Les implantations « non-illégales », planche de salut jetée par Trump à Netanyahu
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Analyse

Les implantations « non-illégales », planche de salut jetée par Trump à Netanyahu

L'ex-négociateur pour la paix au Moyen-Orient clame que l'initiative vise à "démanteler les éléments au cœur" de la tentative de réaliser une solution à deux Etats

Eric Cortellessa

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d'Israël de Jérusalem, le 23 mai 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d'Israël de Jérusalem, le 23 mai 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

WASHINGTON — La déclaration faite lundi par les Etats-Unis, qui ont annoncé que les implantations ne contrevenaient pas à la loi internationale – renversant des décennies de politique étrangère américaine – a été, selon les négociateurs pour la paix au Moyen-Orient, la dernière initiative logiquement prise dans le cadre des efforts livrés par l’administration Trump pour restructurer les bases sur lesquelles se dérouleront les négociations de paix israélo-palestiniennes.

Des décisions politiques antérieures avaient eu un effet similaire : depuis la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël par Donald Trump jusqu’au transfert de l’ambassade américaine depuis Tel Aviv dans la ville sainte, en passant par le retrait des fonds alloués par les Etats-Unis à l’agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens et par les tentatives de redéfinition de l’éligibilité au statut de réfugié.

« L’administration démantèle les éléments essentiels qui ont constitué l’approche traditionnelle de la solution à deux Etats », commente Aaron David Miller, vétéran du département d’Etat qui a travaillé pour des présidents républicains et démocrates.

Cette dernière initiative « entre dans le contexte plus large de ce en quoi l’administration actuelle s’est impliquée », note-t-il.

Mais le moment choisi pour l’annonce – quarante-huit heures avant que ne s’achève la période allouée à Benny Gantz, chef de Kakhol lavan, pour former un gouvernement, faute de quoi un nouveau scrutin se profilerait à l’horizon en Israël – rajoute une autre dimension.

Les propos américains, au moins en partie, semblent avoir émané du désir de renforcer le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui affronte actuellement l’une des batailles les plus dures de son existence.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, à Washington, le 25 mars 2019. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

« J’ai tendance à penser que cette déclaration était prévue depuis un petit moment et que Netanyahu voulait pouvoir s’en attribuer le crédit », explique David Makovsky, envoyé spécial dans les négociations israélo-palestiniennes sous l’administration Obama.

« Il considère cette déclaration comme une sorte de dossier non-clos pendant son mandat… Je pense que c’est lié à ça et je pense que Netanyahu et l’ambassadeur David Friedman ont pensé la même chose. »

Friedman, l’envoyé américain en Israël, est un soutien de longue date, financier notamment, des implantations de Cisjordanie.

Et en effet, un haut-responsable israélien a confié sous couvert d’anonymat aux journalistes que Netanyahu avait poussé à un tel changement politique « depuis un certain nombre de mois ». La question avait été soulevée en collaboration avec le Conseil de la sécurité nationale israélien et le Département du droit international au sein du bureau du procureur-général, a-t-il ajouté.

« Cette politique reflète une vérité historique – celle que les Juifs ne sont pas des colons étrangers en Judée et Samarie », a pour sa part déclaré Netanyahu en désignant la Cisjordanie sous son nom biblique.

Cette initiative a connu son apogée lorsque le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a répudié, lors d’une conférence de presse qui a eu lieu lundi, un avis juridique émis par le Département d’Etat, en 1978, qui clamait que les implantations civiles dans les territoires occupés étaient « en contradiction avec le droit international ».

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en conférence au département d’Etat à Washington DC, le 18 novembre 2019. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

L’administration Trump considère cet avis juridique – la base de l’opposition américaine de longue haleine à l’élargissement des entreprises d’implantations – comme non-avenu et estime que toutes les questions juridiques à ce sujet devront être exclusivement prises en charge par les tribunaux israéliens, a noté Pompeo.

Cette décision fait partie d’un certain nombre d’efforts qui ont affaibli les initiatives palestiniennes visant à obtenir leur Etat.

Et son effet, explique Miller au Times of Israel, sera d’envoyer le message à Israël que davantage d’implantations pourront être construites en Cisjordanie – ces terres considérées par les Palestiniens comme devant accueillir leur futur Etat.

« Là, ils donnent leur feu vert et ils valident – d’une manière péremptoire qui n’était pas nécessaire – la principale transgression du côté israélien qui nuit de manière déterminante aux chances de conclusion d’un accord de paix », dit-il.

« Je suppose que la politique intérieure israélienne entre dans ce calcul et cette planche de salut envoyée à Netanyahu, quelques jours avant que Gantz ne doive rendre son mandat concernant la formation d’une majorité, pourrait bien ne pas être innocente », continue-t-il.

Makovsky déclare vouloir que la Maison Blanche émette un communiqué établissant clairement qu’elle ne fermera pas les yeux sur l’expansion des implantations.

« J’espère que la Maison Blanche va établir de manière claire que ce n’est pas un appel à commencer à construire partout des implantations et à rendre la solution à deux Etats impossible », dit-il au Times of Israel.

Construction dans l’implantation d’Ariel, le 17 janvier 2014. (Flash 90)

Les groupes juifs américains progressistes ont accusé, pour leur part, l’administration Trump d’utiliser la politique étrangère américaine pour venir en aide politiquement à Netanyahu, tout en renversant les intérêts des Etats-Unis dans ce processus.

« Alors qu’elle vient au moment où le Premier ministre Benjamin Netanyahu lutte désespérément pour sa survie politique et qu’il risque une inculpation imminente pour corruption, cette annonce ne peut être considérée que comme une tentative de dernière minute de renforcer l’avenir personnel du Premier ministre », a commenté Jeremy Ben-Ami, à la tête du groupe sioniste libéral J-Street.

« Le président et ses conseillers donnent carte blanche au gouvernement israélien pour étendre les implantations, enraciner l’occupation et avancer vers l’annexion officielle de la Cisjordanie », a-t-il ajouté. « En méprisant des décennies de politique américaine bipartisane et en ne tenant pas compte du droit international, d’une manière flagrante, ils piétinent les droits des Palestiniens et ils aident la droite israélienne à détruire l’avenir d’Israël en tant qu’Etat démocratique pour le peuple juif ».

Les chefs d’implantations et les politiciens de droite, pour leur part, ont réclamé l’annexion de la Cisjordanie ou, tout du moins, l’application de la loi israélienne dans les implantations – une initiative que Netanyahu avait juré de mener à bien dans ses deux campagnes électorales, cette année.

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