Les juifs américains plaident le pluralisme à la Knesset
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‘Nous allons perdre autant de juifs que pendant l’Holocauste’

Les juifs américains plaident le pluralisme à la Knesset

En jeu, le risque de tensions de plus en plus fortes entre Israël et la Diaspora notamment américaine, mais la commission n'a prêché qu'auprès des convaincus, l'orthodoxie étant aux abonnés absents

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Dov S. Zakheim, au centre, coprésident de l'American Jewish Committee's Jewish Religious Equality Coalition, pendant une réunion de la commission de l'Immigration, de l'Intégration et de la Diaspora de la Knesset, le 11 janvier 2017. (Crédit : AJC)
Dov S. Zakheim, au centre, coprésident de l'American Jewish Committee's Jewish Religious Equality Coalition, pendant une réunion de la commission de l'Immigration, de l'Intégration et de la Diaspora de la Knesset, le 11 janvier 2017. (Crédit : AJC)

« Tous les juifs sont une famille, et la famille doit continuer à se parler », a déclaré le député du Likud Avraham Neguise, président de la commission de l’Immigration, de l’Intégration et de la Diaspora de la Knesset, pendant une réunion de la commission mercredi. Mais que se passe-t-il quand la moitié de la famille n’est pas là ?

Neguise a organisé cette session spéciale de la commission de la Diaspora à l’initiative de la coalition pour l’égalité religieuse juive (Jewish Religious Equality Coalition, J-REC) de l’American Jewish Committee (AJC). Il y a beaucoup été question de la religion comme lien entre Israël et diaspora : un lien en train de s’amenuiser car Israël, comme le cas des Femmes du Mur l’a montré, peut renvoyer une image très conservatrice.

Une image à milles lieues du pluralisme en vigueur en diaspora, notamment aux Etats-Unis, où certains courants du judaïsme ne sont pas même reconnus par le rabbinat israélien ; un problème soulevé par le président de l’Agence juive Natan Sharansky dans des termes alarmistes.

En ouvrant la session, Neguise a annoncé, à la désapprobation d’une partie des présents, l’annulation de dernière minute des représentants du ministère des Affaires de la diaspora et du grand rabbinat israélien.

Ainsi, à l’exception d’une association israélienne orthodoxe conservatrice, Chotam, qui milite pour l’influence croissante du rabbinat sur l’identité et la vie juive, la réunion de mercredi était un chœur harmonieux d’opinions presque unanimes.

Tous les participants se sont accordés sur l’atout stratégique que représente la communauté juive de diaspora pour les besoins sécuritaires d’Israël.

Citant le récent vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, Dov S. Zakheim, coprésident de J-REC et ancien responsable militaire américain, a déclaré que l’absence de reconnaissance de l’opinion de « 85 % » de la communauté juive américaine est un « sérieux problème » et change la donne de la « perspective sécuritaire nationale » israélienne.

« La communauté juive américaine a été une force pour promouvoir la sécurité d’Israël », a-t-il déclaré. Mais aujourd’hui, les juifs américains soutiennent cependant de moins en moins l’Etat juif : « 50 % des juifs américains, dont je n’étais pas, ont soutenu l’accord iranien, a déclaré Zakheim. Et regardez comme peu de juifs se sont irrités du vote du Conseil de sécurité, la plupart d’entre eux n’ont rien dit. A mon avis, c’est une menace de sécurité nationale pour Israël.

Harriet Schleifer, présidente du conseil d'administration de l'AJC, pendant une réunion de la commission de l'Immigration, de l'Intégration et de la Diaspora de la Knesset, le 11 janvier 2017. (Crédit : AJC)
Harriet Schleifer, présidente du conseil d’administration de l’AJC, pendant une réunion de la commission de l’Immigration, de l’Intégration et de la Diaspora de la Knesset, le 11 janvier 2017. (Crédit : AJC)

Parlant avec son cœur sans doute plus qu’avec sa raison, Harriet Schleifer, présidente nationale du conseil d’administration de l’AJC, a rebondi sur les préoccupations de Zakheim : « Cela fait du bien de parler de la notion de peuple, mais ce dont nous parlons réellement est la survie d’Israël. Nos jeunes n’ont plus de connexion émotionnelle [à Israël] », a déclaré Schleifer.

Élevée par des parents qui ont survécu à l’Holocauste, Schleifer a déclaré que le développement d’Israël était une question d’intérêt et une source de fierté pour sa génération, qui a vu l’État naissant prendre son envol.

« Cela fait du bien de parler de la notion de peuple, mais ce dont nous parlons réellement est la survie d’Israël »
Harriet Schleifer, AJC

« Les jeunes ne plaignent plus David, parce qu’Israël est comme Goliath à leurs yeux. Quelle connexion reste-t-il ? C’est que nous sommes juifs. Mais si l’on dit à 90 % des juifs américains qu’ils ne sont pas assez juifs, qui va financer la sécurité d’Israël ? », a demandé Schleifer.

« Nous nous déplaçons pour soutenir Israël, nous le faisons parce que c’est une passion, mais c’est aussi par crainte », a-t-elle déclaré.

Le rabbin Seth Farber a lui aussi parlé des craintes existentielles du peuple juif. Il dirige ITIM, une association qui aide les Israéliens à s’orienter dans le labyrinthe bureaucratique du grand rabbinat. Il est également l’initiateur du mouvement Giyur Kahalacha, qui possède des tribunaux rabbiniques orthodoxes indépendants qui convertissent les Israéliens tout en respectant la loi juive.

« Sous nos yeux, nous allons perdre autant de juifs que pendant l’Holocauste. C’est quelque chose qui arrive sous nos yeux ! Pas dans 20 ou 30 ans. Si nous ne faisons pas quelque chose pour préserver le peuple juif, les générations futures nous regarderons comme une génération qui a abandonné plus de 50 % du peuple juif », a déclaré Farber.

Ksenia Svetlova, députée russophone de l'Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Ksenia Svetlova, députée russophone de l’Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Balayant du regard la salle remplie de la commission de la Knesset, la députée de l’Union sioniste Ksenia Svetlova a déclaré être heureuse de voir tant de vieux amis, mais a souligné que les seuls députés présents sont ceux qui sont déjà connus pour lutter pour le pluralisme religieux.

« Nous convainquons les convaincus, ce qui arrive assez souvent dans de telles réunions. La plupart des Israéliens ne pensent pas comme ça du tout », a-t-elle déclaré en anglais.

Svetlova a expliqué que pour les juifs israéliens, la diaspora est « autre ». Mais, a-t-elle prévenu, « le vide grandit en permanence. La distance s’allonge en permanence. Pas uniquement entre Israël et les États-Unis, mais aussi pour les juifs de l’ancienne Union soviétique. Ils sont perçus comme des citoyens de seconde classe. Ils ne pourront jamais se marier dans l’Etat d’Israël. »

Une récente étude de l’Union sioniste a cependant montré que les sujets de religion se classaient à la 10e ou 11e place des préoccupations des électeurs du parti, bien après la sécurité et l’économie.

Parallèlement, en tant que députée du camp de la paix, Svetlova rencontre souvent des associations juives souhaitant promouvoir une solution au conflit avec les Palestiniens.

Pendant la réunion de mercredi, elle a soupiré auprès des militants de la diaspora : « il y a beaucoup de propositions de paix, mais qui reconnectera la nation juive ? »

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