Les Etats-Unis vont reprendre les exécutions après 16 ans d’interruption
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Les Etats-Unis vont reprendre les exécutions après 16 ans d’interruption

Trump a à plusieurs reprises réclamé un usage renforcé de la peine capitale, notamment après la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh en octobre 2018

Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime lors d'une annonce à la Maison Blanche à Washington, DC, le 12 avril 2019. (NICHOLAS KAMM / AFP)
Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime lors d'une annonce à la Maison Blanche à Washington, DC, le 12 avril 2019. (NICHOLAS KAMM / AFP)

Le gouvernement de Donald Trump, lui-même fervent défenseur de la peine capitale, a annoncé jeudi la reprise des exécutions au niveau fédéral, alors que la dernière remonte à 2003, s’attirant immédiatement les foudres de l’opposition démocrate.

Le ministère de la Justice a adopté un nouveau protocole d’injection létale et programmé, à la demande du ministre Bill Barr, cinq exécutions qui auront lieu dans un pénitencier fédéral de Terre Haute dans l’Indiana (nord) en décembre 2019 et janvier 2020.

Elles concerneront cinq hommes condamnés par des jurys fédéraux « pour avoir tué, et parfois torturé et violé, les membres les plus vulnérables de la société : des enfants ou des personnes âgées » et qui ont épuisé tous les recours légaux, précise le ministère dans un communiqué.

« Le ministère de la Justice applique la loi et nous devons, pour les victimes et leurs familles, appliquer les peines déclarées par notre système judiciaire », a justifié Bill Barr.

« La peine capitale est immorale et fonctionne mal », a immédiatement répliqué la sénatrice Kamala Harris, prétendante à l’investiture démocrate pour 2020. « Trop de gens innocents ont été condamnés à mort. Nous avons besoin d’un moratoire au niveau national sur la peine de mort, pas d’une résurrection », a-t-elle tweeté.

« Il y a suffisamment de violence dans le monde, le gouvernement ne devrait pas en ajouter », a également estimé Bernie Sanders, lui aussi en lice pour les primaires démocrates.

Le président républicain Donald Trump, qui brigue un second mandat en 2020, réclame régulièrement un usage renforcé de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers, les islamistes ou pour lutter contre le trafic de drogue. Il l’avait également réclamée après la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh en octobre 2018 (11 morts).

25 exécutions

La peine de mort est légale aux Etats-Unis mais il existe de fortes disparités régionales. Plusieurs Etats l’ont déclarée illégale ou ont prononcé des moratoires, si bien qu’elle n’est en vigueur que dans 25 des 50 Etats.

Et sur ces 25 Etats, plusieurs ne l’appliquent pas dans les faits, en raison de difficultés d’approvisionnement en substances létales et d’interrogations sur la légalité de ces produits, si bien qu’en 2018 « uniquement » 25 condamnés à mort ont été exécutés dans tout le pays, dont 13 par le seul Texas.

La plupart des meurtres sont jugés au niveau des Etats mais des tribunaux fédéraux peuvent être saisis des cas les plus graves (attentats, crimes racistes…) ou dépassant les frontières des Etats.

Les tribunaux fédéraux prononcent donc rarement des peines capitales et seules 62 personnes se trouvent dans les couloirs de la mort de pénitenciers fédéraux, contre plus de 2 600 au niveau des Etats, selon le Centre d’information sur la peine de mort (DPIC) qui fait référence.

Parmi elles se trouvent Dzhokhar Tsarnaev, condamné pour l’attentat du marathon de Boston qui a fait trois morts en 2013 et le suprémaciste blanc Dylann Roof qui a tué neuf Noirs dans une église de Charleston en 2015.

Au niveau fédéral, seuls trois condamnés à mort ont été exécutés au cours des 45 dernières années, dont Timothy McVeigh responsable de l’attentat d’Oklahoma City (168 morts en 1995) exécuté en 2001, et le dernier Louis Jones en 2003 pour le meurtre d’une militaire.

« Cruelles »

Alors président, le démocrate Barack Obama avait exprimé en 2015 ses réserves sur la peine capitale, citant la surreprésentation des Noirs dans les couloirs de la mort, les longs délais entre les peines et les exécutions, les cas d’erreurs judiciaires et des injections létales qui « n’ont pas été rapides et indolores, mais horribles et mal menées ».

Ces exécutions difficiles ont nourri des recours contre les injections létales, accusées par les opposants à la peine de mort de violer la Constitution des Etats-Unis qui interdit les punitions « cruelles ». De plus, les grands laboratoires pharmaceutiques, désireux de ne pas être associés à la peine de mort, refusent de fournir la plupart des produits.

Face aux incertitudes juridiques et aux pénuries, certains Etats ont renoncé à y recourir et d’autres ont remis en service la chaise électrique.

Au niveau fédéral, le gouvernement a décidé d’amender son protocole pour renoncer à un cocktail particulièrement controversé de trois substances pour ne plus utiliser que du pentobarbital. C’est ce produit qui servira à exécuter Daniel Lewis Lee, Lezmond Mitchell, Wesley Ira Purkey, Alfred Bourgeois et Dustin Lee Honken, selon le communiqué du ministère.

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