Les entrepreneurs australiens auront un « terrain d’atterrissage » à Tel Aviv
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Les entrepreneurs australiens auront un « terrain d’atterrissage » à Tel Aviv

Canberra choisit Israël et la Silicon Valley pour augmenter la présence technologique australienne ; « c’est notre intérêt commun », déclare l’ambassadeur

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Le centre Azrieli de Tel Aviv (Crédit : Yehoshua Yosef/Flash90)
Le centre Azrieli de Tel Aviv (Crédit : Yehoshua Yosef/Flash90)

Les relations israélo-australiennes se réchauffent, et ça n’a rien à voir avec la politique.

En août, avant de devenir Premier ministre le 15 septembre, Malcolm Turnbull a déclaré au Jewish Journal : « je ne pense pas qu’il y ait un pays dans le monde qui a de meilleures relations avec Israël ».

« Donc je pense que ce que nous devons faire – et j’organise cela – est de collaborer plus avec Israël, particulièrement dans le domaine des sciences et des technologies. Nous faisons ça, mais nous devrions même en faire plus… Plus nous pouvons faire avec Israël, mieux c’est. »

Depuis que Turnbull a été élu Premier ministre, il y a en effet eu une rafale de visites officielles entre les deux pays.

Il y a eu une délégation en Israël menée par le ministre de l’Innovation australien en novembre, à la fin du mois le responsable scientifique d’Israël a visité l’Australie, et cette semaine le ministre de l’Industrie, de l’Innovation et de la Science australien, Christopher Pyne, est arrivé en Israël pour rencontrer des dirigeants de l’industrie high-tech.

Le 7 décembre, le gouvernement de Turnbull a annoncé un ensemble d’innovations de plus d’un milliard de dollars, comprenant la mise en place d’un « terrain d’atterrissage » pour les hommes d’affaires et entrepreneurs australiens à Tel Aviv.

Le Premier ministre Netanyahu and le Premier ministre australien, Turnbull (Crédit : Amos Ben-Gershom, GPO)
Le Premier ministre Netanyahu and le Premier ministre australien, Turnbull (Crédit : Amos Ben-Gershom, GPO)

« Ces deux derniers mois, j’ai vu plus d’activités que dans les deux dernières années », a déclaré l’ambassadeur d’Australie en Israël, Dave Sharma au Times of Israel.

Sharma a ajouté que, alors qu’Israël a toujours été un partenaire volontaire, pour l’Australie l’intérêt récent pour Israël est dû à un ralentissement de la croissance de la Chine, qui a entraîné un ralentissement de la demande pour le charbon, le minerai de fer et les minéraux australiens.

« Notre économie est toujours en croissance mais d’un coup le secteur minier n’est plus un énorme employeur, a expliqué Sharma. Les décideurs, les politiciens, les hommes d’affaires ont tous dit, que faisons-nous maintenant ? »

C’est à ce moment qu’Israël entre en scène.

« Nous avons décidé d’encourager une culture entrepreneuriale plus orientée vers la création de start-ups en Australie. »

Pour atteindre cet objectif, il faut apprendre de la meilleure culture de la start-up à l’étranger. Tel Aviv sera l’emplacement de l’un des cinq « terrains d’atterrissage » étrangers. Un autre sera dans la Silicon Valley, l’emplacement des trois autres n’a pas encore été déterminé.

« C’est un gros vote de confiance pour Tel Aviv et Israël. Je pense que cela reflète le fait que nous voyons Israël comme une capitale de la start-up, avec la Silicon Valley. Nous pensons qu’une plus grande présence australienne ici, plus d’interactions australiennes avec l’écosystème ici, aiderait à injecter l’étincelle dont nous avons besoin en Australie ».

Un « centre d’intégration » pour Australiens

Sharma compare le terrain d’atterrissage à ce que le ministère de l’Intégration faisait pour les juifs du monde entier qui immigraient en Israël.

« Si vous n’êtes pas venus et si vous n’avez pas de liens familiaux, nationaux ou religieux, cela peut être assez intimidant d’atterrir ici – du système de visa à l’administration du ministère de l’Intérieur en passant par la signature d’un bail.

