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Les médecins israéliens partagent les leçons tirées de l’attaque du 7 octobre

Alors que la guerre se poursuit, les médecins partagent leur expérience de l'importance des protocoles de préparation aux situations d'urgence avec leurs collègues du monde entier

Des Israéliens blessés arrivant à l’hôpital Soroka, à Beer Sheva, dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Dudu Greenspan/Flash90)
Des Israéliens blessés arrivant à l’hôpital Soroka, à Beer Sheva, dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Dudu Greenspan/Flash90)

Seul centre hospitalier tertiaire et de traumatologie de niveau I dans le sud d’Israël, l’hôpital universitaire Soroka (SUMC) de Beer Sheva a reçu le plus grand nombre de blessés suite à l’assaut du Hamas le 7 octobre dernier.

Situé à 40 kilomètres de la bande de Gaza, les attaques perpétrées par les terroristes du Hamas dans le sud d’Israël lors de son assaut meurtrier du 7 octobre se sont déroulées à dix kilomètres à peine de l’hôpital. Ce jour-là, le pire de l’Histoire d’Israël et du peuple juif depuis la Shoah, 1 200 personnes ont été tuées, 1 600 ont été blessées et 253 ont été prises en otage à Gaza.

Entre 7h30 et minuit ce samedi-là, Soroka a reçu 676 blessés amenés par ambulance, hélicoptère et voiture privée.

Le nombre de blessés soignés sous un barrage ininterrompu de missiles a été plus de quatre fois supérieur au nombre le plus élevé de blessés jamais soignés en 24 heures à Soroka. Depuis le 7 octobre, plus de 2 700 personnes ont été soignées à l’hôpital, la plupart d’entre elles des soldats blessés au cours de combats contre le Hamas à Gaza depuis le 27 octobre.

« Durant les premières 24 heures, nous avons admis 120 patients gravement blessés dans notre unité de traumatologie. Nous avons effectué 96 interventions chirurgicales et transfusé 200 unités de sang grâce à la livraison d’urgence de réserves de sang supplémentaires au SUMC. 209 patients ont dû être hospitalisés en raison de leurs blessures », écrit une équipe de médecins de Soroka dans un article publié récemment dans la revue à comité de lecture Intensive Care Medicine.

Les médecins du centre hospitalier Soroka, comme beaucoup de ceux qui ont soigné les victimes du Hamas le 7 octobre, ont presque immédiatement ressenti le besoin de partager rapidement les leçons tirées de cet événement sans précédent, qui a fait tant de victimes. Dernièrement, le directeur général de l’hôpital Rambam, le professeur Michael Halbertal, a fait une présentation sur le sujet à la Chambre des Lords britannique.

En examinant ce qui a fonctionné comme prévu et ce qui n’a pas fonctionné le 7 octobre, le personnel médical, les administrateurs des hôpitaux et le ministère de la Santé ont pu affiner les protocoles pour chaque établissement et pour le système de santé israélien dans son ensemble.

« Nous partons du principe que les connaissances que nous acquérons ne nous appartiennent pas. Il nous revient de les partager », a expliqué Halbertal.

Des Israéliens blessés arrivant au hôpital Soroka à Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Dudu Greenspan/Flash90)

Les auteurs de l’article intitulé October 7th, 2023 Attacks in Israel : Frontline Experience of a Single Tertiary Center, sont le Dr Shlomi Codish, PDG de Soroka, le Dr Dan Schwarzfuchs, directeur adjoint et directeur de la médecine interne de Soroka, le Dr Amit Frenkel, spécialiste des soins intensifs, le Dr Moti Klein, chef du service des urgences, le Dr Alex Geftler, orthopédiste, et le Dr Jacob Dreiher, directeur adjoint de Soroka.

Les médecins y dressent un tableau chronologique détaillé du déroulement des événements à l’hôpital le 7 octobre et les jours suivants. Ils expliquent notamment comment Soroka a appliqué une approche en cinq points qui s’est avérée efficace pour faire face à un événement aussi inhabituel qu’intense.

