Les leaders arabes israéliens soutiennent un programme de bénévolat national
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Les leaders arabes israéliens soutiennent un programme de bénévolat national

Les parlementaires de la Liste arabe unie ont accordé leur bénédiction à une initiative de bénévolat qui n'est connectée ni à l'armée ni au gouvernement mais dont la responsabilité revient aux conseils arabes locaux

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Les députés de la Liste arabe unie Ayman Odeh, à gauche, Masud Ghnaim, au centre et Jamal Zahalqsa à droite lors d'une conférence sur le bénévolat, à Kfar Qassem, le 4 mars 2017. (Crédit: autorisation)
Les députés de la Liste arabe unie Ayman Odeh, à gauche, Masud Ghnaim, au centre et Jamal Zahalqsa à droite lors d'une conférence sur le bénévolat, à Kfar Qassem, le 4 mars 2017. (Crédit: autorisation)

Les leaders arabes israéliens soutiennent – c’est une première – un plan qui permettrait aux jeunes arabes de se porter volontaires pour participer à des programmes communautaires post-lycée, une période pendant laquelle la majorité des Israéliens juifs et druzes accomplissent leur service militaire obligatoire.

Toutefois, ce programme – qui verrait les municipalités arabes prendre la responsabilité de ces missions de bénévolat – serait séparé du plan de service national existant. Ce dernier est actuellement favorisé par les femmes juives pratiquantes et les autres groupes qui sont traditionnellement opposés au service militaire.

Les Arabes israéliens, qui constituent environ 20 % des 8,6 millions de citoyens du pays, sont exemptés de service militaire depuis la fondation de l’état juif.

Pour des raisons politiques anciennes, les leaders arabes israéliens ont également rejeté l’idée de laisser les jeunes arabes rejoindre le programme de service national, qui permet aux jeunes exemptés pour diverses raisons de se porter volontaires pendant un an ou deux dans des services communautaires – écoles, hôpitaux, programmes de service public et organisations humanitaires.

La population ultra-orthodoxe fuit également le programme de service national et a réussi a obtenir pour les jeunes de son obédience un sursis durant le temps de leurs études dans des séminaires religieux. Ce report peut couvrir plusieurs années après l’âge de 18 ans.

 Ayman Odeh, dirigeant de la Liste arabe unie. (Crédit : bureau d'Odeh via JTA)
Ayman Odeh, dirigeant de la Liste arabe unie. (Crédit : bureau d’Odeh via JTA)

Jeudi dernier, le chef de la Liste arabe unie, le parlementaire Ayman Odeh, ainsi que ses colistiers Masud Ganaim et Jamal Zahalka, ont soutenu un plan développé par deux ONG prônant la coexistence qui permettrait aux villes arabes d’établir leur propres programmes de bénévolat pour les jeunes en âge de rejoindre l’armée.

Ce programme est une initiative conjointe du Fonds Abraham, une organisation israélienne à but non-lucratif travaillant sur les questions liées à la coexistence, et du Centre judéo-arabe pour l’égalité, l’émancipation et la coopération (JEEC-NISPED). Il a été présenté durant une table ronde à Kfar Qassem.

Le programme a été mis à l’essai il y a un an et peut s’enorgueillir dorénavant de 160 participants dans six villes arabes, dont des communautés bédouines dont certains membres servent comme soldats au sein de l’armée israélienne : Rahat, Hura, Segev Shalom, Qalanswa, Kfar Qassem et Eloud.

Le financement a été avancé par l’organisation humanitaire de la famille Rothschild, Yad Hanadiv.

Comme avec le programme de service national officiel, les bénévoles au sein de cette nouvelle initiative obtiennent une allocation mensuelle ainsi qu’une journée de congé par semaine pour se préparer aux examens d’entrée des écoles de l’enseignement supérieur, pour suivre des cours d’hébreu ou assurer d’autres engagements éducatifs.

Le Fonds Abraham devrait appeler le ministère des Affaires sociales à financer le programme une fois qu’il englobera six villes, a expliqué le groupe.

Son co-directeur, le docteur Thabet Abu Rass, a indiqué la semaine dernière au Times of Israel qu’en pratique, les participants font les mêmes travaux que leurs homologues au sein du service national habituel dont le coût est assumé par le ministère.

