Les irréductibles de la Jérusalem « réunifiée »
Rechercher
Reportage

Les irréductibles de la Jérusalem « réunifiée »

La Marche des drapeaux à travers la Vieille Ville a été marquée par des affrontements et des slogans antiarabes

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Des Palestiniens protestent tandis que des adolescents  juifs célèbrent la Journée de Jérusalem, Porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, 17 mai 2015. (Crédit : Nati Shohat / Flash90]
Des Palestiniens protestent tandis que des adolescents juifs célèbrent la Journée de Jérusalem, Porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, 17 mai 2015. (Crédit : Nati Shohat / Flash90]

Porte de Damas, Jérusalem – Malgré un avertissement de la Cour suprême, la semaine dernière, évoquant de sévères mesures policières pour tout slogan raciste scandés lors de la Marche des drapeaux annuelle de la Journée de Jérusalem, la violence verbale et physique s’est répandue dans le quartier musulman de la Vieille Ville dimanche 17 mai.

Des dizaines de milliers de Juifs israéliens affluent vers la Vieille Ville de Jérusalem chaque année le 28e jour d’Iyar pour marquer la « réunification » de la capitale consécutive à la Guerre des Six Jours de 1967.

Mais la violence nationaliste récurrente lors de la marche annuelle – qui traverse la Vieille Ville – a récemment attiré les critiques d’activistes israéliens et du pouvoir judiciaire.

Aux environs de 18 heures, dimanche, les équipes de télévision palestiniennes ont été agressées physiquement et chassées par une foule d’adolescents juifs postés devant la porte de Damas, scandant « Le peuple éternel n’a pas peur d’un long voyage ».

Les jeunes ont drapé les femmes journalistes de grands drapeaux israéliens en chantant : « Vengeons-nous de la Palestine, puisse son nom être maudit. »

De l’autre côté de la place de la Porte de Damas, la police israélienne des frontières servait de tampon entre un petit groupe de Palestiniens brandissant des drapeaux et scandant des slogans nationalistes et des centaines de Juifs qui dansaient en cercle. Les deux groupes se lançaient des bouteilles en plastique et des bâtons de bois.

Le 11 mai, un panel de trois juges de la Cour suprême a rejeté l’appel interjeté par Ir Amim, une ONG basée à Jérusalem et par Gadi Gvaryahu, le directeur du groupe antiraciste Tag Meir, exhortant le département de police de la ville et la municipalité d’empêcher la marche annuelle de passer par le quartier musulman.

« Ce n’est pas avec le cœur léger que nous rejetons cet appel », a écrit le panel, dirigé par le juge en chef adjoint Elyakim Rubinstein.

« Une tolérance zéro doit être réservée aux violents émeutiers, verbaux ou physiques, quels qu’ils soient. »

Les juges ont exprimé leur « mécontentement » devant le fait que, bien que des fêtards violents ont été arrêtés et détenus pour interrogatoire l’année dernière, il n’y a eu aucune inculpation.

Debout, à l’extérieur d’un magasin de vêtements palestinien dans le quartier musulman, Mohammed al-Dabbagh se dispute avec un policier israélien qui avait demandé à son ami de fermer boutique avant l’arrivée des manifestants juifs.

La semaine précédente, la police de Jérusalem a distribué des tracts – en arabe – demandant aux vendeurs palestiniens du quartier musulman de fermer leurs magasins avant 17 heures et de retirer leurs marchandises des ruelles dès 16 heures

Une brochure en arabe délivrée par la police de Jérusalem exhorte les commerçants palestiniens à fermer leurs boutiques à cinq heures le Jour de Jérusalem, le 17 mai, pour "éviter des frictions" (0202 images Facebook)
Un tract en arabe délivré par la police de Jérusalem exhorte les commerçants palestiniens à fermer leurs boutiques à cinq heures le Jour de Jérusalem, le 17 mai, pour « éviter des frictions ». (0202 images Facebook)

« Le Jour de Jérusalem, le 17 mai, la circulation des piétons sera différente, alors que des dizaines de milliers de citoyens défileront dans la Vieille Ville en direction du mur Occidental », affirmait le communiqué. « Nous demandons aux marchands de la rue al-Wad de fermer leurs magasins à 17 heures (non-obligatoire), afin d’éviter une friction excessive en ce jour. »

Mais Dabbagh, un employé de la commission de rénovation du Waqf jordanien à la mosquée al-Aqsa, raconte qu’il a encouragé ses amis à laisser leurs magasins ouverts, au mépris des directives de la police.

« Ils ne devraient avoir peur de personne », déclare-t-il au Times of Israel. « Aucune loi au monde ne peut obliger les commerçants à fermer leurs magasins un jour comme celui-là. Au contraire, la police devrait les protéger et laisser la ville ouverte si c’est en effet une ville de paix, une ville de toutes les religions. »

L’année dernière, se souvient Dabbagh, il nettoyait une mosquée à proximité quand un groupe de fêtards juifs est arrivé avec des bâtons et a commencé à maudire le prophète Mahomet en hébreu.

« Puisque je comprenais l’hébreu, je les ai maudits en retour. Je pensais que la police les arrêterait. À ma grande surprise, ils ne l’ont pas fait. »

Des slogans racistes en hébreu retentissaient toujours haut et fort à travers la place de la Porte de Damas à la tombée de la nuit dimanche. Un jeune adolescent d’une école religieuse de Maalé Adoumim scande « Puisse votre village brûler », avant que son professeur ne l’interrompe pour la prière commune.

Un autre jeune, avec des papillotes et un T-shirt, distribue des pamphlets affirmant : « En l’honneur de la Journée de Jérusalem, nous demandons tous que le gouvernement israélien supprime les mosquées du mont du Temple, afin que nous puissions construire le Temple et renouveler les sacrifices. »

Debout sur le côté, Vlad, 20 ans, volontaire de la fonction publique du quartier de Pisgat Zeev, porte un T-shirt violet sur lequel il est écrit « Juifs, gagnons ! » acheté au centre-ville pour 20 shekels. Selon lui, les slogans antiarabes sont « ineptes ».

« Je suis venu ici pour fêter, avec des gens de partout dans le pays, le 48e anniversaire de l’unification de la ville. Tous les Israéliens veulent vivre à Jérusalem. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...