Les habitants partis, le démantèlement d’Amona commence
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Les habitants partis, le démantèlement d’Amona commence

Les camions du ministère de la Défense s'affairent dans l’avant-poste illégal quelques jours après son évacuation. L’état estime que l’opération sera terminée d’ici ce week-end

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le démantèlement de l’avant-poste illégal d’Amona, en Cisjordanie, a commencé. Dans la matinée de lundi, les camions du ministère de la Défense, transportant des mobil-homes, descendaient de la colline qui abritait avant son évacuation la communauté d’Amona.

La semaine dernière, les forces de l’ordre ont appliqué un jugement de 2014 la Haute cour de justice qui affirmait qu’une partie des terres où s’était établie la communauté appartenait à des Palestiniens et les habitants de l’avant-poste ont été évacués de ces habitations.

Le ministère de la Défense a commencé par démolir les infrastructures chargées de livrer l’eau et l’électricité ainsi que par charger les plus petites habitations sur des camions, a indiqué un responsable du ministère.

« Tout ce que nous pouvons charger sur un poids lourd, nous le chargeons et nous l’emmenons”, a déclaré ce responsable. « Et ce que nous ne pouvons pas prendre, nous le démonterons ».

Le ministère de la Défense démantèle l'avant-poste illégal d'Amona dans le centre de la Cisjordanie, le 6 février 2017 (Autorisation/Amona council)
Le ministère de la Défense démantèle l’avant-poste illégal d’Amona dans le centre de la Cisjordanie, le 6 février 2017 (Autorisation/Amona council)

La colline devrait être totalement dégagée d’ici la fin de la semaine, a ajouté le responsable.

Des photos aériennes de l’opération de démantèlement, fournies par d’anciens habitants d’Amona, montrent des remorques hissées sur des camions et des bulldozers nettoyant les débris.

Mercredi et jeudi derniers, des milliers de policiers s’étaient rendus dans l’avant-poste pour évacuer les 42 familles et les centaines de manifestants qui s’étaient barricadés au sein de leurs maisons et à l’intérieur d’une synagogue là-bas.

Ce processus a été ardu et parfois violent, les manifestants ayant scellé l’entrée des habitations et s’étant même enchaînés dans leurs domiciles. Des affrontements ont eu lieu entre les protestataires et la police lorsque les agents des forces de l’ordre sont entrés dans l’avant-poste. Des violences ont également éclaté lors de l’évacuation de la synagogue.

Evacuation de l'avant-poste illégal d'Amona, au nord-est de Ramallah, le 1er février 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
Evacuation de l’avant-poste illégal d’Amona, au nord-est de Ramallah, le 1er février 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Au total, 60 personnes, en majorité des policiers, ont été blessées mercredi et jeudi. Un agent de police a été brûlé après qu’un liquide corrosif lui a été projeté au visage, un autre a eu l’épaule démise et une policière a eu la jambe cassée, selon les autorités.

Les habitants évacués d’Amona se sont temporairement installés dans l’implantation voisine d’Ofra.

La majorité des familles ont été accueillies dans les chambres d’hôtes généralement utilisées par les groupes de jeunes et les élèves des écoles qui visitent l’implantation pendant le week-end. La plupart d’entre elles devraient y rester au moins plusieurs semaines encore.

L'ancien habitant de l'avant-poste d'Amona Avraham Rossana avec son bébé de trois mois sur le campus du séminaire d'Ofra, le 2 février 2017 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)
L’ancien habitant de l’avant-poste d’Amona Avraham Rossana avec son bébé de trois mois sur le campus du séminaire d’Ofra, le 2 février 2017 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)

Selon le gestionnaire du site, Amichai Rubin, les 300 personnes approximativement pourront rester « aussi longtemps qu’elles en auront besoin, sans aucune limite », avec l’aide du Conseil régional de Binyamin, qui a pris à sa charge les frais de logement et d’alimentation.

Après la décision prise par la Cour de procéder à la démolition de l’avant-poste le 25 décembre au plus tard, le gouvernement avait tenté d’éviter une évacuation violente par un accord qui aurait permis à un grand nombre de résidents d’Amona de s’installer sur une parcelle de terrain adjacente, sur la colline.

Mais mercredi, l’accord a été infirmé par la Haute cour de Justice, le groupe d’aide juridique Yesh Din, à gauche de l’échiquier politique, ayant démontré que la terre qui avait été proposée était également la propriété privée de Palestiniens.

Un porte-parole de Yesh Din a fait savoir qu’il ignorait si – et quand – les Palestiniens auraient le droit d’accéder à leur terre.

Mariam Hammad, une femme palestinienne de Silouad, proche d'Amona, désigne une parcelle de terre qui appartenait selon elle à sa famille, mais qui a été saisie par les Israéliens pour construire l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, en  novembre 2016.  (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Mariam Hammad, une femme palestinienne de Silouad, proche d’Amona, désigne une parcelle de terre qui appartenait selon elle à sa famille, mais qui a été saisie par les Israéliens pour construire l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, en novembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

« Nous devons d’abord attendre l’évacuation. Puis, il faudra voir ce que fait l’armée, si l’armée déclare que l’endroit est devenue une zone militaire fermée ou non », a expliqué le porte-parole.

« Nous ne pourrons qu’attendre que les travaux de démantèlement et de nettoyage soient terminés », a-t-il ajouté.

Au début de la semaine dernière, en amont de l’évacuation, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman avaient annoncé que la construction de 3 000 nouvelles unités de logement avait été approuvée dans les implantations de Cisjordanie.

Et, dans la soirée de mercredi, Netanyahu avait indiqué qu’il a ordonné la création d’une nouvelle implantation en remplacement d’Amona. Il s’agira de la première communauté israélienne officielle en Cisjordanie depuis environ 25 ans.

Les habitants évacués d’Amona ont fait savoir qu’ils acceptaient l’offre de Netanyahu mais qu’ils continuaient à douter de la réalisation de la promesse du Premier ministre.

« Il a déjà fait des promesses auparavant et il a été incapable de les tenir », a expliqué Tamar Nizri, ancienne habitante d’Amona, au Times of Israel.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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