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Les États-Unis et l’UE fustigent le plan d’enclave juive à Abu Dis

Pour Washington, le projet porte atteinte à la solution à deux États ; un panel municipal s'est réuni pour approuver le projet alors qu'un responsable américain arrive en Israël

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

La barrière de sécurité séparant Jérusalem-Est et le village palestinien d'Abu Dis, en Cisjordanie, le 3 juin 2021. (Crédit :AFP / Thomas COEX)
La barrière de sécurité séparant Jérusalem-Est et le village palestinien d'Abu Dis, en Cisjordanie, le 3 juin 2021. (Crédit :AFP / Thomas COEX)

Les États-Unis et l’Union européenne (UE) ont condamné, lundi, le plan de construction israélien d’une enclave juive dans un quartier palestinien qui chevauche la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

Ces condamnations de Washington et Bruxelles ont été rendues publiques alors que la Commission de planification du district de Jérusalem s’est accordée sur l’avancée du plan, qui devra franchir les toutes dernières étapes d’approbation avant que les travaux de construction ne commencent dans les prochains mois.

Pendant l’audience de lundi, la Commission de district a convenu de faire avancer le projet mais elle a demandé à ses initiateurs de prendre en compte quelques inquiétudes mineures en amont de la seconde réunion qui permettra de faire encore progresser l’avancée du plan en le faisant passer au stade de « dépôt ».

Interrogé sur le sujet pendant une conférence de presse, le porte-parole du département d’État Matt Miller a déclaré que « notre positionnement est clair et il reste le même : l’expansion des implantations sape la viabilité géographique de la solution à deux États, elle exacerbe les tensions et elle porte atteinte à la confiance entre les deux parties. »

« Nous nous opposons fortement à l’expansion des implantations et nous recommandons vivement à Israël de s’abstenir de prendre une telle initiative. Nous prenons cette question très au sérieux dans la mesure où elle compromet la solution à deux États. Nous soulevons cette question de manière constante et au plus haut niveau », a-t-il ajouté.

La Commission de planification du district s’est réunie peu après que la secrétaire-adjointe aux Affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf, est arrivée sur le sol de l’État juif, lundi, pour informer les officiels de l’évolution de ses discussions à Ryad au sujet de l’accord de normalisation potentiel qui est actuellement en négociations entre l’Arabie saoudite et Israël. L’accord devrait exiger des initiatives israéliennes majeures en faveur de la solution à deux États – un cadre qui, comme l’a souligné Miller, est mis en péril par certains projets, comme celui d’Abu Dis.

De son côté, un porte-parole de l’UE a indiqué, dans une déclaration, que le positionnement de longue date de l’UE sur les implantations – notamment en ce qui concerne les constructions à Jérusalem-Est – était « qu’elles sont illégales selon le droit international, représentant un obstacle majeur dans la mise en place de la solution à deux États ».

Barbara Leaf, secrétaire d’État adjointe aux affaires du Proche-Orient, s’adresse aux journalistes lors d’une table ronde à Koweït City le 19 octobre 2022. (Crédit : YASSER AL-ZAYYAT / AFP)

« L’UE a établi de manière constante qu’elle ne reconnaîtra aucun changement dans les lignes pré-1967, y-compris à Jérusalem, autre que ceux qui seront convenus entre les deux parties en lice », a ajouté le porte-parole qui a exhorté Israël à cesser toute construction au-delà de la ligne verte.

Ce projet sensible qui a été approuvé lundi permettrait à Israël d’élargir de manière importante une enclave juive qui se trouve au cœur d’Abu Dis – une enclave palestinienne coupée en deux par la barrière de sécurité de la Cisjordanie.

La révélation de la construction d’un nouveau quartier avait été faite, au mois de mars, par le site hébréophone du Times of Israel, Zman Yisrael, qui avait aussi fait part de projets de construction ou d’élargissement d’enclaves et de quartiers juifs dans d’autres parties de la capitale.

Baptisé Kidmat Zion, le nouveau quartier devrait être construit sur un vaste terrain situé à proximité de la barrière de sécurité à Abu Dis, que les partisans du mouvement pro-implantation en Israël convoitent depuis des années.

La ville abrite actuellement une dizaine de familles juives qui vivent dans deux petits immeubles résidentiels qui avaient été achetés par un bienfaiteur américain. Il s’agit de l’une des nombreuses petites enclaves juives situées à l’intérieur des quartiers palestiniens de la ville.

Contrairement à d’autres enclaves, où les Juifs ont des revendications historiques, Abu Dis se trouve à l’écart de ce que la plupart des Israéliens considèrent comme la zone municipale centrale de Jérusalem. La localité n’a pas d’importance particulière pour les Juifs, si ce n’est qu’elle a été partiellement incluse lorsque les frontières de la ville ont été étendues après la prise de Jérusalem-Est en 1967. En l’an 2000, l’ancien Premier ministre Ehud Barak avait prévu d’exclure Abu Dis et deux autres quartiers de la capitale pour faire un geste envers les Palestiniens, mais il avait finalement abandonné l’idée lorsque la deuxième Intifada avait éclaté, cette année-là.

La zone a toutefois une valeur stratégique, puisqu’elle jouxte un axe de circulation en cours de construction le long de la limite orientale de Jérusalem, qui reliera les implantations situées au Sud de la ville à celles qui se trouvent au Nord et à l’Est. Appelé « route américaine », ce tronçon comprendra un tunnel qui passera sous Abu Dis et qui traversera apparemment la zone où l’enclave juive d’Abu Dis est en cours de planification.

Capture d’écran des plans initiaux pour un quartier juif dans le village palestinien d’Abu Dis, tels qu’ils ont été soumis à la commission de planification du district de Jérusalem, en mai 2023. (via Zman Yisrael)

La majeure partie d’Abu Dis se trouve à l’extérieur de Jérusalem et dans les limites de la zone B de la Cisjordanie, où l’Autorité palestinienne (AP) exerce un contrôle civil. Quelque 15 000 personnes vivent dans la ville, dont d’éminents dirigeants et universitaires palestiniens tels que Sari Nusseibeh. Elle abrite une université et un grand collège islamique, ainsi que des institutions du gouvernement palestinien.

Il y a aussi, dans la localité, l’enveloppe imposante d’un bâtiment de cinq étages presque achevé qui devait devenir le Parlement palestinien, conformément à un accord conclu en 1995 entre le futur président de l’AP, Mahmoud Abbas, et l’ancien législateur israélien Yossi Beilin, l’un des principaux artisans des accords d’Oslo de 1993.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur État, mais Israël considère la ville entière comme sa capitale indivisible et proteste contre les tentatives de l’AP d’opérer à l’intérieur de la ville. La localité d’Abu Dis, qui se trouve à la fois à Jérusalem-Est et à l’extérieur de la ville, avait été proposée comme capitale alternative. Cette possibilité avait été encore une fois mentionnée dans le plan de paix qu’avait proposé l’administration Trump, en 2020.

Le bâtiment se trouve à une courte distance de la périphérie du quartier juif proposé.

La nouvelle enclave se fondra dans le tissu urbain d’Abu Dis, annihilant toute possibilité que la localité puisse devenir un jour la capitale d’un état palestinien.

Ce plan a été promu par Ateret Kohanim, un groupe d’extrême-droite au financement solide qui achète des terrains à Jérusalem-Est pour permettre aux Juifs de s’y implanter et par une organisation appelée la Tenants’ Association, qui avait commencé à acheter des parcelles à Abu Dis dès 1926.

Shalom Yerushalmi a contribué à cet article.

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