Les communautés juives d’Afrique mieux reconnues après une longue mise à l’écart
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Les communautés juives d’Afrique mieux reconnues après une longue mise à l’écart

Largement ignorés par la communauté classique et par Israël, les Juifs d'Afrique sont le thème d'une première conférence sur le sujet non réservée aux universitaires

Rabbin Capers Funnye (Crédit : capture d'écran/YouTube)
Rabbin Capers Funnye (Crédit : capture d'écran/YouTube)

NEW YORK (JTA) — À l’occasion d’une conférence sur la vie juive en Afrique, Magda Haroun se confie sur sa situation : faire partie de la poignée de Juifs vivant encore en Égypte, un pays qui en comptait autrefois 80 000.

Abere Endeshaw Kerehu, lui, fait part des difficultés que rencontrent les
8 000 Juifs résidant encore en Éthiopie, confrontés à l’antisémitisme chez eux mais pas encore autorisés à émigrer vers Israël.

D’autres intervenants dressent un portrait plus optimiste. Pour le rabbin Levi Banon, Casablanca au Maroc abrite « une petite mais très vivante » communauté juive gérant 22 synagogues en activité, tandis que Remy Ilona appelle à l’acceptation d’une communauté croissante de Nigérians igbos, qui pratiquent le judaïsme rabbinique, explique-t-il.

Organisée du 27 au 29 janvier par la Fédération séfarade américaine (ASF) et l’association marocaine Mimouna, la conférence était inédite, non seulement pour la diversité de points de vue qu’elle offrait, mais également pour les interventions de communautés juives émergentes d’Afrique, telles que celle de Remy Ilona ou celles de communautés plus établies venues de pays comme l’Égypte et le Maroc.

Bien qu’il existe un nombre croissant de personnes souhaitant pratiquer le judaïsme en Afrique sub-saharienne, elles ont été largement ignorées jusqu’à présent par Israël et la communauté juive plus classique. Pour ses organisateurs, il s’agit de la première conférence consacrée à l’Afrique juive qui ne soit pas réservée aux universitaires.

Marla Brettschneider, enseignante à l’université du New Hampshire et spécialiste de la question, affirme que le fait qu’elle soit organisée par la Fédération séfarade américaine, un organisme juif traditionnel, est très significatif.

« C’est capital, » a-t-elle ainsi confié au JTA. « La plupart des travaux dans le domaine dont j’ai connaissance sont très marginaux. Je suis l’une des rares universitaires spécialisées dans le sujet à être en relation avec la communauté juive classique. Il existe une grande fracture, je trouve ça donc très intéressant de voir que de grandes organisations historiques, structurées, s’intéressent également à la question et tentent de réduire cette fracture. »

Deux-cent cinquante personnes environ ont participé à l’événement, dont des ambassadeurs et représentants du Maroc, du sud-Soudan, d’Éthiopie, d’Égypte, d’Israël et du Nicaragua.

Ce sont Malcolm Hoenlein, le vice-président de la Conférence des présidents en Amérique, et Adama Dieng, le conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide, qui ont respectivement délivré les discours d’ouverture et de clôture.

Les organisateurs El Mehdi Boudra, à gauche, et Jason Guberman à la conférence Afrique juive à New York, le 29 janvier 2019. (Crédit : Josefin Dolsten)

Pour Bonita Nathan Sussman, la vice-présidente du groupe de sensibilisation au judaïsme Koulanou, la conférence est un signe que le reste de la communauté juive s’intéresse à l’Afrique.

« La conférence permet un début de reconnaissance de la part du judaïsme traditionnel, » explique-t-elle. « C’est une grande réussite et un immense cadeau d’être vus et évoqués en même temps que les Juifs d’Afrique du nord, car la plupart du judaïsme nord-africain a peu à voir avec ces nouvelles communautés émergentes. »

L’organisation basée à New York, qui organisait également un festival de films dans le cadre de la conférence, a contribué à des conversions dans des pays comme Madagascar et la Côte d’Ivoire.

Le vice-président de la Fédération séfarade américaine, Jason Guberman, explique que l’événement est né de sa collaboration avec l’association Mimouna, fondée par des musulmans du Maroc pour sensibiliser à l’histoire juive de leur pays.

« Cette idée d’une Afrique juive est née de [nos liens avec l’association Mimouna] et de notre collaboration, ainsi que du récent intérêt de plusieurs dans la communauté juive, dans la communauté marocaine, et en Israël, bien sûr, pour l’Afrique, qui compte les communautés juives les plus anciennes et les plus récentes à la fois, » poursuit-il.

Guberman voit sa communauté comme le relais entre les mouvements traditionnels et les Juifs africains. La diaspora séfarade classique est composée de Juifs venus historiquement d’Espagne et du Portugal, ainsi que du bassin méditerranéen, des Balkans, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie.

« C’est de la responsabilité naturelle de la communauté séfarade, qui connaît ces pays, » estime-t-il.

Elle doit inclure les groupes émergents du continent.

« Ils relèvent de la population séfarade. Il y a des cas de communautés qui affirment une descendance biblique et d’autres qui se tournent vers le judaïsme. Comme l’a dit Malcolm [Hoenlein], notre porte leur est grand ouverte, nous aimerions beaucoup accueillir certaines de ces communautés et les faire rejoindre le peuple juif de façon sensée. »

El Mehdi Boudra, le président et fondateur de Mimouna, considère la conférence comme un moyen de prévoir l’avenir.

« C’ets l’objectif de cette conférence, d’amener un cercle émergent de leaders à défendre et réfléchir au futur du judaïsme africain », explique-t-il.

Arrivé à New York depuis Rabat, il n’aura pas à faire un voyage aussi long l’année prochaine. Boudra et Guberman préparent, en effet, déjà la prochaine conférence, qui devrait se tenir en Afrique, vraisemblablement au Maroc.

L’événement ne permet pas seulement de resserrer les liens entre Juifs traditionnels et Juifs d’Afrique, mais également ceux entre Juifs blancs et Juifs noirs, juge le grand rabbin Capers Funnye, le grand rabbin du Comité israélite international des rabbins, une entité des Israélites hébreux afro-américains.

« Cela veut dire beaucoup pour la communauté juive afro-américiane [et] celle d’Afrique de l’ouest, car cela fait longtemps que nous tentons de nous affirmer, » explique le grand rabbin, qui dirige la Congrégation des hébreux d’Éthiopie Beth Shalom Bnai Zaken basée à Chicago.

Bien que le mouvement israélite soit généralement considéré comme non traditionnel par les principales dénominations juives, Funnye a été converti par des rabbins conservateurs et se dit prêt à bâtir des ponts avec la communauté juive classique. Il a ainsi fait savoir qu’il comptait entrer en contact avec les communautés juives séfarades et ashkénazes participant à la conférence.

« Ils ont fait leur part du travail, nous devons les imiter, nous devons nous contacter la communauté séfarade, la communauté ashkénaze. »

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