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Les groupes religieux et pro-implantation en ordre de marche à Jérusalem

Un rassemblement en faveur de la réforme judiciaire gouvernementale est prévu jeudi ; "la minorité a imposé ses positionnements à la majorité", déplore Avichay Buaron, du Likud

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Des Israéliens de droite lors d'un rassemblement en soutien à la réforme du système judiciaire israélien avancé par le gouvernement devant la résidence du président à Jérusalem, le 3 avril 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)
Des Israéliens de droite lors d'un rassemblement en soutien à la réforme du système judiciaire israélien avancé par le gouvernement devant la résidence du président à Jérusalem, le 3 avril 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Les partisans de la coalition et ceux de la réforme gouvernementale du système judiciaire en Israël se préparent à une manifestation massive en faveur du projet de refonte judiciaire controversé, une manifestation qui aura lieu jeudi soir à Jérusalem. Ils espèrent qu’elle surpassera en nombre et en ampleur les nombreux mouvements de protestation anti-réforme qui frappent le pays depuis quatre mois.

Ce sont des groupes et des personnalités religieuses et pro-implantations qui sont à l’avant-garde de cette campagne de soutien à la coalition. Deux fondateurs d’implantations en Cisjordanie – l’un d’entre eux est un député du Likud – figurent parmi les organisateurs de ce rassemblement.

Certains des membres les plus éminents du cabinet prendront la parole lors de cet événement. Parmi les intervenants, l’architecte du plan de refonte judiciaire, le ministre de la Justice Yariv Levin, le ministre des Finances Bezalel Smotrich de HaTzionout HaDatit et le ministre de l’Énergie et des Infrastructures Israel Katz. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne devrait pas y participer.

« J’ai besoin de vous », a dit Levin dans une courte vidéo qui a circulé mercredi sur les réseaux sociaux. « Nous avons besoin que tout le monde vienne à Jérusalem demain pour garantir que nos voix se feront clairement entendre en faveur de la réforme, en faveur d’une réelle démocratie, en faveur de la justice ».

Les organisateurs du rassemblement présentent ce regroupement qu’ils espèrent massif comme une riposte, de la part des partisans du gouvernement actuel, qui viendra contrer le mouvement de protestation d’ampleur qui s’est soulevé pour s’opposer au plan de réforme du système israélien très controversé. Dans le cadre de ces manifestations énormes contre la refonte prévue par la coalition au pouvoir, le refus d’un nombre croissant de réservistes de faire leur service, des grèves et des troubles civils – qui, à terme, avaient amené Netanyahu à geler la législation pour permettre l’ouverture de négociations avec l’opposition sur un compromis potentiel.

Si cette refonte devait être pleinement mise en œuvre, elle offrirait aux coalitions au pouvoir le contrôle presque total des nominations des juges au sein de l’État juif et elle réduirait de manière drastique les capacités de la Haute-cour à invalider des projets de loi.

Des Israéliens de droite lors d’un rassemblement en soutien à la réforme du système judiciaire du gouvernement, à Jérusalem, le 27 mars 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Les partisans de la réforme disent que ces changements sont nécessaires pour brider une Cour qui, selon eux, est excessivement activiste. De leur côté, les opposants affirment que ces réformes radicales réduiront à néant les contre-pouvoirs du système de gouvernement, abîmant et faisant potentiellement disparaître sa nature démocratique.

Lors de cet événement intitulé « la Marche du Million », qui se tiendra sous le slogan « On ne nous volera pas les élections », les organisateurs espèrent réunir plus de 250 000 manifestants et accueillir un demi-million de personnes pendant la totalité du rassemblement.

Le mouvement favorable à la réforme du système judiciaire est dirigé par la nouvelle organisation Tekuma 23, qui a été établie par un député du Likud, Avichay Buaron, résident religieux de l’implantation d’Amichai en Cisjordanie, et par Beraleh Krombie, activiste pro-implantation, conseiller en communication stratégique et Juif hassidique du mouvement ‘Habad.

Buaron et Krombie ont créé Tekuma 23 dans le sillage des manifestations contre la réforme du système judiciaire pour organiser le soutien au projet.

