Les États-Unis sanctionnent l’Iran à 3 reprises
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Les États-Unis sanctionnent l’Iran à 3 reprises

Ces nouvelles sanctions sont la troisième mesure prise jeudi contre Téhéran après l'arrestation d'un conseiller de la mission diplomatique de l'Iran auprès des Nations unies, Ahmad Cheikhzadeh, pour violations des sanctions américaines contre l'Iran et l'inculpation de sept Iraniens pour des attaques informatiques contre plusieurs banques américaines et un barrage près de New York

Le directeur de la division du contrôle des avoirs étrangers au ministère américan des Finances Adam Szubin (Capture d'écran: Youtube)
Le directeur de la division du contrôle des avoirs étrangers au ministère américan des Finances Adam Szubin (Capture d'écran: Youtube)

Le Trésor américain a annoncé jeudi des sanctions financières contre plusieurs sociétés iraniennes pour leur soutien au programme de missiles balistiques en Iran et contre deux entreprises britanniques en rapport avec la compagnie aérienne iranienne Mahan, déjà sur la liste noire.

Selon un communiqué du Trésor, deux filiales du groupe Shahid Hemmat Industrial Group sont mises à l’index pour être directement impliquées dans l’élaboration du programme iranien de missiles balistiques.

Deux unités de commandement faisant partie du Corps des gardiens de la révolution islamique, ayant une responsabilité opérationnelle dans le programme, ont aussi été ajoutées à la liste noire.

L’Iran a procédé à une série de tests de missiles balistiques les 8 et 9 mars. « Le programme de missiles balistiques de l’Iran et son soutien au terrorisme posent une menace continue à la région, aux Etats-Unis et à ses partenaires dans le monde », déclaré Adam Szubin, sous-secrétaire au Trésor en charge de la lutte contre le terrorisme.

« Nous continuerons à user de nos outils pour contrer le programme de missiles balistiques et le soutien au terrorisme, y compris en utilisant les sanctions », a-t-il ajouté.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a immédiatement dénoncé jeudi, en plein congé du nouvel an, ces nouvelles sanctions, par la voix de son porte-parole Hossein Jaber Ansari.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de l'Iran, Hossein Ansari Jaberi lors d'une conférence de presse hebdomadaire, à Téhéran, en Iran, le 14 décembre 2015 (Crédit : AFP / ATTA KENARE)
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de l’Iran, Hossein Ansari Jaberi lors d’une conférence de presse hebdomadaire, à Téhéran, en Iran, le 14 décembre 2015 (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

« Le programme balistique de l’Iran n’a aucun lien avec l’accord nucléaire et ne viole pas la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce programme est totalement défensif et aucune mesure ne pourra priver la République islamique d’Iran de ses droits légitimes et légaux pour renforcer sa capacité de défense et sa sécurité nationale », a-t-il déclaré.

La résolution 2231 adoptée après l’accord historique de juillet entre l’Iran et les grandes puissances prévoit que l’Iran doit s’abstenir de lancer des missiles balistiques pouvant être équipés d’ogives nucléaires.

« Le gouvernement de la République islamique, conformément à l’ordre donné par le président de la République (…) au ministère de la Défense renforcera sa capacité défensive en réaction à toute action d’ingérence des Etats-Unis concernant son programme balistique », a ajouté le responsable iranien.

Le Trésor américain a également sanctionné deux entités britanniques. Aviation Capital Solutions, et son directeur, Jeffrey Ashfield, basé en Grande-Bretagne, ainsi qu’Aircraft Avionic Parts and Supports (AAPS) ont désormais leurs avoirs gelés aux Etats-Unis et toute personne faisant affaire avec ces entités sont susceptibles d’être sanctionnées aussi.

Aviation Capital Solutions est accusée d’avoir aidé Mahan Air, la plus importante compagnie aérienne iranienne après Iran Air, à acheter des moteurs d’avions tandis qu’AAPS aurait facilité des transactions financières en faveur de la compagnie aérienne, via deux autres compagnies basées aux Emirats Arabes Unis et également visées par les sanctions.

Mahan Air, basée à Téhéran, avait été mise sur la liste noire américaine fin 2011 parce qu’elle apportait un soutien matériel et technique à la Force al-Qods, unité d’élite des Gardiens de la révolution islamique.

Selon l’administration américaine, Mahan Air « continue de soutenir les actions du gouvernement iranien qui déstabilisent la région en procédant à des vols vers la Syrie pour transporter des combattants ».

Les Etats-Unis ont levé une grande partie des sanctions contre l’Iran dans le cadre de l’accord historique conclu en juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien.

Le guide suprême d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé dimanche les Etats-Unis de « ne pas respecter leurs engagements ».

