Le concert “d’unité” de Tel Aviv annulé après la colère due à l’absence de femmes
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Le concert “d’unité” de Tel Aviv annulé après la colère due à l’absence de femmes

L’Organisation sioniste mondiale et Radio Lev Hamedina ont retiré leur partenariat après la révélation de l’absence de femmes pour des raisons religieuses

Manifestation place Rabin, dans le centre de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Manifestation place Rabin, dans le centre de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Un concert public qui devait être organisé place Rabin à Tel Aviv quelques jours avant Yom Kippour a été annulé dimanche après le retrait de sponsors cruciaux en raison de l’absence de femmes au programme.

L’évènement « Rising up to Kippour », présenté comme « le meilleur des artistes israéliens pour commencer l’année avec des chansons pour l’âme », avait été autorisé par la municipalité mais n’a pas de partenariat, d’organisation ou de financement officiel, a annoncé Haaretz dimanche.

Mais l’Organisation sioniste mondiale et Radio Lev Hamedina, deux des soutiens principaux du spectacle du 9 octobre, se sont retirés de l’évènement suite à la publication de l’article, qui a révélé que le concert ne comprenait aucune femme sur sept artistes parce que l’un des financeurs était opposé aux femmes qui chantent devant un public mixte pour des raisons religieuses.

Parmi les sponsors de l’évènement, qui devait avoir lieu à l’approche du jeûne de Yom Kippour, qui aura lieu le 11 octobre, on retrouvait en plus de l’Organisation sioniste mondiale et de Radio Lev Hamedina, des radios locales comme Radius et Radio Tel Aviv, ainsi que la Vingtième chaîne et différentes organisations de soutien à l’unité laïc – religieux, dont la fondation Schottenstein.

Certains chanteurs qui devaient participer au spectacle ont également annulé leur présence ou déclaré qu’ils envisageraient de le faire. Le concert devait avoir pour thème des prières traditionnelles du Jour du Grand pardon.

A la place, selon les médias, les organisateurs ont annoncé que l’évènement présenterait des prières de supplication traditionnelles, ou selichot, sans aucun artiste.

Yom Kippour, le Jour du Grand pardon, est traditionnellement un moment de réconciliation entre les personnes, et le spectacle a pour thème l’unité et la compréhension entre tous les secteurs de la société israélienne.

L’exclusion des femmes des concerts pour satisfaire les sensibilités religieuses est un sujet controversé en Israël.

Le directeur et producteur musical de l’évènement, le chanteur compositeur israélien Assaf Amdursky, a déclaré que le choix des artistes n’était pas le sien, et que le caractère de l’évènement était fortement influencé pour son financeur juif religieux, dont le nom n’a pas été publié dans l’article.

Assaf Amdursky en concert à Tel Aviv, le 26 mai 2016. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Assaf Amdursky en concert à Tel Aviv, le 26 mai 2016. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Bien que je sois le directeur musical et le producteur musical pour la soirée, je ne suis pas celui qui a établi la liste des artistes, a-t-il déclaré. Je suis arrivé quand la liste des artistes était déjà prête. Je travaille avec ces conditions pour créer de la bonne musique. »

Amdursky, qui a déclaré qu’il était organisé à l’aide avec l’orientation et les restrictions de l’évènement, a expliqué que son financement venait d’un donateur religieux.

« Il a ses considérations, et je les respecte », a déclaré Amdursky, notant que le sponsor adhère à une interprétation stricte des codes juifs religieux qui interdisent à un homme d’écouter une femme chanter, mais veut aussi assister au spectacle.

La place Rabin, située devant la mairie, est un grand espace ouvert souvent utilisé pour des rassemblements et d’autres évènements.

Shiri Raveh, directrice des relations publiques du spectacle, a déclaré qu’il n’y avait aucune intention d’envoyer un message de discrimination, mais plutôt d’unité entre les personnes, et que l’évènement était politisé.

« C’est un rassemblement pour des chansons et l’unité pour Israël, a-t-elle déclaré. Les artistes participants ont été soigneusement sélectionnés pour le public, sans aucune tentative de soulever une discrimination particulière. L’évènement sera présenté par une femme. Ce n’est pas une affaire d’exclusion des femmes, mais simplement un choix musical pour le public. »

« Le but de cet évènement est le rapprochement, de donner un message de pardon, de compassion et d’unité dans la société israélienne. Nous regrettons que certains tentent d’introduire des sujets politiques dans un spectacle qui est totalement basé sur l’amour et l’unité. »

Selon Haaretz, une affiche du spectacle liste Korin Gideon comme présentatrice. Elle anime la version israélienne de Big Brother, mais a démenti tout lien avec l’évènement.

Korin Gideon, présentatrice de l'émission de télé-réalité "Big Brother", le 6 avril 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Korin Gideon, présentatrice de l’émission de télé-réalité « Big Brother », le 6 avril 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La municipalité de Tel Aviv a souligné dans un communiqué qu’elle ne faisait pas partie du concert et a critiqué la contradiction apparente entre l’appel au rapprochement et la négation d’une présence aux femmes.

« La municipalité ne prend pas part et ne coopère pas avec le rassemblement, compte tenu de l’exclusion des femmes qui existe, a déclaré la ville. Nous trouvons difficile de comprendre comment une assemblée qui prétend promouvoir un rapprochement est cohérente avec l’exclusion des femmes. Le public est assez sensible pour décider de prendre part ou non à un évènement qui interdit aux femmes de chanter. »

« Un évènement culturel qui exclut les femmes n’est pas légitime dans l’espace public en Israël, a déclaré Michael Gitzin, conseiller municipal. Il n’y a pas de perspective religieuse ou culturelle qui puisse légitimer un évènement comme celui-ci, et il est agaçant de voir des médias importants en Israël coopérer avec des institutions radicales qui ont pour idéologie de réduire les femmes au silence. »

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