Le groupe avait été l’un des principaux organisateurs à l’origine d’un rassemblement de droite massif qui avait été organisé le 27 mars. De nombreux Israéliens religieux et du mouvement pro-implantation y avaient assisté quelques heures avant que Netanyahu n’annonce le gel du processus d’adoption des lois au parlement.

Buaron est depuis longtemps un activiste du mouvement pro-implantation et il avait été une personnalité de premier plan dans la lutte contre l’évacuation et la démolition de l’avant-poste illégal d’Amona. Il avait aidé à établir l’implantation d’Amichai, qui avait été créée pour les évacués d’Amona.

Il avait fondé le groupe Lavie, à l’origine d’une requête qui avait été déposée devant la Haute-cour qui dénonçait l’accord gazier maritime et frontalier qui avait été signé avec le Liban par le gouvernement précédent.

L’ancien porte-parole de l’implantation illégale d’Amona et député actuel du Likud Avichay Buaron fait une déclaration aux médias à Amona, en Cisjordanie, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Si Krombie habite aujourd’hui à Jérusalem, il avait aidé à établir l’implantation de Sa-Nur, aujourd’hui détruite, dans le nord de la Cisjordanie. Il avait travaillé sur des campagnes électorales pour le parti HaBayit HaYehudi de droite et, plus récemment, pour la formation ultra-nationaliste Otzma Yehudit.

Et plusieurs autres organisations très impliquées dans les préparations du rassemblement sont, elles aussi, connues pour être religieuses ou liées au mouvement pro-implantation.

Le Mouvement de souveraineté de Nadia Matar, activiste pro-implantation qui prône l’annexion de la Cisjordanie et l’élargissement d’Israël à ses frontières bibliques, a fait une promotion bruyante de « la marche du million ».

L’organisation nationaliste religieuse Chotam, favorable à renforcement du contrôle orthodoxe sur la vie religieuse en Israël, est également impliquée dans ce rassemblement.

Selon les organisateurs, des milliers de bus privés devraient quitter des dizaines de localités du pays pour se rendre jeudi à Jérusalem.

Les participants devront régler au minimum de dix shekels pour bénéficier d’une place dans un bus, mais beaucoup d’argent a été mis à leur disposition par le biais de dons réalisés lors d’une campagne de crowdfunding.

Des Israéliens de droite assistant à un rassemblement en faveur de la réforme du système judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 30 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

La principale campagne de financement participatif pour ce rassemblement a permis de réunir une somme supérieure à un million de shekels – en majorité par le biais de petits dons. L’objectif poursuivi par les initiateurs de ce crowdfunding est d’atteindre un total d’un million et demi de shekels.

Une campagne distincte visant les donateurs étrangers a récolté 38 000 shekels jusqu’à présent, avec certains donateurs qui ont pu verser des montants atteignant des milliers de dollars. Un donateur anonyme a notamment offert 10 000 dollars par le biais de « la communauté du Likud de Detroit », selon le site de crowdfunding où l’initiative a été lancée.

Les organisateurs n’ont pas voulu dire s’il y avait eu d’autres sources de financement, faisant remarquer que les organisations participantes apportaient leurs propres contributions.

S’exprimant auprès du Times of Israel, Buaron a affirmé que « la marche des millions » était nécessaire pour faire la démonstration du « large soutien » qui, selon lui, est apporté au projet de réforme judiciaire du gouvernement.

Comme de nombreuses personnalités de droite, il a affirmé que les libéraux avaient pris le contrôle de la Haute cour même si le bloc de droite et religieux avait été principalement au pouvoir au cours des deux dernières décennies, ajoutant que ce contrôle exercé par le système judiciaire avait contré la volonté de la majorité dans de nombreux domaines politiques.

« Les citoyens votent pour une Knesset, pour un gouvernement de droite, juif et traditionnel – mais la Haute cour entre en confrontation directe avec le gouvernement parce qu’elle réfléchit comme la gauche israélienne, tout simplement », a commenté Buaron.