Une « mobilisation anticipée et indépendante » est essentielle

Tout d’abord, le 7 octobre à 8 heures du matin, Soroka a annoncé un incident impliquant un grand nombre de victimes, ce que les auteurs appellent une « mobilisation précoce et indépendante ». Tout le personnel médical de l’hôpital a été immédiatement appelé pour s’occuper des blessés qui arrivaient.

Pour renforcer les effectifs, Soroka a également fait appel à du personnel externe provenant d’autres hôpitaux, bénéficiant ainsi de l’aide de 28 infirmières et de 18 médecins supplémentaires en l’espace d’une journée.

La troisième étape consistait à rapidement réorganiser l’espace, l’équipement et les ressources de l’hôpital afin de pouvoir répondre aux besoins d’un si grand nombre de blessés graves nécessitant des soins de traumatologie, des interventions chirurgicales et des examens d’imagerie.

Photo d’illustration : des blessés arrivent à l’hôpital Soroka de Beer Sheva, le 24 août 2023. (Crédit : Flash90)

Quatrièmement, Soroka a procédé au transfert de blessés vers d’autres hôpitaux dès les premières heures du 8 octobre. Ce sont 130 blessés qui ont été transférés par ambulance ou par hélicoptère en l’espace de quelques jours. Ceci a permis à Soroka de libérer de la place pour d’éventuelles nouvelles vagues de blessés tout en assurant un réapprovisionnement rapide.

Enfin, Soroka a continué à traiter et à protéger les patients déjà hospitalisés. Ceux qui devaient rester à l’hôpital ont été rapidement transférés dans des zones fortifiées et 190 ont été libérés pour faire de la place aux nouveaux blessés.

La prise en charge du personnel et des familles

L’article explique également la manière dont l’administration de Soroka s’est occupée des familles des blessés, qui étaient nombreuses à ne pas savoir si leurs proches étaient morts ou vivants, ni où ils se trouvaient.

« Au fur et à mesure que la journée avançait et que les gens découvraient les événements et le grand nombre de victimes et de disparus, l’hôpital a été inondé de familles à la recherche de leurs proches. Un centre d’information a été mis en place pour répondre aux besoins des familles, tant en personne que par téléphone, avec le soutien de nos travailleurs sociaux », écrivent les auteurs.

Le personnel médical et d’autres personnes de l’hopital Hadassah marquent les 100 jours depuis le début de la guerre avec le Hamas et montrent leur solidarité avec les 136 otages encore présents à Gaza, le 14 janvier 2024. (Crédit : Hôpital Hadassah)

Ils ont également souligné que la responsabilité de la prise en charge de leur personnel pendant et après un incident impliquant un grand nombre de victimes incombe à l’hôpital.

« Cela signifie qu’il faut s’occuper,avant tout, des nombreux membres du personnel et de leurs familles directement touchés par les événements meurtriers du 7 octobre, et en particulier de ceux dont les proches ont été tués ou enlevés. Dès le deuxième jour de la guerre, des crèches ont été ouvertes pour accueillir des centaines d’enfants du personnel, un service sans lequel les parents n’auraient pas pu assurer leurs fonctions vitales », précisent les médecins.

« Un soutien a également été apporté aux infirmières et aux secouristes qui ont dû faire face au flux ininterrompu de blessés le 7 octobre », ajoutent-ils.

Les leçons de Rambam aux lords britanniques

De nombreux points soulevés dans l’article étaient similaires à ceux qui figuraient dans la présentation du directeur général de Rambam, Halbertal, le 24 janvier à la Chambre des Lords britannique, où il avait été invité par Lord Bew, un partisan de longue date d’Israël.

Le lendemain, le Dr Halbertal et le Dr Hani Bachus, chef du service de traumatologie du Rambam, ont rencontré des collègues britanniques du Royal London Hospital, le centre de traumatologie le plus important du Royaume-Uni, afin de discuter d’éventuelles collaborations.