Thabet Abu Ras, co-directeur des Initiatives du Fonds  Abraham (Autorisation/The Abraham Fund)
Thabet Abu Ras, co-directeur des Initiatives du Fonds Abraham (Autorisation/The Abraham Fund)

il a expliqué que les Israéliens arabes ne voulaient pas faire partie du programme de service national en raison de ses connexions historiques avec le ministère de la Défense.

“Ils ne veulent pas ‘servir’, ils veulent être bénévoles. Le service a une connexion sécuritaire », a-t-il dit.

Abu Rass considère le bénévolat au sein de la communauté arabe comme le catalyseur d’une plus grande égalité entre Arabes et Juifs.

Cette nouvelle initiative survient alors que les agences gouvernementales s’efforcent de rendre le programme de service national plus attrayant pour la communauté arabe, une initiative couronnée d’un certain succès.

En 2007, le gouvernement avait établi une agence civile pour chapeauter le programme de service national avec l’intention spécifique de le détacher du « cadre militaire » et d’offrir « aux arabes comme aux juifs religieux [opposés au service militaire] l’opportunité d’apporter une plus grande contribution à la communauté ».

Il y a six ans, seulement 600 non-Juifs participaient au programme de service national de l’état. Ils sont maintenant 4 500 dont environ about 100 Palestiniens originaires de Jérusalem-Est. En même temps, le nombre d’ultra-orthodoxes a augmenté à 1 500, majoritairement des hommes ayant obtenu une exemption religieuse de l’armée mais toutefois désireux de faire une sorte de service public. Il y a également 8 500 volontaires issus de la communauté nationaliste religieuse, des femmes pour la plupart.

Baraa Abed, 20 ans, originaire de Jérusalem-Est. Elle fait partie d'un nombre croissant d'Arabes qui rejoignent le service national israélien (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)
Baraa Abed, 20 ans, originaire de Jérusalem-Est. Elle fait partie d’un nombre croissant d’Arabes qui rejoignent le service national israélien (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Sur les 4 500 non-juifs bénévoles, 70 % sont musulmans, durze et cicassiens. 90 % sont des femmes.

Selon Sar Shalom Gerbi, directeur général de l’agence du service national israélien, les bénévoles arabes sont intentionnellement placés là où ils peuvent venir en aide à leur propre communauté – dans les écoles arabophones ou dans les hôpitaux où l’arabe est majoritairement parlé – et ils peuvent ainsi vivre chez eux. Les Juifs sont envoyés pour mener des missions dans tout le pays, ce qui les oblige à être hébergés dans le cadre de leur activité.

Même ainsi, le leadership politique de la communauté arabe continue à s’opposer par principe au service national, disant qu’il reste une entité politisée sous le contrôle du gouvernement de Droite actuel.

Au cours de la table ronde qui a eu lieu jeudi, le parlementaire Odeh a insisté sur le fait que « le bénévolat est une valeur mais nous sommes défavorables à la politisation du volontariat communautaire. Connecter les droits et les obligations » – une demande soumise par certains politiciens d’extrême-droite que les Arabes fassent leur service comme les Juifs afin de continuer à bénéficier de l’égalité des droits – « C’est de la politisation. Connecter le bénévolat civil avec le ministère de la Défense, c’est de la politisation… Tout projet alternatif dans ce contexte est le bienvenu ».

Le parlementaire Ganaim a partagé le même point de vue. « Le bénévolat est une valeur », a-t-il dit, « et nous sommes favorables au bénévolat mais le budget devrait être alloué aux autorités locales pour qu’elles développent des plans conformes aux besoins de la communauté ».

Zahalka, du parti palestinien nationaliste Balad qui appartient à l’alliance de la Liste arabe unie, a déclaré que l’inquiétude relevait de l’identité arabe.

“Nous ne voulons pas que nos jeunes perdent leur identité, et c’est là notre responsabilité en tant que leaders politiques. Nous sommes favorables au volontariat et c’est un message important à transmettre aux jeunes garçons et filles arabes qui vivent aujourd’hui ici. Mais ce volontariat doit servir bien sûr à promouvoir les bonnes causes et la solidarité civique et il doit exister dans le sens de la responsabilité civique et communautaire, et non en résultat d’une contrainte exercée par les autorités ».

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