Les finances du Vatican mises à mal par la pandémie
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Les finances du Vatican mises à mal par la pandémie

Le déficit budgétaire, déjà jugé critique avant la pandémie, devrait se creuser ; les revenus du Saint-Siège devraient baisser de 25 % à 45 % cette année

Une vue d'ensemble de la Place Saint-Pierre du Vatican déserte et de sa principale basilique le 6 avril 2020, après presque un mois de fermeture du Vatican aux touristes dans le cadre d'un confinement général pour limiter la propagation du COVID-19. (Photo par Andreas SOLARO / AFP)
Une vue d'ensemble de la Place Saint-Pierre du Vatican déserte et de sa principale basilique le 6 avril 2020, après presque un mois de fermeture du Vatican aux touristes dans le cadre d'un confinement général pour limiter la propagation du COVID-19. (Photo par Andreas SOLARO / AFP)

Le Vatican s’enfonce toujours plus dans le rouge, frappé par la pandémie du coronavirus qui le prive des revenus de ses célèbres musées et l’empêche d’organiser ses grandes collectes de dons.

« Nous abordons certainement des années difficiles », prédit Juan Antonio Guerrero Alves, qui dirige depuis janvier le Secrétariat pour l’Economie du Saint-Siège.

Le déficit annuel du Saint-Siège (les services du pape), oscille généralement entre 60 et 70 millions d’euros depuis quatre ans, précise-t-il.

Mais ce trou, déjà jugé critique avant la pandémie, devrait se creuser. Le père Guerrero Alves évoque en effet une hypothèse « optimiste » d’une baisse de 25% des revenus du Saint-Siège cette année, une autre « pessimiste » d’une chute de 45%.

Pour autant « le Vatican ne risque pas la faillite » et ne doit pas être comparé à « une entreprise » destinée aux profits, insiste le père jésuite espagnol sur le portail du Vatican.

Obligés de se serrer la ceinture, les services du Saint-Siège ainsi que le petit Etat du Vatican ont tenu à maintenir emploi et salaires de leurs 5 000 collaborateurs.

A une exception près : l’aumônier qui s’occupe des oeuvres de charité du pape, le cardinal Konrad Krajewski, avait invité début avril les 250 membres de la hiérarchie de la Curie romaine (gouvernement) à céder un mois de salaire pour aider ceux souffrant de la pandémie.

Ces dernières semaines, le souverain pontife a offert des appareils respiratoires à des hôpitaux d’Italie, de Syrie, d’Israël ou de Gaza, et versé 750 000 euros à un fonds d’urgence pour les pays pauvres.

Economies tous azimuts

Sont rayés en 2020 tous les événements programmés, les déplacements, les achats, les contrats provisoires, précise le père Augusto Zampini. L’Argentin choisi par le pape pour coordonner l’action du Vatican en temps de pandémie reconnaît l’utilisation temporaire de « fonds d’urgence ».

Certes, le Vatican dispose d’un grand patrimoine artistique et immobilier, mais les liquidités commencent à s’évaporer. Pour plusieurs raisons : la fermeture des Musées du Vatican, le report des collectes de dons, les ristournes consenties sur les loyers commerciaux, mais aussi l’inévitable chute de rentabilité des placements de la banque du Vatican.

Voici un mois, le cardinal allemand Reinhard Marx – coordinateur d’un groupe de six conseilleurs économiques du pape – évoquait déjà un « grand défi financier », en rappelant que le Saint-Siège « ne peut pas s’endetter ou lever des impôts comme un Etat ».

Manne tarie des Musées

Les Musées du Vatican annoncent leur prochaine réouverture (sur réservation, en portant un masque et avec contrôles de température), mais essentiellement pour des Romains en l’absence de touristes étrangers.

Les musées fermés le 8 mars dernier ont accueilli près de 7 millions de visiteurs en 2019. Sur une base de quelque 100 millions d’euros en billetterie, cela impliquerait un manque à gagner de 17 millions d’euros sur deux mois, n’incluant pas les revenus perdus des magasins et des visites guidées.

Le site catholique Acistampa calcule que les pertes totales liées au coronavirus du Saint-Siège et de l’Etat du Vatican pourraient déjà atteindre 25 millions d’euros.

Le Vatican avait proposé aux commerçants fermés à cause du confinement de baisser temporairement leurs loyers. Le pape les a en fait réduits de moitié, selon le quotidien Fatto Quotidiano.

Le Saint-Siège est propriétaire de quelque 3 000 biens immobiliers, 2 400 appartements et 600 commerces ou bureaux, un patrimoine évalué à près de 3 milliards d’euros par certains vaticanistes.

Dons en suspens

La collecte annuelle fin juin de dons versés au pape, le « Denier de Saint Pierre », a été reportée au 4 octobre. La grande quête destinée aux activités de charité et au fonctionnement des administrations avait atteint 71 millions d’euros en 2013, dernier chiffre officiel.

Le dirigeant du Secrétariat pour l’Economie se dit incapable d’évaluer cette future collecte ou encore la contribution des diocèses, eux-même touchés par la crise.

Le très secret Saint-Siège a publié pour la dernière fois ses comptes au titre de l’année 2015, affichant alors un déficit de 12,4 millions d’euros. Le Gouvernorat de l’Etat de la Cité Vatican, qui gère musées et commerces, dispose de comptes distincts qui arrivaient alors à un excédent d’environ 60 millions.

Le père Guerrero Alves souligne que les comptes du Saint-Siège sont en réalité « plus modestes que ceux d’une université américaine ».

Les revenus tournent autour de 270 millions d’euros par an en moyenne sur les quatre dernières années, pointe-t-il, venant des dons, loyers, investissements, mais aussi d’une contribution de l’Etat du Vatican majoritairement alimentée par les Musées. Les dépenses atteignent en moyenne 320 millions d’euros, dont 45 % de frais de personnel.

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