Les grandes banques étrangères toujours réticentes à travailler avec l’Iran
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Les grandes banques étrangères toujours réticentes à travailler avec l’Iran

Le président Rouhani estime que son pays a besoin de 30 à 50 milliards de dollars d'investissements étrangers par an

Le président iranien Hassan Rouhani pendant un rassemblement place Azadi [place de la Liberté] à Téhéran pour marquer le 37e anniversaire de la Révolution islamique, le 11 février 2016. (Crédit : AFP/Atta Kenare)
Le président iranien Hassan Rouhani pendant un rassemblement place Azadi [place de la Liberté] à Téhéran pour marquer le 37e anniversaire de la Révolution islamique, le 11 février 2016. (Crédit : AFP/Atta Kenare)

Neuf mois après l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire avec les grandes puissances et la levée d’une grande partie des sanctions internationales, les grandes banques étrangères, en particulier européennes, rechignent toujours à venir en Iran par peur de sanctions américaines.

« Pour l’instant, des petites banques européennes ont accepté de travailler avec nous », a déclaré à l’AFP Parviz Aghili, PDG de la banque privée Khavarmianeh (Middle East Bank), qui cite quatre banques italiennes, deux autrichiennes, trois suisses, trois allemandes et deux belges, sans révéler leurs noms. « Mais aucune banque étrangère moyenne ou grande n’a encore accepté de le faire », précise-t-il.

Parmi ces institutions il y a les banques autrichiennes Raiffeisen Bank et Erstebank, les Italiennes Mediobanka et Banco populare, les Allemandes EIH, KFW bank et AKA bank, les banques belges KBC et ING ainsi que la Turque Halk, selon un expert bancaire.

Elles « ont établi des relations de travail avec les banques iraniennes pour l’ouverture de lettres de crédit pour des montants assez faibles de 10, 20 ou 50 millions de dollars », a déclaré à l’AFP cet expert. « Mais elles n’ont pas les ressources pour financer de grands projets comme le contrat pour l’achat des 118 avions Airbus et une centaine de Boeing ou les projets de développement pétrolier ou gazier », ajoute-t-il.

Le Premier ministre italien Matteo Renzi (à droite) et le président iranien Hassan Rouhani pendant une conférence de presse commune au Capitole, à Rome, le 25 janvier 2016. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)
Le Premier ministre italien Matteo Renzi (à droite) et le président iranien Hassan Rouhani pendant une conférence de presse commune au Capitole, à Rome, le 25 janvier 2016. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)

Le président Hassan Rouhani estime que pour moderniser son outil industriel et relancer l’économie, son pays a besoin de 30 à 50 milliards de dollars d’investissements étrangers par an.

Mais sans les grandes institutions bancaires internationales, il est impossible d’atteindre cet objectif.

L’obstacle américain

« Le principal obstacle pour les relations bancaires est le Trésor américain qui fait pression sur tous les pays, empêche les relations bancaires et la levée des sanctions », a récemment déclaré Allaeddine Boroujerdi, le président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement iranien.

L’Office pour le contrôle des avoirs étrangers (OFAC) qui dépend du Trésor américain n’a toujours pas donné son autorisation pour la vente d’Airbus et de Boeing à l’Iran.

« Les banques doivent prendre en considération les sociétés et les personnes impliquées dans toute transaction en raison des sanctions des Nations unies, des Etats-Unis et de l’Union européenne toujours en vigueur », a déclaré à l’AFP Henry Smith, analyste de l’Iran auprès du cabinet de conseil Control Risks.

Les responsables iraniens dénoncent régulièrement l’attitude des Américains qui ont levé les sanctions « sur le papier », mais pas dans les faits.

Les Etats-Unis ont maintenu des sanctions importantes contre l’Iran liées à son programme balistique, à son soutien présumé « au terrorisme », à ses violations des droits de l’Homme.

Près de 180 individus et sociétés iraniennes sont toujours sur une « liste noire » américaine, dont les Gardiens de la révolution, les ministères de la Défense, de la Culture, des Renseignements, les industries de défense, les compagnies aériennes Mahan Air et Caspian Air, ou encore les banques Saderat, Ansar ou Mehr.

‘Iranophobie’

Les Américains « alimentent une sorte d’iranophobie pour que dans les faits personne n’échange avec l’Iran », déclarait récemment Amir Hossein Zamaninia, le vice-ministre du Pétrole chargé des affaires internationales.

Ségolène Royal (Crédit : AFP)
Ségolène Royal (Crédit : AFP)

Cette situation provoque aussi la colère des Européens. « Les banques françaises qui sont liées aux banques américaines n’osent pas intervenir en Iran. C’est tout à fait inadmissible », a déclaré fin août la ministre française de l’Environnement, Ségolène Royal en visite à Téhéran.

« La réticence des banques étrangères à faire des affaires en Iran a clairement renforcé les groupes qui, en Iran, étaient au mieux sceptiques à propos de l’accord nucléaire », a ajouté Smith.

En effet, les conservateurs ne cessent de critiquer l’accord nucléaire et les « concessions » faites par le gouvernement du président Rouhani sans garanties sur la levée des sanctions.

« Il y a deux problèmes. Tout d’abord, il faut moderniser le système bancaire pour nous adapter aux nouvelles règles bancaires internationales qui ont beaucoup évolué », a souligné Aghili.

Les banques iraniennes, qui n’ont pas eu de liens avec les banques internationales pendant une quinzaine d’années, doivent appliquer les nouvelles règles adoptées par la communauté internationale pour lutter contre le blanchiment d’argent (LBC) et le financement du terrorisme (FT), selon Aghili.

« Ensuite, il y a l’iranophobie. L’Iran est toujours présenté comme le mouton noir, alors que cela ne correspond pas à la réalité. Pour que les grandes banques viennent, il faut que ces deux problèmes soient réglés, a-t-il ajouté. Cela prendra un an ou deux au moins ».

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