Les émissions de méthane en Israël bien plus élevées que la moyenne mondiale
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Les émissions de méthane en Israël bien plus élevées que la moyenne mondiale

Dans un rapport annuel, le ministère de la Protection environnementale a évalué le coût de ces émissions pour l'État à 12,9 milliards de shekels en dommages divers en 2020

La centrale électrique Orot Rabin depuis le parc Nahal Hadera à Hadera, en Israël, le 25 novembre 2017. (Crédit :  Gili Yaari/Flash90)
La centrale électrique Orot Rabin depuis le parc Nahal Hadera à Hadera, en Israël, le 25 novembre 2017. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Les 570 plus importantes usines, au sein de l’État juif, ont coûté à l’État 12,9 milliards de shekels en dommages essuyés par la santé publique et par l’environnement l’année dernière, selon le dernier rapport annuel consacré aux émissions de gaz polluants et à effet de serre qui a été publié lundi par le ministère de la Protection environnementale. Ce rapport établit que les émissions de ces gaz, en Israël, sont plus élevées que la moyenne dans le monde.

Les émissions de gaz à effet de serre coûtent ainsi 7,7 milliards de shekels – ce qui représente une diminution de 3 % par rapport à 2019. Le rapport explique cette baisse par un usage réduit du gaz et une diminution de la demande en électricité en raison de l’épidémie de COVID-19 et de ses effets sur la production.

Ce rapport est le deuxième à évaluer les coûts externes ou indirects de ces émissions en fonction des critères qui ont été définis par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Ces coûts comprennent, par exemple, les prises en charge hospitalières des personnes atteintes par une pathologie entraînée par la pollution ou le nettoyage d’une rivière contaminée par des déchets industriels.

Les conclusions du rapport se basent sur des données qui ont été transmises par les grande entreprises elles-mêmes dans les secteurs de l’énergie, des produits chimiques, des métaux, de l’agro-alimentaire, des déchets, du traitement des déchets et de l’élevage intensif.

Parmi les conclusions soumises, l’augmentation de 14 % des émissions de substances cancérigènes ou soupçonnées d’entraîner un cancer, et une moyenne des émissions de méthane qui est considérablement plus élevée que celle de l’Union européenne et des autres pays du monde.

Rotem Amfert Negev. (Capture d’écran)

Ce bond des émissions cancérigènes provient des rejets de benzène de l’usine Rotem Amfert, propriété du groupe Israel Chemicals Ltd., dans le sud d’Israël – qui produit des fertilisants – et de deux usines d’Ashdod, sur la côte sud. Des échantillons de benzène et de toluène ont été prélevés pour la toute première fois dans l’usine Yehuda Steel sur ordre ministériel. Les émissions sont également en hausse à l’usine Adama, qui fabrique des produits chimiques pour l’agriculture.

La ministre de la Protection environnementale, Tamar Zandberg, devrait concentrer bien davantage son attention sur l’industrie du gaz naturel dans le pays dont le développement a été défendu avec force par l’ancien ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz.

La ministre de la Protection environnementale Tamar Zandberg s’exprime pendant une conférence des chefs des Autorités locales à Ramat Negev, dans le sud d’Israël, le 22 juillet 2021. (Crédit : Flash90)

Au début du mois, elle a donné pour instruction aux responsables de substituer le terme « gaz naturel » par celui de « gaz foré au large » pour souligner que le gaz est une énergie fossile responsable du réchauffement climatique et non un gaz « naturel », ce qui laisserait croire qu’il est inoffensif.

Le gaz produit le méthane, qui reste moins longtemps dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone, mais qui est 84 fois plus puissant en termes de réchauffement climatique une fois qu’il est dans l’air.

Steinitz et le directeur-général du ministère de l’Énergie Udi Adiri, qui a conservé son poste aux côtés de la nouvelle ministre de l’Énergie, Karine Elharrar, avaient minimisé l’impact des émissions de méthane issues de l’industrie gazière, estimant qu’il était négligeable.

Mais comme le souligne le rapport de lundi, les contrôles actuels se limitent à l’observation par le biais de caméras optiques et au prélèvement d’échantillonnage sur les plateformes de production de gaz seulement, et et ne concernent pas les infrastructures qui transportent le gaz des puits jusqu’aux plateformes.

