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Les députés déjà élus arrivent en tête des primaires du parti Sionisme religieux

Les membres siégeant actuellement à la Knesset prennent les quatre places qui peuvent être remportées de manière réaliste au parlement, derrière Smotrich

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le chef du parti Sionisme religieux,  Bezalel Smotrich, vote aux Primaires du parti dans un bureau de Jérusalem, le 23 août 2022. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Sionisme religieux, Bezalel Smotrich, vote aux Primaires du parti dans un bureau de Jérusalem, le 23 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les primaires du parti Sionisme religieux, qui ont eu lieu mardi, ont placé en tête de la liste des candidats à la Knesset les députés d’ores et déjà élus au parlement, échouant à ouvrir la porte à des personnalités variées – ce qui était pourtant l’intention des primaires, comme l’avait indiqué le leader de la formation Bezalel Smotrich.

Ofir Sofer, Orit Strock, Simcha Rothman et Michal Waldiger, tous législateurs actuellement, ont obtenu le plus grand nombre de votes, remplissant la liste électorale derrière Smotrich. Ils occupent ainsi, sur la liste, les places que le parti peut espérer gagner de manière réaliste.

Même s’ils se présentent aujourd’hui séparément, Smotrich devrait s’allier avec la faction Otzma Yehudit du député Itamar Ben Gvir avant le scrutin prévu en date du 1er novembre. En se présentant ensemble, les deux formations rafleraient dix à treize sièges, selon les sondages.

Des sources du parti ont indiqué que Smotrich avait décidé d’organiser des primaires dans l’espoir de mettre en place une liste variée susceptible d’attirer de nouveaux votes après l’effondrement du parti Yamina de droite qui s’est depuis intégré au sein de l’alliance Esprit sioniste, en difficulté dans les sondages d’opinion. Environ un tiers des électeurs de Yamina, en 2021, sont des sionistes religieux mais un grand nombre affiche de la réticence à l’idée de rejoindre Smotrich en raison des voix parfois extrémistes qui s’expriment dans sa formation.

« Le processus démocratique dans lequel nous nous sommes embarqués vise à unir et à ouvrir les rangs et les perspectives de partenariat véritable entre toutes les nuances du spectre du sionisme religieux et de la droite croyante », avait écrit Smotrich aux membres du parti avant l’ouverture des urnes pour les primaires mardi.

Si elles sont parvenues à conserver une certaine variété géographique, un spectre idéologique allant de la droite dure jusqu’à l’ultra-nationalisme, et qu’il a su conserver un candidat mizrahi d’origine tunisienne à travers Sofer, les primaires ont en revanche échoué à ouvrir la porte de nouveaux candidats à des places réalistes sur la liste électorale.

Les députés d’extrême droite Itamar Ben Gvir, à gauche, et Bezalel Smotrich à la porte de Damas, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, le 20 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Même si Ben Gvir a décidé de faire cavalier seul, rompant son alliance avec Smotrich, les deux dirigeants sont actuellement soumis aux pressions exercées par le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, qui a lancé un appel, dans la matinée de mardi, en faveur d’une nouvelle union entre les deux factions – une tentative de pouvoir compter sur tous les votes de droite dans le cadre d’un scrutin où tous les sièges pourraient être nécessaires pour ramener au pouvoir le camp de droite et religieux.

« Pour chacun d’entre nous, il y a une seule mission à accomplir – c’est d’établir un gouvernement national fort et stable pour les quatre prochaines années. Mais avant que nous puissions le faire, nous devons nécessairement faire quelque chose : c’est unir nos forces et ne pas les laisser se disperser », a dit le chef de l’opposition dans une déclaration filmée.

« Présentez-vous ensemble aux élections. Nous ne pouvons pas prendre de risque », a-t-il ajouté. « Seule une présentation des deux partis, ensemble, garantira qu’ils franchiront tous les deux le seuil de représentation électorale à la Knesset et nous en apportera la certitude ».

« Seule une course commune garantira la formation d’un gouvernement sans la Liste arabe unie », a-t-il poursuivi, se référant à l’alliance constituée de factions majoritairement arabes.

Le chef de l’opposition avait déjà, par le passé, réclamé des fusions politiques incluant des partis d’extrême droite pour éviter de « perdre » les votes des électeurs dont les factions ne franchissent pas le seuil électoral de représentation au parlement. Il avait notamment orchestré l’alliance entre le parti Sionisme religieux et Otzma Yehudit avant le scrutin qui avait été organisé l’année dernière.

