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Les dessous de l’aide d’Israël aux EAU suite aux frappes de missiles houthis en 2022

Un ouvrage consacré aux accords d’Abraham révèle l’étendue de l’aide apportée par Israël à Abou Dhabi, qui contraste avec un soutien américain qualifié de "terne" par les Emiratis

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président Isaac Herzog atterrit à Abu Dhabi, où il est accueilli par le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah Bin Zayed, le 5 décembre 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le président Isaac Herzog atterrit à Abu Dhabi, où il est accueilli par le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah Bin Zayed, le 5 décembre 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

La mise à jour d’un ouvrage consacré aux accords d’Abraham et publié ce jeudi, révèle l’ampleur de l’aide apportée par Israël aux Émirats arabes unis, alors victimes de frappes de missiles des rebelles houthis, depuis le Yémen, l’an dernier.

D’après un nouveau chapitre de l’ouvrage Trump’s Peace, du journaliste israélien Barak Ravid, Israël est le deuxième pays à avoir envoyé des responsables du renseignement pour contribuer à l’enquête sur la première des attaques, début 2022. Il a également envoyé une cargaison de batteries du système de défense aérienne SPYDER vers l’Etat du Golfe.

Aux yeux des Émirats arabes unis, la réaction israélienne s’est avérée très différente de celle des États-Unis, révèle ce nouveau chapitre. Le sentiment de mollesse du soutien américain s’est traduit par des tensions entre le gouvernement émirati et l’administration Biden, dit-il.

Publié en hébreu en décembre 2021, Trump’s Peace a fait la une des journaux en raison d’un entretien exclusif de Ravid avec Donald Trump, au cours duquel l’ex-président américain se lance dans une diatribe contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, jusqu’alors considéré comme l’un de ses plus proches alliés.

Deux ans plus tard, le livre est traduit en anglais et cette nouvelle version inclut un nouveau chapitre sur le statut des accords d’Abraham depuis l’entrée en fonction du président américain Joe Biden.

Dans ce nouveau chapitre, Ravid révèle comment, en 2021, le Premier ministre de l’époque, Naftali Bennett, a progressivement pris conscience de l’importance de son implication dans le renforcement des relations avec les Émirats arabes unis. A l’occasion d’un déplacement à Abou Dhabi, en décembre 2021, Bennett s’est longuement entretenu avec le prince héritier de l’époque, Mohamed bin Zayed Al Nahyan (connu sous le nom de MBZ), et lui a proposé de développer une Alliance de défense aérienne du Moyen-Orient (MEAD), réseau de radars sous l’égide du Commandement central américain.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à gauche) rencontre le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed al Nahyan, à Abou Dhabi, le 9 juin 2022 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

L’idée a pris une toute autre importance, quelques semaines plus tard, lorsque des missiles balistiques et drones kamikazes tirés par les rebelles houthis ont frappé en plusieurs endroits des Émirats arabes unis.

Quelques heures après les attaques, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken téléphonait à son homologue émirati, Abdullah bin Zayed, pour exprimer sa solidarité et ses condoléances. Précédemment déçu par la politique américaine au Yémen, Abdullah bin Zayed en profitait pour demander à l’administration Biden de désigner de nouveau les Houthis comme groupe terroriste.

« Cela a été notre 11 septembre », déclare Abdullah à Ravid, au cours d’un entretien réalisé pour les besoins du livre, comparant les frappes qui ont tué trois personnes aux attentats à la bombe de 2001 aux États-Unis, qui ont fait près de 3 000 victimes.

L’administration Biden n’a pas donné suite à la demande, de crainte que cette désignation ne rende plus difficile l’acheminement de l’aide internationale au Yémen.

Les responsables israéliens ont tenté de faire pression sur Washington pour qu’il reconsidère sa décision, affirmaient deux responsables proches du dossier au Times of Israel, en février 2022.

Pour sa part, Bennett a envoyé une délégation d’officiers de l’agence d’espionnage du Mossad et de la Direction du renseignement militaire de Tsahal pour prêter main forte aux enquêtes médico-légales, suite aux attaques.

« Nous avons vraiment apprécié », aurait déclaré un responsable émirati cité dans le livre.

Le président Isaac Herzog s’est rendu aux Émirats arabes unis le 30 janvier, contre l’avis du Shin Bet, échaudé par une deuxième attaque de missiles houthis, la semaine précédant sa visite.

Sur cette photo publiée par l’US Air Force, un F-22 Raptor de l’US Air Force arrive à la base aérienne d’Al-Dhafra à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, le 12 février 2022. (Crédit : Sgt. Chelsea E. FitzPatrick / US Air Force via AP)

Alors qu’Herzog est encore à Abou Dhabi, une troisième attaque houthie a lieu. Ses aides de camp le réveillent au beau milieu de la nuit pour qu’il aille se mettre à l’abri dans une infrastructure adaptée, ce qu’il refuse. Le lendemain matin, Herzog s’entretient par téléphone avec MBZ : le dirigeant émirati lui demande si l’attaque l’a réveillé.

