Les conséquences de la pêche illégale sur les zones marines protégées – Étude
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Les conséquences de la pêche illégale sur les zones marines protégées – Étude

Une recherche de l'université de Tel Aviv montre que la pression induite par les humains nuit à la vie marine sauvage dans le monde entier

Autorité israélienne de la nature et des parcs : La vie marine dans la réserve d'Achziv Rosh, dans le nord d'Israël. (Crédit :  Omri Omessi)
Autorité israélienne de la nature et des parcs : La vie marine dans la réserve d'Achziv Rosh, dans le nord d'Israël. (Crédit : Omri Omessi)

Bien plus de la moitié des zones de protection marines du monde entier échouent à tenir le rôle qui est pourtant le leur et principalement en raison de la pêche intensive, indique une étude de l’université de Tel Aviv.

Les zones de protection marines – ou MPA – sont créées pour protéger les écosystèmes marins et aider à maintenir les populations de poissons et autres invertébrés ou à les redynamiser. Ces populations sont mises de plus en plus en péril par la pêche intensive.

Quand une zone de protection marine fonctionne bien, les espèces qui y évoluent sont censées non seulement se redynamiser dans le secteur lui-même mais également quitter ce dernier, s’éparpillant dans les alentours, ce qui permet la multiplication des poissons et autres aux abords de la zone proprement dite également.

L’efficacité des MPA a été prouvée dans des milliers d’études réalisées dans le monde entier. Mais la majorité d’entre elles ne se sont intéressées qu’à « l’intérieur » et à « l’extérieur » de ces zones et peu de recherches ont été menées dans les fonds marins intermédiaires.

Des étudiants en doctorat, Sarah Ohayon et Itai Granot, ont combiné des estimations sur le nombre de poissons et d’invertébrés appartenant à 72 groupes taxonomiques, avec une distribution spatiale dans 27 MPA situées dans différentes parties du monde où la pêche est interdite.

Sous la direction du professeur Yoni Belmaker du département de zoologie de l’université de Tel Aviv et du musée Steinhardt d’histoire naturelle, les deux doctorants ont établi qu’il « y a un effet-lisière important et constant qui s’étend à environ un kilomètre à l’intérieur de la MPA, dans laquelle la taille des populations de poissons… est de 60 % inférieure à celle des poissons qui évoluent au cœur de la zone », un phénomène qui s’explique avant tout par la pêche.

Des poissons rouges au monument de la marine national Papahānaumokuākea, plus grand secteur de conservation marine des États-Unis et l’un des plus grands du monde. (Crédit : PDTillman, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Les zones de protection marine dont la taille est inférieure à dix kilomètres-carrés – ce qui représente 64 % des MPA où la pêche est interdite dans le monde – « pourraient seulement accueillir environ la moitié (de 45 % à 56 %) des populations de poissons » telles qu’elles sont communément estimée, ont écrit les chercheurs récemment dans Nature Ecology and Evolution.

Approximativement 40 % des zones de protection marine ne font qu’un kilomètre-carré, ce qui signifie que le secteur tout entier est très probablement soumis à l’effet-lisière, ont-ils ajouté.

Ces conclusions semblent indiquer que « l’efficacité globale des MPA où la pêche est interdite est bien moindre que ce qui pouvait être pensé auparavant ».

Aucun effet-lisière n’a été constaté dans les zones de protection marine où des zones-tampon adjacentes où la pêche est interdite ont été créées. Il y a moins encore d’effet-lisière dans les secteurs où il n’y a pas de zone-tampon mais où l’interdiction de la pêche est mise en vigueur, et où les contrevenants à ces interdictions sont sanctionnés.

« Ces conclusions sont encourageantes », ont noté les chercheurs, « dans la mesure où elles signifient qu’en mettant en place les zones tampon, en gérant les activités de pêche autour des MPA et en améliorant le respect des interdictions, nous pouvons augmenter l’efficacité des zones de protection marine existantes et, très probablement, améliorer aussi les bénéfices apportés par les MPA par la propagation des poissons ».

