)
Les dégâts causés dans un bus par des manifestants haredim en marge d'une manifestation anti-conscription à Jérusalem, le 6 novembre 2025. (Avec l'aimable autorisation de l'Association des chauffeurs d'autobus)

Les autorités en charge des transports en commun ont signalé une recrudescence des violences racistes à l’encontre des chauffeurs de bus arabes à Jérusalem, avec une dizaine d’attaques au moins au cours de cette seule semaine.

La tendance s’est confirmée, cette année, notamment dans la capitale, où de nombreux conducteurs sont arabes. Mais cette semaine a été particulièrement violente : des assaillants ont brisé des vitres d’autobus, aspergé de gaz poivré et frappé des conducteurs, contrôleurs et passagers. Certaines de ces victimes ont dû être hospitalisées.

Récente victime, Muhammad Abu Zina ne se sent plus en sécurité pour faire son travail depuis qu’il a été blessé, jeudi après-midi, par un groupe de jeunes manifestants haredim en marge d’une manifestation contre le service militaire.

« Ils sont entrés dans mon bus et m’ont insulté, traité de ‘terroriste’ et m’ont craché dessus », a-t-il confié au Times of Israel.

Habitant de Kafr Aqab, à Jérusalem-Est, celui qui travaille comme chauffeur de bus pour la compagnie Extra admet qu’il lui était arrivé de ne pas se sentir en sécurité, mais rien de comparable à cette fois-ci.

Il rappelle que cela faisait environ une heure qu’il était bloqué dans les bouchons lorsqu’un groupe d’adolescents a surgi, frappant sur les vitres du bus et jetant des objets sur le bus.

« Quand on est coincé comme ça, on ne peut pas faire marche arrière ou avancer. Ce qui explique qu’ils s’en soient pris à mon autobus sans que personne ne me vienne en aide », a-t-il ajouté.

Il se rappelle qu’un chauffeur de bus juif de la compagnie Egged se trouvait au même endroit, non loin des lieux de la manifestation, lui aussi bloqué par la foule. Ce bus a lui aussi été saccagé, mais les manifestants n’ont pas blessé le chauffeur, souligne Abu Zina.

Sur les images montrées par Abu Zina, on voit des dizaines de manifestants ultra-orthodoxes autour de son bus alors qu’on l’entend répéter, impuissant, « Bougez mais bougez ». Dans la foule, on entend des cris et voit des objets jetés en direction du bus.

« Ils sont montés dans le bus, ont pris l’extincteur et l’ont vidé sur moi », ajoute-t-il. Après quoi les agresseurs s’en sont directement pris à lui en lui claquant la porte de la cabine du conducteur sur sa jambe, ce qui l’a blessé.

Il explique qu’un homme haredi plus âgé est alors intervenu pour dire aux jeunes de descendre du bus et de me laisser tranquille. C’est alors qu’Abu Zina a pu appeler l’ambulance qui l’a conduit à l’hôpital Hadassah, sur le mont Scopus.

Peu de temps après l’agression d’Abu Zina, ce sont les vitres d’un autre bus Extra qui ont volé en éclats sous les coups des manifestants, au niveau de l’entrée de Jérusalem, sous le pont de cordes, lors d’une manifestation haredi.

La veille, mercredi soir, l’imam Amer, 46 ans, par ailleurs chauffeur pour Tnufa, conduisait un bus entre Beit Shemesh et Jérusalem. À un arrêt, un jeune homme est monté dans son bus et a tenu la porte, exigeant qu’il attende son ami.

« Je lui ai dit : ‘Monsieur, je serais ravi de voir votre ami. Mais soit vous montez dans le bus, soit vous attendez le prochain’ », se souvient Amer. Ce qui n’a pas dissuadé l’homme en question, qui a continué de retenir la porte.

Amer a déclaré au Times of Israel que l’homme avait alors commencé à l’insulter, alors même qu’il ne faisait que le prier de monter à bord. Lorsque l’ami en question est arrivé, les deux hommes s’en sont alors pris physiquement au conducteur, auquel ils ont donné plusieurs coups de poing au visage. Des passagers ont appelé la police et une ambulance, qui a transporté le chauffeur à l’hôpital.

Interrogée sur ces incidents, la police n’a pas précisé si elle avait effectivement appréhendé les agresseurs, se limitant à annoncer que ses services avaient interpelé deux adolescents de Jérusalem-Est qui avaient jeté des pierres sur un bus à Neve Yaakov.

La police a déclaré que les agents « se mobilisaient en cas d’incident violent, en particulier lorsqu’il s’agit d’attaques contre les chauffeurs de bus ou autres fonctionnaires ».

« Dès que nous recevons un signalement, nous ouvrons l’enquête et faisons le nécessaires, avec le plus grand sérieux, pour retrouver les personnes impliquées et les traduire en justice. Souvent, les suspects sont arrêtés puis inculpés », a-t-elle ajouté.