Le directeur général de l’hôpital Rambam, le professeur Michael Halbertal (au centre), le chef du service de traumatologie de Rambam, le docteur Hani Bachus (à droite), et le docteur Anne Weaver, directrice clinique du service de traumatologie du Royal London Hospital, devant l’hélicoptère du Royal London, le 25 janvier 2024. (Crédit : Autorisation)

« L’un des principaux sujets qu’ils voulaient que j’aborde [au Parlement] était la préparation de Rambam et la façon dont cela pourrait aider le système national de santé britannique à améliorer son état de préparation », a expliqué Halbertal au Times of Israel.

« Le plus important est de faire en sorte que les systèmes coopèrent et travaillent ensemble – au sein de l’hôpital, avec les services préhospitaliers [d’urgence] et avec les partenaires gouvernementaux – et qu’ils le fassent dans des moments difficiles où il faut être aussi efficace que possible pour sauver des vies », a-t-il ajouté.

Adapter les solutions de préparation aux risques particuliers

Contrairement à Soroka, Rambam à Haïfa n’était pas en première ligne le 7 octobre. Il a plutôt reçu des patients en triage secondaire. Néanmoins, compte tenu des affrontements constants entre Tsahal et le Hezbollah et d’autres groupes terroristes soutenus par l’Iran le long de la frontière nord d’Israël, Rambam a été mis en état d’alerte et était prêt à transférer immédiatement toutes les opérations dans son hôpital souterrain – le plus grand au monde – si une guerre de grande ampleur devait éclater le long de la frontière nord d’Israël.

« Lorsque l’on veut se préparer à une situation d’urgence, la première chose à faire est de procéder à sa propre évaluation des risques. Chaque pays a sa propre évaluation des risques. Il est évident que pour nous, la confrontation militaire est une question importante, mais ce n’est pas la même chose partout dans le monde. Il faut donc analyser les risques encourus par chaque établissement d’un pays. Les défis sont différents d’une installation à l’autre », a expliqué Halbertal.

« Les plans de préparation doivent être adaptés à chaque établissement. On ne peut pas faire du ‘copier-coller' », a-t-il ajouté.

En l’occurrence, le scénario de référence pour lequel Rambam se prépare est celui de 60 jours de guerre, avec des missiles extrêmement puissants tombant autour de l’hôpital toutes les quatre minutes.

L’hôpital d’urgence souterrain fortifié Sammy Ofer au centre hospitalier Rambam a été préparé pour recevoir des patients après le déclenchement de la guerre, à Haïfa, 11 octobre 2023. (Crédit : Rambam)

Être prêt individuellement et comme système interconnecté

À l’instar des médecins de Soroka qui ont mis l’accent sur une « mobilisation précoce et indépendante », Halbertal a indiqué qu’il appartient à chaque établissement médical d’être proactif en mettant en place ce dont il a besoin pour être totalement prêt à faire face à toute urgence.

Halbertal a expliqué que l’idée d’un parking souterrain à Rambam pouvant être transformé en une installation médicale autonome et pleinement fonctionnelle de 2 000 lits en 36 heures vient du conseil d’administration de l’hôpital après la Seconde Guerre du Liban de 2006.

« Le front intérieur a été attaqué et l’hôpital ne disposait d’aucune fortification. Le personnel, les blessés et les patients n’étaient pas en sécurité. À la fin de la guerre, la direction de l’hôpital a conclu que cela ne pouvait plus se reproduire. C’est l’hôpital, et non le gouvernement ou le ministère de la Santé, qui s’est engagé dans cette voie », a-t-il déclaré.

À l’instar des médecins de Soroka, Halbertal a souligné l’importance de maintenir la résilience des hôpitaux, afin qu’ils ne soient pas débordés en cas d’incidents impliquant un grand nombre de victimes.

« Il faut considérer tout cela comme un système. On ne peut pas travailler seul lors d’événements majeurs. Israël est un petit pays, mais ce principe vaut également pour les grands pays. Il faut coopérer avec les autres, et ces liens doivent être établis à l’avance », a-t-il déclaré.

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