En Israël, beaucoup d’espoir a été investi dans les réserves marines naturelles installées sur la côte nord de l’État juif, où six études ont d’ores et déjà été réalisées sous la direction de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs depuis 2015. La plus récente remonte à 2019.

Elles ont permis d’établir que depuis une réforme de la pêche en 2016 et la création d’une unité marine chargée de faire appliquer la loi en 2018 au sein de l’Autorité, le nombre de poissons faisant l’objet d’un commerce a été multiplié au moins par trois dans la réserve d’Achziv-Rosh HaNikra, la plus grande et la plus ancienne dans tout le pays, par rapport à l’extérieur. Le nombre de mérous – une espèce particulièrement sensible à la pêche et très présente sur les étals des poissonniers – a été multiplié par quatre dans la zone par rapport à l’extérieur et leur biomasse a été multipliée par huit.

Des plongeurs observent la vie marine dans une réserve naturelle. (Crédit : Autorité de la nature et des parcs/Capture d’écran : YouTube)

Le nombre de mérous a augmenté dans toutes les réserves naturelles ainsi qu’à l’extérieur, ce qui suggère, ont noté les scientifiques, que l’existence des réserves combinée au respect de l’interdiction de la pêche pendant la saison de reproduction ont un effet positif.

En dehors de la saison de reproduction, les mérous ont pu se développer correctement, se reproduire davantage et mieux résister aux maladies et aux parasites, a suggéré la recherche.

Yigal Ben-Ari, chef de l’unité chargé de faire respecter la loi au sein de l’Autorité israélienne des parcs et de la nature, a dit au Times of Israel qu’il avait « le sentiment » qu’il y avait une stabilisation – voire une légère amélioration – le long de la côte méditerranéenne en Israël.

La réforme de 2016 a interdit certains types de pêche, déterminé les tailles minimales des poissons qui peuvent être attrapés (pour donner aux plus jeunes la chance d’atteindre la maturité sexuelle pour se reproduire). Elle a réglementé la taille des trous figurant dans les filets et nommé un responsable qui dispose de l’autorité nécessaire pour émettre des interdictions de pêche pendant les périodes de reproduction ou de croissance des poissons. Elle a également transmis la responsabilité de l’application des règles à l’Autorité israélienne des parcs et de la nature.

Un bateau de pêche dont le propriétaire est soupçonné d’avoir péché illégalement pendant la saison de reproduction est saisi par l’unité marine chargée de faire respecter la loi au sein de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, le 4 juin 2021. (Autorisation : INPA marine enforcement unit)

Cette unité, dont la création remonte maintenant à trois ans, a ouvert
1 300 dossiers consacrés à des violations et encaissé environ 2 millions de shekels d’amendes. Ces dernières commencent à 750 shekels. Il y a une semaine seulement, l’unité a confisqué un bateau de pêche et son propriétaire a écopé d’une amende de 8 000 shekels. Il devra en outre s’acquitter d’une amende de 20 000 shekels s’il devait une fois encore contrevenir à la réglementation.

Le docteur Nir Stern, qui a commencé à étudier les populations de poissons à l’Institut de recherche océanographique et limnologique du pays en 2014, explique qu’il n’y a pas encore de données réelles datant d’avant la réforme qui pourraient être utilisées pour déterminer la pratique d’une éventuelle pêche intensive.

Sa recherche montre des changements nets intervenant dans différentes populations de poissons, explique-t-il, disant qu’il est prématuré de rattacher la tendance de ces changements à la réforme de 2016 et à l’unité qui a été créée au sein de l’Autorité de la nature et des parcs.

« Les amateurs de plongée disent qu’ils voient plus de poissons que d’habitude », remarque-t-il. « Je pense que la mer est en train de guérir, mais cela va prendre du temps. »

Ben-Ari souligne que la plus grande partie des pêcheurs, privés ou professionnels, se soumettent à la loi et partagent le souci de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs de préserver une mer en bonne santé.

Mais avec seulement douze inspecteurs qui sont responsables des 190 kilomètres de côte méditerranéenne, avec un inspecteur pour les 14 kilomètres de la côte d’Eilat (et un pour le lac de Tibériade), le travail de l’unité reste difficile.

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