Les experts des relations israélo-américaines prudents sur l’impact de Trump sur la région
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Les experts des relations israélo-américaines prudents sur l’impact de Trump sur la région

A Tel Aviv, l’ancien envoyé américain en Israël annonce que l’ambassade pourrait effectivement être déplacée à Jérusalem ; d’autres n’attendent pas de changements spectaculaires

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des poupées russes traditionnelles avec le président russe Vladimir Poutine, la candidate démocrate à la présidentielle américaine Hillary Clinton et le président élu Donald Trump, vendues à Moscou, le 8 novembre 2016. (Crédit : AFP/Kirill Kudryavtsev)
Des poupées russes traditionnelles avec le président russe Vladimir Poutine, la candidate démocrate à la présidentielle américaine Hillary Clinton et le président élu Donald Trump, vendues à Moscou, le 8 novembre 2016. (Crédit : AFP/Kirill Kudryavtsev)

Des experts des relations israélo-américaines ont débattu mercredi matin de savoir si le président élu Donald Trump mettrait effectivement en œuvre les politiques non orthodoxes qu’il a promues pendant la campagne électorale.

« Clairement, il est impossible pour les Etats-Unis et le système international, que l’ensemble pur d’idées articulées par Trump pendant la campagne électorale soit mis en place en tant que politique », a déclaré l’ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis Itamar Rabinovich pendant le rassemblement de Tel Aviv.

« Cela créerait un degré de troubles internationaux avec lequel le monde et les Etats-Unis ne pourraient pas vivre. »

La différence entre les politiques proposées par Trump et celles qu’il essaiera de mettre en œuvre pourrait être subtile, a-t-il déclaré, mais son cabinet et ses conseillers l’empêcheront sans doute de prendre des décisions drastiques et irresponsables.

« Il faut un ensemble d’idées et un ensemble de déclarations pour être élu, et un autre ensemble d’idées pour gouverner, a déclaré Rabinovich. Mon sentiment est qu’il y aura un adoucissement important de certaines de ses politiques. Je ne pense pas qu’un mur sera érigé à la frontière mexicaine. Les musulmans ne seront pas empêchés d’entrer aux Etats-Unis, etc. Cependant, il y aura des changements. »

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Israël ne sera probablement pas touché par la transformation de la Maison Blanche, a prédit Rabinovich, qui a été l’ambassadeur d’Israël à Washington entre 1993 et 1996, et a ensuite enseigné l’histoire du Moyen Orient à l’université de Tel Aviv.

« Je ne m’attends pas à de grands changements en ce qui concerne le sujet israélo-palestinien. Je n’en aurais pas attendu non plus d’Hillary Clinton. »

Daniel Kurtzer, ancien ambassadeur américain en Israël et en Egypte, a pour sa part déclaré que les objectifs de la politique extérieure de Trump restaient un mystère et pourraient modifier spectaculairement la dynamique du conflit israélo-palestinien.

« Personne ne sait vraiment ce que nos politiques pourraient être, y compris le président Trump, a-t-il déclaré. Il ne me semble pas que Donald Trump ait réfléchi un tant soit peu à une politique substantielle. »

A en juger par les remarques de ses conseillers sur Israël pendant la campagne, le monde devrait s’attendre à des changements spectaculaires dans l’approche américaine du Moyen Orient, a-t-il poursuivi.

« Une possibilité sérieuse est maintenant que M. Trump déplace l’ambassade américaine à Jérusalem, modifie l’opposition américaine aux implantations, soutienne ceux qui, en Israël, cherchent à annexer des parties de la Cisjordanie ; en d’autres termes, aligne plus étroitement la politique américaine à ce qui est, je suppose, une politique israélienne de droite », a déclaré Kurtzer.

Des immeubles en construction dans l'implantation juive de Kiryat Arba, près de Hébron, le 6 juillet 2016. (Crédit : AFP/Hazem Bader)
Des immeubles en construction dans l’implantation juive de Kiryat Arba, près de Hébron, le 6 juillet 2016. (Crédit : AFP/Hazem Bader)

« Et cela a non seulement des implications pour le conflit israélo-palestinien, mais enverra aussi un message à d’autres pays de la région, qui a traditionnellement attendu que les Etats-Unis soient en tête de l’avancement du processus de paix », a-t-il ajouté.

Pendant la conférence électorale organisée par l’Institut pour la recherche sur la sécurité nationale (INSS) à l’université de Tel Aviv, Kurtzer, qui a servi des présidents républicains et démocrates, a fustigé le président élu pour sa campagne électorale combattive.

« La campagne Trump a libéré certains aspects comportementaux qui seront difficiles à repousser : antisémitisme, préjugés contre les personnes de couleurs, les latinos, les immigrants, les femmes. Tous n’ont pas que des implications en politique intérieure, mais aussi des implications sur la manière dont nous parlerons avec le reste du monde », a-t-il déclaré.

L’idée que les Etats-Unis sont un symbole de démocratie, défendue par l’ancien président George W. Bush, « sera à présent vue dans le monde essentiellement comme une blague », a déclaré Kurtzer.

Un autre ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Sallai Meridor, a été plus optimiste, et a souligné que Jérusalem et Washington continueraient à partager de nombreux intérêts stratégiques, ce qui garantit des relations bilatérales puissantes.

Cependant, « partager l’observation de symptômes et partager le désir d’une résolution n’est pas suffisant pour partager une politique », a-t-il prévenu.

« Le fait que nous partagions des intérêts ne signifie pas nécessairement que nous partageons la même stratégie et les mêmes politiques », a-t-il déclaré, citant le désaccord sur l’accord nucléaire iranien.

« Il y a beaucoup de travail à faire entre le gouvernement israélien et la nouvelle administration américaine, en termes de traduction de ces intérêts partagés et du rapprochement des relations, sur les plans émotionnel et stratégique, en politiques communes. »

Etant donné que les objectifs réels de la politique extérieure de Trump sont inconnus, il est crucial que les Israéliens soient très attentifs à ce que lui et ses conseillers vont dire dans les prochaines semaines et les prochains mois.

« Nous, en Israël, nous devons écouter », a déclaré Meridor, qui a été ambassadeur entre 2006 et 2009. Les dirigeants israéliens qui se rendent au Bureau ovale arrivent habituellement avec une longue liste de sujets qu’ils veulent discuter, et les hôtes américains écoutent poliment et prennent des notes, a-t-il expliqué.

« Pour cette période, au début, nous devons vraiment écouter attentivement, pour voir ce que le prochain président veut faire pour l’Amérique, et voir de quelle manière Israël peut aider », a déclaré Meridor.

Dans ses premières interactions avec l’administration Trump, Israël ne devrait pas chercher de « gains à court terme » et des décisions précipitées, a-t-il poursuivi, en faisant référence à une possible demande d’annulation de l’accord nucléaire iranien ou d’un déménagement rapide de l’ambassade à Jérusalem.

« Nous devons voir à long terme, étudier les implications de chaque geste, a-t-il déclaré, et ne pas être pressés, ni encourager des décisions précipitées qui n’ont pas été attentivement envisagées auparavant. »

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