Les chercheurs veulent préserver la grotte d’Ayalon à l’écosystème unique
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Les chercheurs veulent préserver la grotte d’Ayalon à l’écosystème unique

La grotte, située au centre du pays et où prospèrent des créatures uniques, est menacée par un projet d'exploitation de la carrière dans laquelle elle se trouve

Le lac souterrain de la grotte d'Ayalon près de Ramle, dans le centre d'Israël. (Crédit : Israel Ne'eman)
Le lac souterrain de la grotte d'Ayalon près de Ramle, dans le centre d'Israël. (Crédit : Israel Ne'eman)

Une grotte souterraine coupée du monde depuis cinq millions d’années et occupée par des créatures étranges et uniques, qui se sont adaptées aux eaux sulfureuses et à l’obscurité totale, est menacée par un projet d’exploitation de la carrière dans laquelle elle se trouve – et qui pourrait être utilisée pour recevoir les excédents d’eau saisonniers du bassin du fleuve Ayalon, dans le centre d’Israël.

Les citoyens avaient jusqu’à lundi pour faire part de ses objections à cette initiative.

La Commission nationale des infrastructures et l’Autorité de l’eau cherchent actuellement un site vers lequel rediriger les eaux de surface excédentaires pendant l’hiver. Une recherche en lien avec le projet de mise en place d’une nouvelle ligne ferroviaire dans le secteur, qui exige de rétrécir une section du fleuve Ayalon.

La carrière concernée qui se situe à proximité de la ville de Ramlé appartient à l’usine de ciment Nesher.

Des scientifiques travaillant entre autres dans les secteurs de la biodiversité, de l’évolution et de l’hydrologie ont fait part de leur opposition féroce à l’utilisation de la carrière, et affirment que les membres de la Commission de planification n’ont pas été informés des conséquences écologiques entraînées par son éventuelle submersion – après rejet des eaux excédentaires.

L’Autorité israélienne de la Nature et des Parcs est, elle aussi, défavorable à l’idée et déclare vouloir transformer la grotte – qui n’est accessible qu’aux chercheurs à des fins de protection – en réserve naturelle officielle.

Dissimulée à cent mètres de profondeur sous la surface de la terre, la grotte avait été découverte en 2006 quand un bulldozer avait accidentellement heurté l’un de ses tunnels. Elle est notamment constituée de 2,7 kilomètres de tunnels étroits et d’un lac souterrain qui, aujourd’hui, ne se trouve qu’à quelques mètres de la surface. Le lac est alimenté par les nappes phréatiques de la région et, les bonnes années, il peut être formé de centaines de mètres-cube d’eau. Si la grotte est en calcaire, l’eau y est chaude, saline et elle contient du sulfure d’hydrogène. Elle vient des profondeurs des entrailles de la terre.

Les travaux d’excavation ont été terminés dans cette partie de la carrière, laissant la grotte enserrée sous une petite colline.

Un scorpion aveugle. (Crédit : Amos Frumkin)

Au cours des quinze dernières années, les scientifiques ont découvert huit espèces d’arthropodes (des invertébrés dotés d’un exosquelette), certains terrestres et d’autres aquatiques. Tous ont en commun de ne pas pouvoir vivre dans un habitat en dehors de cette grotte et ces espèces étaient inconnues des scientifiques jusqu’à présent. Ils sont aveugles et incolores – n’ayant pas besoin d’yeux ou de couleur dans le noir.

La crevette aveugle des cavernes, la plus importante espèce à avoir été découverte, a des parentes connues dans des grottes d’Italie, de Libye ou à proximité du lac de Tibériade. Une théorie est que toutes les grottes, dans ces trois endroits, ont été des refuges pour ces créatures pendant une période où la mer Méditerranée s’asséchait, il y a cinq millions d’années environ.

Un scorpion dépourvu d’yeux est entré dans une nouvelle famille zoologique propre. Ses parents connus les plus proches sont originaires d’Amérique centrale.

Sans soleil, la photosynthèse – qui crée le fondement du réseau trophique pour la majorité des êtres vivants – ne peut pas avoir lieu.

Descente en rappel dans la grotte d’Ayalon. (Crédit : Israel Cave Research Center)

Dans la cave, le réseau trophique se base sur des micro-organismes qui assurent le processus de la chimiosynthèse, libérant du sulfure d’hydrogène dans l’eau.

Il y a moins de dix écosystèmes similaires qui sont actuellement connus dans le monde, même si chacun est remarquablement différent des autres.

Le professeur Amos Frumkin, qui dirige le centre chargé des recherches effectuées dans les grottes de tout le pays à l’Institut des Sciences de la terre, à l’université hébraïque de Jérusalem, confie au Times of Israel que « l’eau en surface est complètement différente des eaux souterraines qui assurent la base de la vie dans la caverne et l’entrée des eaux de surface, en une quantité trois fois supérieure à celle des eaux souterraines, détruira assurément cet écosystème unique ».

Il note que le plan offre des sites alternatifs qui pourraient être utilisés pour les eaux de crue.

« L’écosystème de la grotte d’Ayalon est unique au monde », a écrit pour sa part Ariel Shipman, professeur-adjoint au département d’Écologie, d’évolution et de comportement, dans le document qu’il a soumis dans le cadre des objections du public au projet. Chipman étudie l’évolution et l’adaptation à leur environnement des arthropodes (qui incluent les homards, les crabes, les araignées, les acariens, les insectes ou les mille-pattes).

Crevette aveugle des cavernes. (Crédit : Sasson Tiran)

« Il n’y a aucun autre système connu qui soit concentré, de manière aussi exclusive, sur un réseau alimentaire déconnecté de la surface de la terre et de la lumière du soleil », a-t-il ajouté.

L’Autorité israélienne de la Nature et des parcs s’oppose à ce projet, comme c’est le cas également d’autres organisations nationales et internationales. Elle veut que la grotte soit reconnue comme réserve naturelle.

« La grotte d’Ayalon est un phénomène unique à l’échelle mondiale », a-t-elle indiqué dans un communiqué. « Elle s’est formée et continue à se former grâce à des conditions spécifiques en termes d’eaux souterraines. L’écosystème tout entier s’appuie sur une production primaire et assistée de sulfure, dans une situation où l’oxygène est absent. En conséquence, et après examen professionnel, l’Autorité de la nature et des parcs a décidé de promouvoir la déclaration de la caverne en tant que réserve naturelle ».

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