L'ambassadeur australien Dave Sharma à l'hôpital Ziv à Safed, avec son épouse et son enfant, le 17 août 2013
L’ambassadeur australien Dave Sharma à l’hôpital Ziv à Safed, avec son épouse et son enfant, le 17 août 2013

Le terrain d’atterrissage sera une maison loin de la maison pour les Australiens qui veulent faire des affaires en Israël. Ce sera un espace physique, probablement situé près du boulevard Rotschild de Tel Aviv, très à la mode, qui fournira des bureaux, internet, du café et des services de conciergerie qui aideront les patrons à s’orienter sur le terrain local.

« Nous les mettrons en contact avec des capital-risqueurs, des personnes avec qui collaborer, des conférences technologiques où assister, et organiserons aussi des soirées de lancement et des évènements sociaux. »

Un utilisateur typique de cet espace sera un investisseur australien, un entrepreneur qui n’a rien de plus qu’une idée, ou des dirigeants de grosses entreprises australiennes qui cherchent à injecter des technologies dans leurs opérations commerciales. Le budget pour cet espace sera d’environ 2,5 millions dollars sur quatre ans.

Des intérêts communs

Interrogé sur les sentiments du nouveau Premier ministre australien sur Israël, Sharma a répondu que « nous sommes un pays qui soutient beaucoup Israël, nous l’avons toujours été et nous le serons toujours. Nous pensons qu’Israël a le droit d’exister dans des frontières sûres ».

« En ce qui concerne le terrain d’atterrissage, c’est un autre sujet. Nous voyons Israël comme un pays normal, et nous avons des interactions normales, et c’est une forme normale d’interaction. C’est du pragmatisme. Même si nous n’avions pas une relation politique très proche – mais nous l’avons – nous chercherions à faire ça puisque c’est notre intérêt commun. »

En effet, ces derniers 18 mois, l’Australie a pris des positions diplomatiques qui l’ont révélée comme l’un des plus proches amis du gouvernement israélien dans la communauté internationale. Actuellement, l’Australie a décidé ne plus parler de Jérusalem est comme un territoire « occupé », et n’a pas pris position sur la légalité ou l’illégalité des implantations juives en Cisjordanie et à Jérusalem est.

Interrogé sur ce qu’il avait appris de ces deux années et demie en tant qu’ambassadeur, Sharma a répondu, d’abord « qu’Israël est un pays très normal dans de nombreux aspects ».

« Si vous n’avez jamais été en Israël et que vous suivez les médias, vous avez cette impression unidimensionnelle qu’Israël est en fait toujours impliqué dans un conflit avec ses voisins. Et bien sûr quand vous arrivez ici, cela fait partie des préoccupations nationales, mais comme beaucoup d’autres choses, comme le prix de l’immobilier, l’éducation, les embouteillages, les emplois ou le secteur du pétrole et du gaz. »

Une autre chose qu’a apprise Sharma est que « la situation géopolitique d’Israël, sa relation avec ses voisins, le conflit israélo-palestinien, plus vous êtes proches, plus vous passez du temps ici, plus vous réalisez pourquoi c’est un problème si difficile à résoudre et pourquoi il reste insoluble. Parce que ce n’est pas aussi simple que ça peut le sembler depuis plus loin. Il y a beaucoup de forces historiques et civilisationnelles profondes en jeu qui font que la paix est particulièrement difficile à atteindre. »

A part le high-tech, Sharam a déclaré qu’il y a beaucoup de domaines de coopération peu connus entre l’Australie et Israël.

« Il y a la santé mentale de la jeunesse. Nous avons une ONG australienne, Headspace, et il y a des personnes ici qui ont trouvé une idée et l’ont réalisé en Israël. » Il y a aussi des recherches conjointes en biologie marine sur les récifs coralliens ainsi que trois ou quatre universités australiennes qui envoient des étudiants ici pour des fouilles archéologiques.

« C’est l’un des rares endroits de cette partie du monde où vous pouvez fouillez en toute sécurité, sans vous inquiétez du danger. »

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