Le leader du parti Sionisme religieux a semblé sensible à cet appel.

« Je m’adresse à Itamar – ma main est tendue en signe d’unité », a indiqué Smotrich en annonçant les résultats de ses primaires.

« Je suis d’accord avec [Netanyahu] et j’en appelle mon ami Itamar — rencontrons-nous demain avec l’objectif réel de présenter une liste commune pour assurer la victoire de la droite aux élections », a-t-il écrit sur Twitter.

Du côté de Ben Gvir, le ton a été moins enthousiaste et le député a déploré le fait d’avoir dû « poursuivre » Smotrich pendant un mois et demi dans le but de conclure un accord d’unité. Il a aussi accusé le leader du Parti Sionisme religieux de l’avoir évité en annulant des rencontres prévues, et d’avoir plutôt favorisé une alliance avec Amichai Chikli, un ancien député de Yamina.

Si Ben Gvir pourrait être susceptible d’écarter de nombreux anciens électeurs de Yamina, Smotrich chercherait, de son côté, à trouver un moyen qui lui permettra d’ajouter des candidats plus modérés sur sa liste – ce que ne sont pas parvenues à faire les primaires.

Ainsi, selon des informations parues dans les médias israéliens, Smotrich serait en cours de négociations avec le législateur Amichai Chikli, de Yamina, pour une présentation sur une liste conjointe. En échange, Chikli contrôlerait trois places dans les dix premières places de la liste.

Chikli, laïc, est une personnalité attrayante pour les électeurs de Yamina. Il avait rompu avec le parti peu après son investiture à la Knesset pour protester contre la coalition au pouvoir diversifiée que sa formation de droite avait aidé à mettre en place.

« Nous avons tout tenté jusqu’à ce que nous comprenions que nous n’avions pas de partenaire en réalité », a commenté Ben Gvir en conclusion.

Pour sa part, Smotrich a rejeté les questions posées par les journalistes au sujet de Chikli après l’annonce du résultat des primaires, déclarant « ne pas négocier par le biais des médias ».

Le leader du parti Sionisme religieux présente « un engagement de loyauté », demandant aux autres chefs de parti de ne pas former une coalition avec le parti islamiste Raam, le 23 août 2022. (Autorisation : Parti Sionisme religieux)

Un porte-parole de Chikli n’a pas répondu à notre demande de réaction.

Tout accord d’alliance coûtera des places sur la liste électorale du parti Sionisme religieux, réduisant l’impact des primaires qui ont été organisées.

L’un des principaux griefs de Chikli au sujet de la coalition au pouvoir sortante avait été l’intégration en son sein du parti islamiste arabe Raam, une intégration à laquelle Smotrich s’oppose, lui aussi. Il aurait déjoué une tentative de Netanyahu, en 2021, de s’allier à Raam pour pouvoir former un gouvernement – un refus qui avait ouvert la porte à la mise en place de la coalition sortante.

Après avoir annoncé sa liste, Smotrich a présenté aux journalistes une copie surdimensionnée de ce qu’il a appelé un « engagement de loyauté ». Cet engagement demande aux chefs des différents partis que « quelles que soient les circonstances, ils ne formeront pas un gouvernement avec eux » – « Eux » étant Raam et les factions qui constituent la Liste arabe unie d’opposition, des formations à majorité arabe.

Plusieurs partenaires de Raam au sein de la coalition sortante ont indiqué qu’ils ne s’appuieraient pas sur la faction une nouvelle fois dans le cadre d’un gouvernement qui ne bénéficierait que d’une mince et fragile majorité, mais ils n’ont pas écarté la possibilité d’un partenariat plus large avec la faction islamiste. Pour sa part, la Liste arabe unie, qui a toujours siégé dans l’opposition, avait raillé Raam pour son ralliement à une coalition au pouvoir quand cette dernière avait été formée.

Répétant encore une fois l’ordre du jour d’extrême droite de sa faction, Smotrich a indiqué que s’il revenait au pouvoir, le parti Sionisme religieux œuvrerait à faire avancer des réformes judiciaires, les questions de gouvernance dans le Néguev et en Galilée – deux secteurs où la population arabe est importante – l’extension de la souveraineté israélienne en Cisjordanie et la problématique de la baisse du coût de la vie par le biais de la réforme du marché.

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