Une photo publiée par le bureau du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 mars 2014, lors d'un discours à la nation à l'occasion de Noruz, le Nouvel An iranien, à Téhéran. (Crédit : AFP Photo / Cabinet du leader suprême)
Une photo publiée par le bureau du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le 20 mars 2014, lors d’un discours à la nation à l’occasion de Noruz, le Nouvel An iranien, à Téhéran. (Crédit : AFP Photo / Cabinet du leader suprême)

« Par des voies détournées, ils empêchent la République islamique d’atteindre ses objectifs », a affirmé le guide suprême ajoutant aussi que l’Europe était réticente à faire des affaires avec l’Iran « par peur » des Etats-Unis.

Ces nouvelles sanctions sont la troisième mesure prise jeudi contre Téhéran après l’arrestation d’un conseiller de la mission diplomatique de l’Iran auprès des Nations unies, Ahmad Cheikhzadeh, pour violations des sanctions américaines contre l’Iran et l’inculpation de sept Iraniens pour des attaques informatiques contre plusieurs banques américaines et un barrage près de New York.

La justice américaine a annoncé jeudi l’inculpation de sept Iraniens et de deux sociétés iraniennes liées au régime de Téhéran pour des attaques informatiques ayant visé un barrage hydraulique et des dizaines d’institutions financières aux Etats-Unis.

Ces actes de piratage ont débuté en décembre 2011 et ont pris de l’ampleur de septembre 2012 à mai 2013, lors d’une campagne d’attaques renforcées prenant notamment pour cibles la bourse de Wall Street, l’indice Nasdaq et les banques ING, Capital One ou Bank of America, a précisé l’acte d’inculpation consulté par l’AFP.

Un de ces pirates informatiques est par ailleurs parvenu en 2013 à prendre le contrôle d’un barrage près de New York, sans conséquence car la retenue d’eau faisait alors l’objet de travaux de maintenance.

Les sept Iraniens poursuivis sont liés aux Gardiens de la Révolution, l’armée d’élite du régime de Téhéran, a précisé Preet Bharara, le procureur de New York, dans une conférence de presse solennelle à Washington, aux côtés du chef du FBI, James Comey, et de la ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch.

Ces inculpations annoncées jeudi sont inédites car mettant directement en cause le régime iranien pour des actes hostiles visant des domaines stratégiques des Etats-Unis, comme l’eau ou la finance.

« Le chaos potentiel dont était porteur ce piratage d’infrastructures américaines fait froid dans le dos », a d’ailleurs estimé M. Bharara.

« Ces attaques étaient incessantes, systématiques et étendues », a commenté Mme Lynch.

Infrastructures clés visées

« Un des inculpés doit répondre de l’accusation d’avoir obtenu accès, de façon illégale, au système de contrôle et d’acquisition de données du barrage Bowman Avenue, à Rye, (dans l’Etat de) New York », a-t-elle ajouté.

Cette intrusion dans le système informatique du barrage s’est produite entre les dates estimées du 28 août et du 18 septembre 2013, selon l’acte d’inculpation.

Le dispositif permettant de manœuvrer le barrage –une petite retenue d’eau située à une trentaine de kilomètres de la métropole de New York– avait toutefois été déconnecté du réseau informatique.

Cependant, « cet accès aurait permis à l’inculpé de contrôler les niveaux d’eau et le flux hydraulique, faisant courir un danger clair et immédiat à la population », a insisté Mme Lynch.

Les attaques contre les banques ont causé des dizaines de millions de dollars de pertes, assure l’acte d’accusation, selon qui les sept inculpés étaient employés par deux sociétés établies dans la République islamique, ITSec Team et Mersad, travaillant elles-mêmes pour le gouvernement iranien.

Concrètement, la campagne hostile a duré plus de 176 jours, sous la forme de multiples attaques par déni de service (DDOS), consistant à submerger de requêtes un serveur pour le saturer, ou à exploiter une faille d’un système distant afin de le rendre inutilisable.

Des centaines de milliers de clients de banques américaines ont subi des perturbations pour accéder à leurs comptes bancaires.

La Nasa piratée

Les sept Iraniens poursuivis, âgés de 23 à 37 ans, ont été identifiés par leur nom et prénom, parfois doublés de leur pseudonyme.

Ahmad Fathi, Amin Shokohi, Sadegh Ahmadzadegan, Omid Ghaffarinia, Sina Keissar et Nader Saedi encourent chacun 10 ans de réclusion. Le dernier, Hamid Firoozi, encourt cinq années de réclusion supplémentaires pour le piratage du barrage.

Ahmadzadegan et Ghaffarinia sont par ailleurs suspectés d’avoir piraté en février 2012 des serveurs de la Nasa, l’agence spatiale américaine.

« Le message que nous faisons passer avec ce dossier est que nous œuvrerons ensemble, quelles que soient les distances, pour faire payer à ces gens leurs agissements: où qu’ils se trouvent, nous parviendrons à les atteindre », a affirmé M. Comey.

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