« Je ne sais pas de quoi vous parlez. Vous savez que je me sens en sécurité ici », lui répond Herzog, d’après le livre, pour ne pas embarrasser le prince héritier.

Les Émirats arabes unis demandent ensuite à Israël de leur fournir le système de défense antimissile Dôme de fer afin de les protéger contre de nouvelles attaques houthies. Israël leur propose de dépêcher des responsables du domaine de la sécurité pour s’assurer que le Dôme de fer est effectivement la meilleure solution pour les besoins de défense d’Abou Dhabi.

Cet examen conclut que le système de défense aérienne SPYDER, capable de détecter et d’intercepter drones, missiles de croisière et munitions à guidage de précision, serait plus adapté.

Les Émirats arabes unis décident d’acheter SPYDER, mais Israël se rend alors compte que ses seules batteries disponibles sont destinées aux Philippines. Israël s’en ouvre à Manille, qui accepte de recevoir sa commande plus tard et autorise Abou Dhabi à bénéficier immédiatement de ses batteries.

Selon le livre, en avril 2022, huit vols au départ de la base militaire israélienne de Nevatim acheminent aux Émirats arabes unis les batteries SPYDER.

Le geste est grandement apprécié des Émirats arabes unis, déçus par l’attitude de l’administration Biden dans les semaines et les mois qui suivent les attaques houthies.

Les forces loyales aux rebelles houthis du Yémen participent à une parade militaire marquant le septième anniversaire de l’intervention de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans leur pays, dans la capitale Sanaa, le 31 mars 2022. (Crédit : MOHAMMED HUWAIS / AFP)

Dans le sillage de la première frappe houthie, les États-Unis acceptent de ravitailler en carburant les avions de combat chargés de surveiller l’espace aérien émirati. Après la deuxième attaque, l’attaché militaire près l’ambassade des États-Unis à Abou Dhabi s’entretient avec des responsables des Émirats et leur remet une facture pour le ravitaillement, ce qui offense profondément les Émiratis, révèle le livre.

Le commandant américain du CENTCOM, Frank McKenzie, se rend aux Émirats arabes unis début février 2022, mais MBZ refuse de le recevoir.

« Nous ne pouvions pas croire qu’il ait fallu 22 jours aux Américains pour envoyer quelqu’un à Abou Dhabi en témoignage de solidarité après ces attaques », a déclaré un haut responsable émirati cité dans le livre.

La déception des Emiratis envers les États-Unis inquiète Jérusalem, qui cherche à faire comprendre les préoccupations d’Abou Dhabi à Washington.

Informé de l’incident sur le ravitaillement, le coordinateur du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, Brett McGurk, se rend à Abou Dhabi, où il s’entretient pendant des heures avec MBZ dans le but de rassurer le prince héritier sur la réalité du soutien américain.

Cela ne suffit pas à convaincre les Émirats arabes unis de voter en faveur d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Abou Dhabi s’abstient,au grand dam de l’administration Biden.

Lorsqu’une résolution similaire est présentée à l’Assemblée générale des Nations Unies, les États-Unis demandent à Israël de convaincre les Émirats arabes unis de la soutenir, ce que Jérusalem parvient à faire.

Mais lorsque la Maison Blanche tente d’organiser un appel entre Biden et MBZ, début mars 2022, le prince héritier, toujours en colère, refuse.

Le président américain Joe Biden et le président des EAU Cheikh Mohamed bin Zayed al-Nahyan à une réunion bilatérale dans un hôtel de Jeddah, ville côtière de la mer Rouge en Arabie saoudite, le 16 juillet 2022. (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

Il faudra plusieurs mois encore pour que MBZ accepte de passer à autre chose. Entre-temps, Blinken prend part au tout premier sommet ministériel du Forum du Néguev et profite de l’occasion pour assurer aux alliés des États-Unis du Golfe que l’administration Biden ne les abandonnera pas.

Il s’entretiendra ensuite avec MBZ, au Maroc, et présentera ses excuses pour l’attitude américaine au moment des attaques des Houthis.

« Nous n’avons pas été présents comme nous l’aurions dû et j’en suis désolé », déclare Blinken, selon le livre.

L’administration Biden enverra par la suite l’une des plus importantes délégations aux obsèques du président des Émirats arabes unis, Cheikh Khalifa bin Zayed, en mai 2022. Le geste sera, cette fois, grandement apprécié par Abou Dhabi.

Biden s’entretiendra finalement avec MBZ à Djeddah, en juillet 2022, en marge du sommet du Conseil de coopération du Golfe. MBZ dira à Biden sa déception face à l’attitude américaine au moment des attaques houthies, évoquant un sentiment d’abandon de la part de Washington.

« Pourquoi n’ai-je pas été mis au courant de tout cela? » demandera Biden à son équipe.

Il assure MBZ qu’il fera en sorte que cela ne se reproduise pas, assure le livre.

Le président américain demande par ailleurs à son équipe de travailler à un texte accordant aux Émirats arabes unis des garanties de sécurité de la part des États-Unis. Cet accord n’a pas encore été finalisé.

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