Le rapport a noté que le ministère envisageait d’élargir les exigences en termes de contrôle.

L’Autorité du gaz naturel, dont le siège se trouve au sein du ministère de l’Énergie, a rapporté une différence de 0,06 milliard de mètre-cube entre le point d’approvisionnement et l’arrivée chez le consommateur, estimant que cette différence résulte de « la perte et des écarts de mesure intervenant dans le processus de distribution ».

Cette quantité équivaut à environ 40 000 tonnes de méthane ou à 15 % du méthane total émis par l’État juif, selon le ministère chargé de la protection de l’environnement. De son côté, l’Autorité du gaz a soumis des chiffres bien inférieurs que le ministère n’a pas encore eu le temps de réexaminer.

Des ouvriers sur la plate-forme de traitement du gaz Tamar, le 23 juin 2014. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

A partir de l’année prochaine, le rapport sur les émissions comprendra une section sur les émissions de méthane, qui proviennent également des décharges, de l’élevage et des usines de traitement des eaux usées.

Selon le rapport publié lundi, le méthane représente 12 % des émissions de gaz à effet de serre, et le reste provient des émissions de dioxyde de carbone.

Ce qui correspond, par tête, à 1,3 tonne d’équivalent de dioxyde de carbone ou CO2 (le CO2 est une unité de mesure utilisée pour comparer différents gaz).

Ce qui, selon le rapport, est à comparer avec la moyenne de 1,07 tonne de CO2 dans le monde et de 0,89 tonne de CO2 au sein de l’Union européenne, selon les données de la Banque mondiale.

La décharge de Dudaim, la plus grande décharge d’Israël, près de la ville de Rahat, dans le sud d’Israël, le 10 août 2016 (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

Arie Vanger, responsable des problématiques liées à la qualité de l’air au sein de l’organisation de défense de l’environnement Adam Teva Vdin, a calculé que pendant la période où Israël fera sa transition du charbon et du pétrole vers le gaz naturel, au cours des prochaines années, les émissions de gaz à effet de serre vont augmenter au total de 6,4 millions de tonnes en moyenne – soit de 8 % par an.

Souhaitant diminuer fortement les émissions de méthane issues des décharges, le ministère veut avancer vers une économie dite « circulaire » – où le déchet de l’un devient la ressource de l’autre, avec une emphase placée sur le recyclage et la réutilisation.

Selon le rapport de lundi, trois nouvelles structures de triage des déchets ont ouvert leurs portes cette année et quatre devraient venir s’ajouter dans les trois ans à venir.

Comme les années précédentes, le ministère a fait le classement des dix usines les plus polluantes. Cette année, ce sont des centrales électriques de l’Israel Electric Company qui occupent la première, la deuxième, la quatrième, la cinquième et la huitième position et deux centrales privées du sud d’Israël – Dorad à Ashkelon et Orot Yosef à Ramat Hovav – prennent respectivement la neuvième et la dixième place.

A la première place – comme cela avait déjà été le cas l’année dernière au sein de l’État juif – la centrale Orot Rabin, dans le centre d’Israël, où le charbon – qui devrait être progressivement abandonné d’ici 2025 – est encore partiellement utilisé. La deuxième position revient encore une fois à la centrale Rutenberg d’Ashkelon et la troisième, comme l’année dernière, reste occupée par la cimenterie Nesher de Ramle, dans le centre du pays.

Rotem Amfert prend la sixième place, suivi par les raffineries pétrolières de Haïfa – Haifa Oil Refineries – qui se trouvait à la neuvième position dans le rapport de l’année dernière.

Sur toutes les importantes zones industrielles du territoire, c’est Neot Hovav, dans le Negev, qui émet le moins d’émissions tandis que ce sont Mishor Rotem et la ville côtière d’Ashkelon, au sud, qui enregistrent les émissions les plus élevées. La pollution, à Ashkelon, est largement due à la présence de trois grandes centrales électriques et la pollution, à Mishor Rotem, est principalement entraînée par l’usine Rotem Amfert, a indiqué le rapport.

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