Une « politique de colonisation » dans le Negev selon le Musée juif de Munich
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Une « politique de colonisation » dans le Negev selon le Musée juif de Munich

L'institution a utilisé ce terme pour décrire le reboisement près de Beer Sheva, suscitant l'indignation ; une image "douloureuse, intolérable" selon le Fonds national juif

Des arbres dans le nord du Negev, le 12 décembre 2008 (Crédit : Anna Kaplan/ Flash90)
Des arbres dans le nord du Negev, le 12 décembre 2008 (Crédit : Anna Kaplan/ Flash90)

JTA — Suite à une controverse liée à Israël et qui aura entraîné la démission du directeur du musée juif de Berlin, c’est le musée juif de Munich qui se trouve désormais au cœur d’une polémique, accusé d’incitations à l’encontre de l’Etat juif.

Ces accusations concernent une exposition qui a ouvert ses portes au mois de mai, et qui qualifie les travaux de construction et d’aménagement paysager du Negev comme relevant d’une « politique de colonisation » – un terme souvent utilisé pour décrire les activités dans les territoires disputés en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Au musée, le terme a été utilisé pour décrire les activités aux abords de Beer Sheva, un territoire qui est reconnu à l’international comme partie intégrante de l’Etat d’Israël.

Le quotidien Israel Hayom a publié un article vendredi sur le sujet.

L’exposition note que « les effets violents de la politique de colonisation et de culture dans le Negev (Naqab en arabe) envers la population bédouine locale apparaissent de manière évidente dans la série de photos ‘Desert bloom’ de Fazal Sheikh (en 2011) ».

Le texte est accompagné de photos des forêts du Negev.

Cette exposition présentée au musée juif de Munich et intitulée « Dites Shibboleth ! » évoque « les évacuations forcées des villages bédouins ‘non reconnus’, et narre les politiques et les actions complexes entreprises pour déplacer les communautés locales pour lesquelles le désert était à la fois un foyer et une source de revenu à travers les générations ».

Le musée juif de Munich. (Crédit : Chumwa/Wikimedia Commons via JTA)

Ce qui, selon le texte, répond à « l’impératif israélien de ‘faire fleurir le désert’ et pour lequel le Fonds national juif aura détruit des villages bédouins, déraciné des arbres et rasé des jardins, nivelé la terre et taillé de longues incisions dans le sol. L’altération de la terre par le biais de la militarisation, de l’industrialisation, de la colonisation et du reboisement montre combien une frontière ‘naturelle’ peut être précisément contre-nature », dit encore le texte.

La direction du musée a défendu la formulation de son texte malgré les critiques du Fonds national juif (KKL-JNF), a précisé Israel Hayom.

Le mois dernier, le directeur du musée juif de Berlin avait présenté sa démission une semaine après que le musée avait partagé un lien, sur Twitter, prônant le droit au boycott d’Israël. Le musée de Berlin avait, auparavant, accueilli entre ses murs Judith Butler, une professeure antisioniste, ainsi que des représentants iraniens.

Comme le musée juif de Berlin, le musée de Munich n’est pas rattaché à la communauté juive mais aux autorités allemandes.

L’un des artistes liés à l’exposition, un citoyen israélien nommé Boaz Levin, né à Jérusalem, est présenté comme étant né en « Israel/Palestine ».

Jaffa Flohr, présidente du Fonds national juif allemand, a dénoncé le langage utilisé à l’exposition de Munich qu’elle a qualifié « d’intolérable », ajoutant qu’un « musée allemand soutient des attaques non-fondées contre le KKL-JNF, ce qui est plus douloureux encore quand ce musée se veut être un musée juif, un endroit respectable ».

Elle a vivement recommandé au musée de prendre ses distances avec l’exposition, qui a été de surcroît décrite comme « diffamatoire » par le KKL-JNF israélien.

Un Bédouin marche dans le village d’Umm Al-Hiran, dans le désert israélien du Negev, en 2015. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov, File)

Flohr a averti que le musée était en train de devenir « une arme d’incitation biaisée contre le JNF et contre l’Etat d’Israël ».

L’un des employés du musée, un non-Juif qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a déclaré à Israel Hayom que s’il avait favorisé l’exploration « des problèmes rencontrés par la population bédouine dans le Negev, la formulation utilisée dans cette exposition est agressive et utilise une imagerie antisémite populaire et commune parmi les Allemands qui ne connaissent pas nécessairement la réalité en Israël. Ce n’est pas une critique mais de l’incitation ».

Jointe par téléphone par l’agence de presse JTA, une porte-parole du musée juif de Munich a refusé de s’exprimer sur la controverse, ajoutant que le directeur serait amené à en parler ultérieurement.

Le musée n’avait pas répondu aux questions transmises via courriel au moment de la publication de cet article.

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