Les démunis, victimes collatérales de la crise politique en Israël
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Les démunis, victimes collatérales de la crise politique en Israël

Le gouvernement n'ayant pas de majorité à la Knesset, il ne peut pas faire adopter de budget, ce qui "affecte principalement les plus faibles", selon une professeure d'économie

Un jeune garçon juif en train de manger au centre Yad Ezra V'Shulamit à Jérusalem, qui sert un déjeuner chaud tous les jours à plus de 1 200 enfants vivant sous le seuil de pauvreté, le 27 septembre 2011. Illustration. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)
Un jeune garçon juif en train de manger au centre Yad Ezra V'Shulamit à Jérusalem, qui sert un déjeuner chaud tous les jours à plus de 1 200 enfants vivant sous le seuil de pauvreté, le 27 septembre 2011. Illustration. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Aide réduite pour des personnes handicapées, une organisation à vocation sociale forcée de quémander en ligne, des écoles talmudiques sans le sou : la crise politique en Israël a empêché l’adoption du budget de l’État, affectant ainsi les citoyens les plus démunis.

Depuis la dissolution du Parlement en décembre 2018, Israël a connu deux élections qui n’ont pas permis de départager le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et le parti Kakhol lavan de son rival Benny Gantz, et s’apprête le 2 mars à connaître un nouveau scrutin.

Et comme le gouvernement de transition dirigé par M. Netanyahu depuis plus d’un an n’a pas de majorité à la Knesset, il ne peut pas faire adopter un budget, explique à l’AFP Karnit Flug, ancienne gouverneure de la Banque d’Israël.

« Le budget des services de sécurité n’a pas souffert mais dans d’autres domaines, la situation est difficile », précise Mme Flug, désormais chercheure à l’Institut de la démocratie israélienne et professeure d’économie à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Selon elle, les enveloppes budgétaires destinées à la construction de centaines de nouvelles salles de classe pour suivre le rythme de l’augmentation de la population d’Israël ont ainsi été gelées.

Karnit Flug, gouverneur de la Banque d’Israël, prend la parole lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 31 mars 2015 (Yonatan Sindel / Flash90)

Des programmes de soutien aux personnes handicapées, de lutte contre les violences domestiques et d’amélioration des soins de santé pour les personnes les plus démunies ont aussi été suspendus, ajoute-t-elle.

L’absence de budget 2020 « affecte principalement les plus faibles », résume Mme Flug.

« Dôme de fer social »

Au-delà des coupes dans les programmes gouvernementaux, les ONG qui dépendent des fonds publics pour fournir des services sociaux clés sont également confrontées à une situation critique.

L’une de ces organisations, Maagalim, qui aide environ 8 000 jeunes par le biais notamment de mentors, a perdu 75 % de ses subsides en raison de l’impasse budgétaire, estime son président, Assaf Weiss.

Fondée il y a 20 ans, cette organisation aide des adolescents confrontés à des difficultés familiales ou victimes de violences.

Et comme l’ONG refusait de priver ces jeunes de services parce que « certains fous de la Knesset » ne parvenaient pas à former un gouvernement, Assaf Weiss a mené sa propre cabale.

Il a écrit au ministère des Finances en faisant valoir que son ONG et d’autres étaient le véritable « dôme de fer social » d’Israël, une référence au système de défense antimissile israélien nommé « Dôme de fer ».

En l’absence de réponse du ministère, Assaf Weiss s’est ensuite tourné vers les réseaux sociaux pour récolter les fonds nécessaires pour maintenir les activités de son ONG.

« C’était une campagne de financement participatif d’urgence » qui a permis de lever deux millions de shekels, soit 808 000 euros, en trois semaines, raconte-t-il à l’AFP.

« Vie ou mort »

Les derniers sondages placent Benjamin Netanyahu et Benny Gantz dans un mouchoir de poche pour l’élection du 2 mars, la troisième en moins d’un an.

S’ils obtiennent pour la troisième fois le même nombre de sièges au Parlement, les pourparlers en vue de la formation d’une coalition pourraient à nouveau s’avérer compliqués, ce qui laisse planer des doutes sur l’adoption rapide d’un budget.

Mais, paradoxalement, la crise budgétaire pourrait aussi pousser des partis ultra-orthodoxes – des alliés clés de M. Netanyahu, avec plus de 10 % des sièges – à sortir le budget de l’impasse.

Les institutions ultra-orthodoxes dépendent en grande partie des fonds publics pour mener leur programme mais ont vu leurs allocations fondre ces derniers mois en raison de la crise budgétaire.

Les yeshivot, ces centres d’études talmudiques, sont confrontés à un déficit budgétaire estimé à 88 millions de dollars (81,4 millions d’euros) pour 2020, a indiqué à l’AFP Gilad Malach, spécialiste à l’Institut de la démocratie israélienne.

La communauté juive ultra-orthodoxe se situe dans la frange la plus pauvre de la société israélienne.

Pour Chaim Levinson, éditorialiste politique au journal de gauche Haaretz, l’adoption d’un budget deviendra donc « une question de vie ou de mort » pour les dirigeants politiques ultra-orthodoxes.

S’ils ont le sentiment que l’impasse budgétaire se prolongera après les élections, les dirigeants ultra-orthodoxes « joueront un rôle actif pour forcer Netanyahu à faire des compromis, car ils ont désespérément besoin d’argent ».

Pour M. Malach, certains dirigeants ultra-orthodoxes pourraient aller jusqu’à « rejoindre une coalition dirigée par Gantz » pour s’assurer d’être dans le prochain gouvernement.

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