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Les jeunes Israéliens sensibilisés au sort des forêts tropicales

Ce projet éducatif basé sur l’étude et l’action mobilise les jeunes, invités à faire campagne pour les « principales espèces » en voie de disparition

Des enfants de l’école primaire Bine B, près de Deir el-Asad dans le nord d’Israël, se rassemblent autour d’un iguane, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)
Des enfants de l’école primaire Bine B, près de Deir el-Asad dans le nord d’Israël, se rassemblent autour d’un iguane, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Du haut de ses 11 ans, Bisan Basri fait campagne pour sauver la forêt de Choco, en Équateur, et elle s’est donné du mal pour retenir son argumentaire en anglais.

Cette forêt abrite « de nombreuses espèces endémiques », explique-t-elle à plusieurs groupes d’élèves, les uns après les autres, et c’est l’un des 10
« endroits les plus menacés en termes de biodiversité » dans le monde. Ses 696 espèces, dont 91 sont en voie de disparition, comprennent le singe-araignée à tête brune, parmi les 25 espèces les plus menacées au monde. En outre, ajoute-t-elle, la forêt compte plus de plantes que toute autre région sur le continent américain.

Bisan est en compétition avec Huda Abed, 10 ans, et Aseel Halil, 11 ans.

Huda fait campagne en faveur de la réserve de Tapichalaca, également située en Équateur, qui abrite 402 espèces, dont 42 sont inscrites sur la liste des espèces menacées, comme la plante endémique Bomarea longpipe, le tapir de montagne ou un rarissime aigle noir et marron.

Aseel est trop nerveuse pour exposer son argumentaire en anglais de tête, aussi lit-elle son texte. Elle plaide en faveur d’une collecte de fonds au profit de la réserve de Magnolios, en Colombie, considérée comme un corridor écologique des plus importants. La réserve abrite plusieurs espèces en voie de disparition : sept végétaux, deux mammifères et cinq grenouilles, explique-t-elle.

Pour illustrer la réalité de la vie dans ces trois réserves, l’école primaire Bine B, près de Deir el-Assad dans le nord d’Israël, a apporté un iguane et un ara, autour desquels les enfants se rassemblent, curieux et enthousiastes, avec force bavardages.

Conformément à une politique visant à responsabiliser les enfants, Ali Miari, 10 ans, responsable des soins aux animaux au sein de l’école, tient une gerbille et rappelle l’importance d’avoir de l’empathie pour les animaux.

Les 430 enfants de l’école devront voter pour la réserve qu’ils souhaitent sauver en priorité.

Ils ont chacun fait don de 15 shekels pour défendre la cause qui leur tient à cœur, dans le cadre d’une journée de la culture arabe, à laquelle les familles ont été conviées et à laquelle les grands-mères contribuent en préparant un repas.

Aseel Halil se prépare à exposer son argumentaire en anglais en faveur de la réserve de Los Magnolios, en Colombie, dans les locaix de l’école primaire Bine B près de Deir el-Asad, dans le nord d’Israël, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« Quelle réserve est la plus menacée ? » demande un enfant. « Notre argent sera-t-il suffisant pour sauver tous les animaux ? » demande un autre.

Le vocabulaire important a déjà été expliqué aux élèves.

« Endémique » se rapporte à une forme de vie qui ne se trouve que dans un endroit particulier. « En voie de disparition » fait référence à une espèce en danger d’extinction, par opposition à « menacée », qui signifie que l’espèce est susceptible de devenir en voie de disparition dans un avenir proche.

Alors, faut-il sauver le plus d’espèces possible ? Ou seulement les plus menacées ? Est-il plus important de sauver une plante, une grenouille ou un oiseau ?

En fin de compte, c’est la forêt de Choco qui remporte la majorité des suffrages.

« Les adultes suivront »

En Israël, il est rare qu’enfants juifs et arabes se fréquentent. Ils étudient la plupart du temps dans des écoles différentes, en raison notamment du calendrier des fêtes religieuses qui n’est pas le même.

L’école primaire Bine B est la première du secteur arabe à gérer le programme conçu par TIME — This is my Earth [C’est ma Terre]. L’école a remporté un prix du ministère de l’Éducation le mois dernier, après de profonds changements imposés par sa directrice, Karama Titi, qui a pris ses fonctions en 2020.

TIME est une organisation internationale fondée par Uri Shanas, professeur de biologie et de protection du vivant à l’Université de Haïfa – Oranim, qui identifie les parties privées des réserves naturelles tropicales menacées, particulièrement riches en espèces, et recueille des fonds pour les acheter et les protéger.

Chaque année, l’organisation propose trois options au vote de ses membres.

Les réserves retenues cette année sont celles pour lesquelles les élèves de l’école primaire Bine B ont voté à la fin du mois dernier. Les bureaux de vote fermeront pour l’ensemble des 6 000 membres de TIME le 31 décembre prochain.

Shorouq Hijazi, professeure d’anglais âgée de 27 ans a assuré la coordination du programme à l’école primaire Bine B et décidé de proposer à deux élèves de présenter chaque réserve, l’un en anglais et l’autre en arabe. Elle a entendu parler de TIME à l’occasion d’un cours donné par Shanas.