« La minorité a imposé ses positionnements et sa politique à la majorité et la majorité est en train de dire aujourd’hui ‘Stop, ça ne peut pas continuer ainsi’. Il est impossible de vivre dans une situation où la Knesset, nationaliste, n’est pas en mesure de répondre aux demandes de son électorat, où elle ne peut pas mettre en œuvre un agenda juif, traditionnel et nationaliste ».

Des sondages récents ont révélé toutefois que la réforme, sous sa forme actuelle, est largement impopulaire.

Des dizaines de milliers d’Israéliens manifestant contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, en Israël, le 15 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Buaron a cité en démonstration la trop grande puissance de la Haute-cour son rejet, au début de la semaine, la décision prise par Yoav Gallant, le ministre de la Défense, d’interdire aux familles palestiniennes ayant perdu un proche d’entrer au sein de l’État juif pour assister à un service de Yom HaZikaron réunissant Israéliens et Palestiniens. Il a affirmé que le problème était une question de « valeurs » et qu’en renversant la décision prise par Gallant, « la Cour a écrasé la volonté de la majorité » à travers « le contrôle du système judiciaire par la minorité ».

Les juges avaient déclaré qu’ils avaient, dans le passé, rejeté deux décisions similaires, notamment une qui avait été prise par l’ex-ministre de la Défense Avigdor Liberman – qui est aujourd’hui un opposant convaincu à la réforme judiciaire – en statuant que la décision d’interdire la venue des Palestiniens lors de cet événement de Yom HaZikaron n’avait pas pris en compte toutes les considérations nécessaires et qu’elle était « trop déraisonnable » pour justifier l’intervention des magistrats.

« Le tribunal agit comme s’il était à la fois l’exécutif, le législatif et le judiciaire. La loi détermine comment il nous est permis d’agir mais ce sont nos valeurs qui déterminent dans quelle direction la volonté nationale voudra orienter le pays et les juges ne devraient avoir aucune influence sur ce sujet », a dit Buaron.

Il a rejeté l’idée que les groupes religieux et pro-implantation avaient pris la tête du mouvement de protestation en faveur de la refonte, soulignant l’implication d’un groupe de droite non religieux, Im Tirtzu, et de l’organisation-cadre Mateh 64, qui réunit des mouvements de droite qui défendent le projet de réforme de la justice mais qui ne sont pas nécessairement religieux et qui n’entretiennent pas non plus, dans leur totalité, des liens avec le mouvement pro-implantation.

« J’ai vu beaucoup d’activistes du Likud, dans tout le pays, s’activer dans le mouvement pro-réforme et ce dernier est devenu dorénavant très divers, avec un grand nombre de mizrahis et de traditionnalistes religieux », a insisté Buaron, qui est lui-même né dans une famille d’immigrants libyens.

Mais Shamai Glick, à la tête d’une petite organisation de droite qui s’appelle Betzalmo et qui dit être « une organisation des droits de l’Homme qui fonctionne dans un esprit juif », est une autre personnalité déterminante dans la Marche du million.

Des Israéliens de droite lors d’un rassemblement en soutien au plan de réforme judiciaire à Jérusalem, le 3 avril 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Comme Buaron, Glick a déploré ce qui est, à ses yeux, l’incapacité du bloc religieux de droite à traduire sa domination électorale en politique, affirmant que le plan de refonte du système judiciaire, mis au point pour changer cette situation, est dorénavant en danger en raison de l’influence disproportionnée de la minorité électorale.

« La droite s’est réveillée en retard dans cette lutte sur la réforme judiciaire parce que les Israéliens de droite ont vu qu’il y avait 64 députés [ce qui forme la majorité à la Knesset, forte de 120 membres] et qu’ils n’ont pas pensé qu’il faudrait manifester dans la mesure où leur volonté serait facilement mise en œuvre à la Knesset », a expliqué Glick.

La mobilisation hebdomadaire massive des opposants à la refonte judiciaire a entraîné un climat de large opposition au programme du gouvernement – et les soutiens du bloc de droite, d’extrême-droite et religieux cherchent maintenant à changer les choses en initiant leur propre mouvement massif, a-t-il continué.