Attaquer des chauffeurs de bus « ne leur fait pas peur »

Selon Abou Zina, ses assaillants ont saccagé son bus « sans aucune peur ».

« Ils ont cassé les vitres et tout dévasté, en sachant que rien ne leur arriverait. S’ils avaient craint de se faire arrêter par la police, ils n’auraient pas agi ainsi », a-t-il ajouté.

Le chauffeur a expliqué avoir appelé la police à deux reprises pendant la manifestation, une première fois lorsque les agresseurs ont commencé à détruire le bus du chauffeur d’Egged, et une seconde fois alors qu’ils ont essayé d’entrer dans le sien.

« Imaginons que l’inverse se produise, à savoir qu’un bus soit attaqué à Jérusalem-Est. Ils [la police] ne se seraient pas comportés de cette façon. Même si l’agresseur était un enfant de 10 ans, ils l’auraient arrêté, comme ils auraient arrêté ses parents, et il aurait eu de gros ennuis », a-t-il ajouté.

La plupart des directeurs de compagnies de bus et syndicats de chauffeurs de bus assurent qu’il n’y a pas de preuves tangibles que les assaillants s’en prennent surtout aux Arabes, les chauffeurs assurent que de nombreuses attaques sont liées à des sentiments anti-arabes.

Abu Zina et d’autres ont été traités de « terroristes » par leurs agresseurs. Et après les matchs de football du Beitar Jérusalem, il n’est pas rare que des supporters attaquent des conducteurs en criant « Mort aux Arabes ».

Après un match perdu, lundi soir, les supporters du Beitar ont bloqué un bus de la compagnie Superbus, tiré une fusée éclairante devant lui et brisé ses vitres, le tout sur fond de slogans racistes. Ils ont ensuite attaqué un chauffeur et un agent de transport, tous deux juifs, selon Haaretz.

Le même jour, sur une autre ligne de bus, des adolescents ont insulté et aspergé de gaz poivre des contrôleurs et un chauffeur de bus, après qu’une femme s’est vue infliger une amende pour ne pas avoir payé à sa montée dans l’autobus. L’attaque a fait plusieurs blessés parmi les passagers. Il s’agit de l’une des quatre agressions au gaz poivre enregistrées en l’espace de 24 heures dans les bus de Jérusalem.

Au micro de Haaretz, le chauffeur Riyad al-Husseini a déclaré que, dès le lendemain, il avait démissionné. « Je ne veux pas partir au travail en me disant que je n’en reviendrai peut-être pas », a-t-il confié.

Un Superbus à l’entrée de Jérusalem, le 1er août 2022. (Crédit : Olivier Fittousi/Flash90)

L’été dernier déjà, le syndicat Power to Workers, qui représente les chauffeurs d’autobus de la société de transport Superbus, avait tiré la sonnette d’alarme au sujet de la hausse des agressions contre les personnels des transports en commun avec, à cette époque, deux incidents par semaine, birn moins qu’aujourd’hui.

Pour Israel Ganon, président de l’Association des chauffeurs de bus, ces violences endémiques se focalisent surtout sur Jérusalem.

« Nous sommes très en colère contre la police et le maire parce que personne ne fait rien », assure-t-il. « Nous savons qu’il y a des secteurs et des moments sensibles, comme après les matchs de football, par exemple, où un regain de sécurité est nécessaire. »

Il reproche aux autorités de négliger la question. « Les juges ne punissent pas, la police ne fait pas respecter la loi, ce qui explique ces violences ; le problème est simple », ajoute-t-il.

Pour Ganon, ce phénomène est très inquiétant car la plupart des agresseurs ne sont pas des « jeunes criminels » marginaux mais des jeunes issus de familles ordinaires, respectueuses de la loi. « Le problème est en train de s’enkyster, ce qui est très mauvais signe », souligne-t-il.

Une affiche de campagne de Moshe Lion pour les élections municipales de Jérusalem, à Jérusaéem, le 21 février 2024. (Chaim Goldberg/Flash90)

Déjà frappé par une pénurie de chauffeurs de bus, la pays fait face à une recrudescence des violences contre les membres du personnel des transports en commun qui ne fait qu’aggraver la situation. Depuis la pandémie de COVID-19, il manque quelque 5 000 chauffeurs de bus, selon les médias israéliens.

Selon Ynet, 60 000 chauffeurs de bus agréés se sont reconvertis, selon les syndicats de chauffeurs de bus en raison de ces violences, de salaires peu élevés et jamais revalorisés, et d’horaires contraignants.

« Il y a beaucoup de chauffeurs de bus dans ce pays : pourquoi ne travaillent-ils pas ? À cause des violences. À quoi bon rendre service à des passagers qui vous traitent comme un chien », conclut Abu Zina.

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