Des ministres se réjouissent de la libération d’Elor Azaria
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Des ministres se réjouissent de la libération d’Elor Azaria

Certains membres du cabinet appellent à la suppression du casier judiciaire de l'ancien soldat qui a tué un assaillant palestinien

La députée arabe Aida Touma-Sliman à la Knesset, le 3 juin 2015. (Hadas Parush / Flash90)
La députée arabe Aida Touma-Sliman à la Knesset, le 3 juin 2015. (Hadas Parush / Flash90)

Des ministres du gouvernement se sont félicités mardi de la libération de la prison militaire d’un ancien soldat de l’armée israélienne reconnu coupable d’homicide involontaire pour avoir tué un assaillant palestinien blessé, certains ayant déclaré que son casier judiciaire devrait être effacé.

Les législateurs arabes ont dénoncé le soutien ouvert exprimé par les membres du gouvernement pour Azaria, qui a été libéré après avoir purgé neuf mois de sa peine de 14 mois pour avoir tué le terroriste Abdel Fattah al-Sharif dans la ville de Hébron en Cisjordanie en 2016.

Sa libération anticipée a été accordée par une commission des libérations conditionnelles de l’armée en mars, alors qu’il avait purgé la moitié de sa peine et qu’il était qualifié pour demander une libération conditionnelle.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a d’abord condamné Azaria mais a ensuite demandé à ce qu’il soit gracié, a déclaré qu’il était « content que ce soit fini ».

Le ministre des Transports et du Renseignement, Israel Katz, a demandé que le casier judiciaire d’Azaria soit supprimé. « Il était temps pour Elor de rentrer à la maison avec sa famille et ses amis. J’appelle le président Reuven Rivlin à agir maintenant pour supprimer le casier judiciaire d’Elor afin qu’il puisse s’intégrer dans la vie civile et poursuivre sa vie », a-t-il dit.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem)

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, a déclaré qu’elle avait parlé au téléphone avec le père d’Azaria, Charlie, et a félicité la famille pour la libération de leur fils.

« J’ai été heureux ce matin de féliciter Charlie Azaria et sa famille », a-t-elle tweeté. « J’ai entendu des sons de joie venant de la maison et j’étais excitée pour eux. »

Comme Katz, membre du Likud, Regev a demandé à ce que le casier d’Azaria soit supprimé.

« Je souhaite qu’Elor et sa famille retrouvent un mode de vie normal », a-t-elle déclaré. « Il ne reste plus qu’un objectif : supprimer le casier judiciaire d’Elor. »

Le ministre de l’Education, Naftali Bennett, a tweeté une photo d’Azaria chez lui avec sa famille et a écrit: « Elor, c’est tellement bon de vous voir chez vous. »

Les élus arabes ont critiqué les réactions joyeuses des membres du cabinet. Qualifiant Azaria de « meurtrier », Aïda Touma-Sliman, députée de la Liste arabe unie, a déclaré que le soutien manifesté par les hauts responsables du gouvernement encouragerait d’autres personnes à commettre des crimes similaires.

« Un gouvernement qui embrasse des assassins odieux et célèbre leur libération est un gouvernement qui prépare le terrain et donne le feu vert au prochain meurtre », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « Le meurtre qu'[Azaria] a commis de ses propres mains est en fait un meurtre commis par tous ceux qui continuent d’oeuvrer, dans tous les sens, contre le peuple palestinien et contre le peuple arabe. »

« Il est irritant de voir Azaria libre après seulement neuf mois de prison », a-t-elle poursuivi. « Sa libération aujourd’hui envoie le message sévère que le sang palestinien est bon marché. »

Le député Yousef Jabareen, également de la Liste arabe unie, a déclaré : « L’attitude conciliante et sympathique dont nous sommes témoins dans la saga Azaria, qui a atteint aujourd’hui son apogée avec sa libération, a transformé le meurtrier Azaria  en héros, et en pratique, valide le prochain meurtre. »

Azaria devait être libéré jeudi après avoir purgé les deux tiers de sa peine, conformément à une décision de la Commission des libérations conditionnelles de l’armée. Mais il a demandé à être libéré mardi afin de pouvoir participer au mariage de son frère mercredi, et les autorités militaires ont approuvé sa demande.

Azaria, le « tireur d’Hébron », a été reconnu coupable l’année dernière de l’assassinat de Sharif, qui, quelques minutes auparavant, avait attaqué deux soldats de Tsahal avec un couteau. En février 2017, Azaria a été condamné à une peine d’emprisonnement de 18 mois, que le chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, l’a ensuite écourtée de 4 mois. Azaria a commencé à purger sa peine le 9 août 2017.

Azaria n’a jamais exprimé de remords pour ses actions. Il a soutenu qu’il avait ouvert le feu parce qu’il croyait que Sharif avait une bombe cachée sous ses vêtements. Un tribunal militaire, cependant, a rejeté cette demande, citant la nonchalance du soldat avant de tuer Sharif, et ses déclarations à ses camarades soldats concernant l’assaillant qui, selon lui, méritait de mourir pour avoir attaqué ses camarades.

L’affaire du tireur d’Hébron a révélé de profondes divisions dans la société israélienne sur les activités de l’armée en Cisjordanie, certains (principalement à droite) soutenant qu’il s’était comporté héroïquement en tuant l’assaillant palestinien, tandis que d’autres ont déclaré qu’il avait enfreint la loi et qu’il méritait une pleine plus sévère que celle qu’il a reçue.

Judah Ari Gross et Sue Surkes ont contribué à cet article.

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