La professeure d’anglais Shorouq Hijazi dans les locaux de son école, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

L’organisation offre des programmes d’études gratuits pour les élèves de tous âges, en anglais, hébreu et arabe.

Le degré de difficulté varie en fonction de la classe d’âge, mais le principe est le même : diviser une classe en trois groupes et amener chaque groupe à en apprendre davantage sur une réserve afin de convaincre les autres de voter pour elle.

« Ce que vous faites à l’école est exactement ce dont on a besoin », explique Shanas à Talin Badran et Hassan Bakri, élèves de sixième à l’école Bine B chargés de l’interviewer dans le studio presque professionnel de l’école.

« Si les enfants comprennent que c’est notre monde et qu’il appartient à tous, les adultes vont suivre », assure-t-il.

Le professeur Uri Shanas (à gauche) est interviewé par Hsssan Bakri (au centre) et Talin Badran à l’école primaire Bine B, près de Deir el-Assad, dans le nord d’Israël, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« C’est exactement ce que j’espérais pour TIME », confie Shanas au Times of Israel après avoir regardé la campagne des enfants.

« Sauver le monde, bâtir des ponts entre les peuples, favoriser les apprentissages interdisciplinaires… Cela a à voir avec la biologie, l’éducation civique et la géographie, les langues et la culture », ajoute-t-il.

Shanas ignore combien d’autres écoles ont adopté le programme, mais il assure que de nouvelles écoles « continuent de s’y joindre ».

L’initiative est entièrement gérée par des bénévoles et personne n’a eu le temps de collecter ces informations. Mais il sait que le programme mobilise de la maternelle à l’université. Il l’utilise lui-même dans ses cours à Oranim.

Les élèves de l’école primaire Bine B près de Deir el-Asad, dans le nord d’Israël, votent pour l’une des trois réserves naturelles, que TIME – This Is My Earth [C’est ma Terre] se propose d’acquérir, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)
« Tout ceci est très important et a du sens », poursuit Shanas.

« Cette année, par exemple, chaque dollar permet d’acheter 20 mètres carrés de forêt. Nous montrons aux enfants dès l’âge de la maternelle les immenses superficies que nous pouvons acheter, par exemple, avec le produit de la vente de halot. Nous parlons par exemple d’arbres qui absorbent le dioxyde de carbone et fournissent un foyer aux papillons et à d’autres animaux. »

Depuis 2016, le programme TIME a permis d’acheter 1 275 hectares de terres.

Ses bénévoles présentent le programme aux enseignants et leur offrent une formation reconnue par le ministère de l’Éducation en matière de crédits salariaux.

Cette année, le ministère paiera les formations.

L’organisation travaille actuellement à la définition d’un MOOC (Massive Open Online Course) pour former les enseignants en Europe.

L’an dernier, Maya Mayrose, qui enseigne dans une école de Holon, dans le centre du pays, a donné le cours TIME à des élèves de 17 ans qui présentaient la biologie à leur examen de fin d’études. Elle assure que les jeunes ont passé trois mois à étudier les trois réserves et argumenter pour savoir laquelle était la plus importante.

« Je ne les ai jamais vus aussi intéressés », dit-elle.

« Les jeunes ne se sentent pas toujours concernés par le changement climatique. Ils pensent qu’ils n’ont aucune influence et que l’arrêt des produits jetables (le plastique à usage unique) ne suffira pas. Cela les a vraiment passionnés. Ils ont compris qu’il s’agissait d’une véritable course contre la montre, que si cet animal disparaissait, il serait éteint pour toujours », dit-elle.

Elle poursuit : « Ils en ont parlé à d’autres dans d’autres classes. Ils sont allés au centre commercial avec des affiches pour mobiliser et recruter des bénévoles. À Hanoukka (la fête juive des lumières), ils ont réuni 100 personnes pour un événement au cours duquel ils ont vendu des lätkes et des pièces en chocolat (les incontournables de la fête) et recueilli 1 000 shekels. Même leurs examinateurs ont remarqué les connaissances qu’ils avaient acquises. »

Netta Perry, qui enseigne également la biologie aux étudiants de fin de cycle, dans son cas dans une école de Bat Yam, près de Tel Aviv, confie avoir eu du mal à donner des cours d’écologie jusqu’à « la révélation », sa découverte de TIME.

« Avec TIME, les jeunes se découvrent une bonne raison d’apprendre », confie-t-elle, ajoutant que le programme leur permet en outre d’acquérir des compétences essentielles aux citoyens d’une démocratie saine.

« On enseigne l’écologie avec des cas réels : il faut être actif, faire quelque chose, cela ne se résume pas à être assis en classe », poursuit Perry, qui utilise cette année le programme pour connecter ses élèves à ceux d’une école bédouine de Rahat, dans le sud d’Israël. Il faut voter de manière intelligente et pondérée. Cela suppose d’étudier les enjeux, comprendre en quoi la cause est spéciale et les raisons de nos choix. »

« Aujourd’hui, dit-elle, l’écologie est la matière que je préfère enseigner. »

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