Les ingénieurs utilisent le pire de Bluetooth pour créer la nouvelle app CoVid
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Les ingénieurs utilisent le pire de Bluetooth pour créer la nouvelle app CoVid

Un aperçu des coulisses de la nouvelle application israélienne, téléchargée par plus d'un million de gens, qui traque le virus mais empêche le gouvernement d'accéder aux téléphones

Image illustrative d'une application de traçage du coronavirus (iStock)
Image illustrative d'une application de traçage du coronavirus (iStock)

En exploitant le plus gros inconvénient de Bluetooth à leur avantage, les programmeurs israéliens affirment avoir créé une application de traçage par l’État du coronavirus qui préserve nos téléphones, à l’abri du gouvernement.

Les citoyens israéliens sont confrontés à une forte pression de l’État, qui les pousse à télécharger une version révisée de l’application HaMagen qui suit leurs mouvements et les avertis lorsqu’ils ont été exposés au coronavirus.

Au cours des deux semaines qui ont suivi son lancement – en hébreu, arabe, anglais, russe et amharique – plus d’un million de personnes l’ont téléchargée.

Les créateurs de l’application affirment avoir choisi ce modèle parce qu’ils étaient à la fois inspirés et effrayés par le suivi téléphonique dans des pays comme la Chine.

« La conception de notre code ne permet pas au gouvernement d’obtenir la moindre information sur l’utilisateur, sauf si l’utilisateur donne son autorisation expresse », a déclaré Eyal Ronen, professeur adjoint en sciences de l’informatique à l’université de Tel Aviv.

« Les États asiatiques, notamment la Chine, sont parvenus à lutter avec succès contre le coronavirus, mais elles l’ont fait avec des moyens de traçage inacceptables dans les pays occidentaux », a-t-il ajouté. « Nous recherchions cette efficacité mais dans le respect de la vie privée. »

L’application pour smartphone permettant de traquer la propagation de l’infection, qui détermine qui a été en contact avec des porteurs du coronavirus. Les concepteurs de la nouvelle application israélienne ont rejeté la technologie de partage des données afin de créer une application qui, selon eux, respecte la vie privée. (iStock)

Ronen et son associé le professeur Benny Pinkas, chef du centre de recherche cybernétique de l’université Bar Ilan, ont élaboré le schéma de l’application qui définit le protocole de confidentialité, et dans un souci de transparence, l’ont publié en ligne pour que tout le monde puisse le voir.

Des membres du gouvernement ont laissé entendre que si un grand nombre d’Israéliens téléchargent l’application, le très controversé suivi téléphonique par l’agence de renseignement Shin Bet sera suspendu. Ronen a dit qu’il s’agissait de l’un de ses grands espoirs.

Capture d’écran de la version anglaise de la nouvelle application HaMagen.

Ronen et Pinkas ont déclaré au Times of Israël qu’ils avaient développé un système de messages Bluetooth envoyés entre téléphones, qui peut être utilisé pour générer des alertes de quarantaine le cas échéant – mais sans que le gouvernement n’ait accès aux données personnelles des utilisateurs.

À l’origine du système, la plus grande plainte des gens qui utilisent des écouteurs Bluetooth : le signal s’estompe lorsque vous êtes à plus de quelques pas de votre appareil.

Si quelqu’un est suffisamment proche d’un porteur du virus pour que leurs téléphones échangent des signaux Bluetooth de haute qualité, les épidémiologistes considèrent qu’il y a un risque et que la personne doit être notifiée, tandis que si la distance est trop grande pour que leurs téléphones échangent un signal Bluetooth de qualité, alors le risque est négligeable, selon Pinkas.

Il a déclaré que s’appuyer sur Bluetooth, plutôt que sur les méthodes de traçage utilisées par le Shin Bet, peut éviter que de nombreuses personnes ne se retrouve en quarantaine inutilement.

« Le problème avec le suivi effectué à présent par le Shin Bet est qu’il utilise des signaux de téléphone imprécis géographiquement ; il ne sait pas à quel étage vous vous trouvez dans un bâtiment, donc s’il y a un porteur du virus dans un centre commercial, cela peut conduire à la mise en quarantaine de nombreuses personnes qui n’étaient absolument pas en contact avec lui », a-t-il déclaré.

Le professeur Benny Pinkas, chef du centre de recherche cybernétique de l’université Bar Ilan. (Autorisation de Benny Pinkas)

Avec leur application, chaque utilisateur envoie un signal Bluetooth spécifique toutes les cinq minutes qui est enregistré par tout utilisateur HaMagen situé à moins de deux mètres. Le téléphone conserve un enregistrement de ces signaux – sans aucune information permettant d’identifier l’utilisateur qui les a transmis.

Si un citoyen israélien est testé positif au coronavirus, il n’a aucune obligation légale de révéler qu’il utilise l’application. Mais s’il le souhaite, il peut demander au ministère de la Santé un code qui téléchargera tous les messages Bluetooth que son téléphone a transmis – sans information qui permette de les identifier – sur le serveur du ministère.

Les autres utilisateurs de HaMagen ne partagent aucune donnée avec le ministère, mais ils sont constamment informés des signaux Bluetooth ayant été transmis par des patients atteints du coronavirus. Si les messages enregistrés par leur application correspondent aux messages transmis par une personne testée positive, leur téléphone génère une alerte.

Un unique message correspondant ne déclenchera pas d’alerte car la rencontre aurait été trop brève pour présenter un risque majeur d’infection, mais si trois messages consécutifs ont été enregistrés par la même personne, cela révèle une rencontre de 15 minutes et une alerte est générée.

Image illustrative de l’application de traçage du coronavirus. (iStock)

Pinkas explique : « Si vous avez été en présence d’un porteur du COVID, cela vous le dit mais ne le dit pas au gouvernement. Il s’agit de donner des informations aux utilisateurs afin qu’ils puissent choisir de s’isoler et de dire au gouvernement qu’ils le font, sans les y forcer. Nous espérons qu’ils feront ce qu’il faut. »

Ronen et Pinkas sont convaincus que davantage de personnes répondront positivement aux alertes et prendront l’initiative de s’isoler s’ils ont des informations sur l’heure et le lieu d’exposition au coronavirus. Mais ils sont déterminés à ne pas donner au gouvernement l’accès aux données GPS des téléphones des utilisateurs.

Eyal Ronen, assistant professeur de sciences de l’informatique à l’université de Tel Aviv (Autorisation d’Eyal Ronen)

« Les alertes précisent l’heure et l’emplacement, car les téléphones des utilisateurs enregistrent les coordonnées GPS de chaque message Bluetooth reçu, mais ne partagez ces données avec personne d’autre », déclare Ronen. « Cela signifie que lorsqu’une alerte est générée, votre téléphone sait où il se trouvait et peut vous le dire, sans compromettre la confidentialité. »

Pinkas affirme que la nouvelle application représente des enjeux importants, car « les alternatives sont bien pires ».

L’une de ces alternatives est la poursuite du traçage par le Shin Bet qui, si le nombre de cas augmente, pourrait aboutir à un grand nombre d’Israéliens placés en quarantaine inutilement, en raison de son imprécision, selon Pinkas. Il a déclaré qu’une autre possibilité serait une application Bluetooth, mais obligatoire, qui partagerait automatiquement les alertes avec le gouvernement.

« Cela provoquerait un jeu du chat et de la souris, avec des gens qui éteignent leurs téléphones ou les placent dans des réceptacles en aluminium », a déclaré Pinkas. « Ce serait impossible, et au final il faudrait mettre des bracelets électroniques à tout le monde et nous interdire de les retirer. »

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