« Si nous pouvons rassembler un nombre déterminant d’Israéliens lors du rassemblement de jeudi, nous pourrons montrer que la majorité du pays est favorable à la réforme judiciaire », a affirmé Glick.

Contrairement à Buaron, Glick a reconnu que le moteur du mouvement pro-refonte émanait des communautés religieuse et pro-implantation et que la plus grande partie des manifestants, lors d’un regroupement organisé le 27 mars, étaient des Israéliens religieux ou qui vivaient dans les implantations de Cisjordanie.

« Il est évident que les communautés pro-implantation et religieuses sont plus motivées au niveau idéologique ; elles sont élevées, éduquées dans cet état d’esprit », a commenté Glick, qui a lui-même grandi dans une communauté ultra-orthodoxe.

La droite marche vers l’avant-poste d’Evyatar, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, pendant Pessah, le 10 avril 2023. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Il a aussi expliqué qu’il était matériellement plus dur de mobiliser, pour le mouvement de protestation, les secteurs socio-économiques défavorisés de la société israélienne, des secteurs qui comprennent une part non-négligeable de l’électorat du Likud.

Glick a indiqué que poser un congé au travail était beaucoup plus difficile pour la classe ouvrière et pour la communauté mizrahie que pour les travailleurs appartenant à des secteurs plus flexibles de la société et que dans la mesure où une grande partie de cet électorat vit dans la périphérie géographique du nord et du sud d’Israël, faire le déplacement jusqu’à Jérusalem était plus difficile que de venir depuis la Cisjordanie.

Il a aussi fait remarquer que les implantations étaient souvent au cœur des jugements de la Haute-cour – avec des décisions prises contre les avants-postes illégaux et d’autres activités hors-la-loi en Cisjordanie – et que le mouvement pro-implantation dans son ensemble avait plus d’intérêt que d’autres groupes à soutenir la réforme judiciaire.

Une vidéo de campagne diffusée par Tekuma 23, au début de la semaine, mettait spécifiquement en exergue les jugements de la Haute-cour qui ordonnaient la démolition ou l’évacuation des implantations illégales.

« Nous vivions au paradis. Il y avait 200 enfants dans l’implantation, des crèches, des maternelles, un mikvé (bain rituel), des synagogues mais à un moment, les organisations Peace Now et Yesh Din sont intervenues et elles ont déposé des requêtes devant la Haute cour de Justice réclamant l’évacuation de l’implantation en affirmant que certaines des parcelles sur lesquelles elle était construite étaient des terres privées, toutes sortes de choses comme ça », déplore dans la vidéo Itai Harel, ancien résident de l’implantation illégal de Migron qui a été évacuée depuis.

Migron avait été, en effet, construite sur des terres palestiniennes privées et la Haute-cour avait ordonné l’évacuation et la démolition de l’implantation en 2012.

« Il est temps de mettre un terme aux violences de la Haute cour de manière à ce que pour une fois, un gouvernement de droite soit réellement en mesure de gouverner », ajoutent Harel et d’autres résidents israéliens de Cisjordanie dans le clip de Tekuma 23. Ils exhortent les Israéliens à venir en masse jeudi.

Tekuma a aussi relayé un appel lancé par des rabbins du mouvement sioniste religieux de premier plan à venir au rassemblement, et l’organisation a salué un appel similaire lancé par les responsables d’académies prémilitaires religieuses.

Glick a affirmé, pour sa part, que le public mizrahi issu de la classe ouvrière s’impliquait davantage dans le mouvement pro-réforme du système judiciaire, ajoutant que des dizaines de bus viendront des secteurs plus ruraux du pays, dans le Neguev et en Galilée, amenant des milliers de manifestants à Jérusalem.

Des initiatives ont aussi été prises pour mobiliser les ultra-orthodoxes, mais Glick déclare que la plus grande partie des membres de la communauté ne devrait pas venir en grand nombre au regroupement dans la mesure où les rabbins n’ont pas approuvé et encouragé officiellement la marche.

Toutefois, certains membres de la dite « communauté ultra-orthodoxe moderne » y participeront probablement, a continué Glick.

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